Heurtel sommé de mandater enfin le BAPE

TransCanada, qui souhaite construire un port pétrolier à Cacouna, a été forcée de suspendre temporairement ses travaux parce qu’elle enfreignait les normes de bruit.
Photo: Lawrence Côté-Collins TransCanada, qui souhaite construire un port pétrolier à Cacouna, a été forcée de suspendre temporairement ses travaux parce qu’elle enfreignait les normes de bruit.

Même s’il répète qu’il mandatera le BAPE pour étudier le projet de pipeline et de port pétrolier de TransCanada, le gouvernement Couillard n’a toujours rien annoncé. Le Parti québécois presse donc le ministre de l’Environnement de lancer « immédiatement » une évaluation environnementale pour étudier l’ensemble de ce projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux.

« Le ministre doit révoquer le certificat d’autorisation et convoquer le BAPE pour faire la lumière sur l’ensemble du projet de TransCanada », a résumé jeudi au Devoir le porte-parole péquiste en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault.

Selon lui, la gestion du dossier par le ministre de l’Environnement David Heurtel se résume à une « comédie d’erreurs ». Le gouvernement libéral n’a par exemple jamais utilisé d’avis scientifique avant d’autoriser les forages dans le Saint-Laurent. TransCanada a également enfreint les règles inscrites dans le certificat d’autorisation. La multinationale albertaine n’a pas été mise à l’amende pour ces infractions.

Sylvain Gaudreault estime aussi que le gouvernement Couillard semble avoir délivré le certificat d’autorisation « sous la pression » de TransCanada. La Cour a souligné que la pétrolière a effectivement pressé le ministère de l’Environnement de lui donner le feu vert. Mais pour la juge Claudine Roy, qui a ordonné l’arrêt des forages en septembre, « l’impatience de TransCanada ne saurait justifier de mettre fin au processus d’analyse ».

Il faut rappeler qu’au départ, TransCanada n’avait pas demandé de certificat d’autorisation au gouvernement du Québec. L’entreprise avait seulement interpellé le gouvernement fédéral. Elle a finalement demandé en mai un certificat d’autorisation.

Avenir énergétique

Au-delà du cas très médiatisé du premier port québécois d’exportation de pétrole des sables bitumineux, M. Gaudreault juge que le Québec doit étudier le projet de plusieurs centaines de kilomètres de pipeline à construire au Québec. « Ce tuyau traverserait beaucoup de zones sensibles », a-t-il rappelé. Le pipeline d’un mètre de diamètre doit notamment traverser plusieurs terres agricoles, mais aussi le fleuve Saint-Laurent, près de Québec.

Au final, la décision d’aller de l’avant appartient toutefois à Ottawa, malgré ce qu’affirme le gouvernement Couillard. « C’est le problème de fond et ce projet incarne bien le défi du contrôle de notre territoire en matière environnementale », a souligné M. Gaudreault.

Si le Parti québécois ne prend pas clairement position contre le projet, son porte-parole en environnement estime qu’il est nécessaire de réfléchir à ses implications pour l’avenir de la province. « Le Québec doit prendre position sur son avenir énergétique. Est-ce qu’on veut que le Québec devienne une terre d’exportation du pétrole venu de l’Alberta, ou bien une puissance des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ? »

Du côté de TransCanada, on poursuit les démarches en vue des travaux de forage. Une nouvelle proposition de plan de travail a d’ailleurs été soumise à Québec. On ne sait pas encore quand la décision du gouvernement sera connue.

En entrevue à Radio-Canada jeudi, le porte-parole de la pétrolière, Philippe Cannon, a souligné que l’entreprise avait à coeur de protéger l’environnement dans le cadre de son projet. Revenant sur la manifestation qui a réuni 2500 personnes la fin de semaine dernière à Cacouna, il a dit qu’elle avait été organisée par des « opposants professionnels » venus, notamment, de Montréal.

TransCanada a inscrit 26 lobbyistes au registre québécois. Le mandat de certains précise que la pétrolière souhaite « obtenir l’appui du gouvernement provincial et des instances municipales quant à l’acceptabilité sociale des projets de pipelines de gaz naturel et de pétrole au Québec ».

28 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 17 octobre 2014 06 h 57

    Eoliennes

    A quand le bape pour les eoliennes? L'acceptabilité social?

    • Julie Carrier - Inscrite 17 octobre 2014 08 h 18

      Hors-sujet.

    • Éric Leclair - Inscrit 17 octobre 2014 08 h 50

      Le BAPE a déjà étudié plusieurs projets de parcs éoliens... voir leur site Internet au besoin.

    • Hélène Paulette - Abonnée 17 octobre 2014 10 h 20

      J'ai à proximité de chez moi un parc d'éoliennes extrêmement bien fait... L'Acceptabilité sociale c'est quand les élus locaux ne se laissent pas acheter.

    • André Leblanc - Inscrit 17 octobre 2014 11 h 13

      Bin voyons, quand c'est pour critiquer un non sens economique c'est hors-sujet. Pour critiquer le développement économique c'est OK.
      Le Québec se classe 25ie sur 30 pour le PIB, un petit effort nous pourrons nous rendre a 31.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 17 octobre 2014 12 h 09

      Ça n'est pas l'aspect économique des éoliennes que vous avez critiqué dans votre précédent commentaire. Vous avez plutôt suggéré que les projets d.éoliennes n'étaient pas soumises au BAPE. Or vous avez tort. Ne déplacez pas la cible.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 17 octobre 2014 12 h 14

      @ M. Leblanc

      Le PIB est un indice plus que discutable pour étudier la vitalité économique d'un pays. La plupart des économistes sérieux s'entendent là-dessus (même les plus néo-libéraux). Le FMI n'est pas une institution économique sérieuse, pas plus que les agences de crédit internationales (voir le cas de la Grèce à ce sujet).

      De plus, du point de vue strictement économique, les sables bitumineux sont une catastrophe pour le Québec. Ils représentent l'asservissement envers l'Ouest canadien, ne crée virtuellement aucun emploi ni aucune redevance, coûtent extrêmement cher en subventions (plusieurs centaines de millions de $$$) et créent un potentiel de risque environnemental très élevé (donc un coût en réparations potentiel très élevé également, voir la catastrophe à Lac Mégantic sur le sujet).

      De plus, comme madame Carrier, je ne vois pas trop le rapport avec les éoliennes (???).

    • André Leblanc - Inscrit 17 octobre 2014 16 h 18

      Mme Paulette la proximité est relative ou vous etes sourde, ou elles ne tournent pas.

      M. Gagnon comme je n'ai pas besoin du thermometre pour savoir si l'eau de la piscine est trop froide au toucher, je n'ai pas besoin de stastitiques pour savoir que le Québec est dans la mouise profonde. Asservissemant envers l'ouest, demandez a ceux qui vont gagner 100k par année au lieu de protester contre tout.
      C'est vrai aucun rapport avec les eoliennes. Si vous ne pouvez pas faire le rapprochement entre non a tout,et progresser, laissez faire.
      J'apprecie votre point de vue, merci.

  • Gérald Renaud - Inscrit 17 octobre 2014 08 h 15

    Étonnant

    Considérant la nature et l’envergure de ce projet et les risques associés, il est étonnant (dans le sens d’étrange) qu’une évaluation environnementale et sociale ou une étude des impacts n’aient pas été réalisées. Normalement, ce projet a dû faire l’objet d’une directive du MDDELCC dans ce sens, suivant l’avis de projet qu’a dû soumettre TransCanada (l’initiateur) en vertu du paragraphe d (port et quai), de l’article 2 du règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement (chapitre Q-2 r. 23) de la Loi sur la Qualité de l’environnement. Cette directive contient généralement les informations et données nécessaires au processus d’autorisation du gouvernement du Québec et oblige le dépôt de telles études.

    Bien évidemment, considérant l’objectif du projet, port pétrolier, ces études doivent prendre en compte les projets associés et les changements que cela impliquera notamment dans le transport terrestre et maritime du pétrole.

  • Serge Grenier - Inscrit 17 octobre 2014 08 h 27

    Opposants professionnels vs lobbysites professionnels

    C'est quoi le problème que l'opposition s'organise ?

    Je rêve du jour où la société civile se cotisera pour payer 260 lobbystes professionnels auprès du gouvernement pour complètement et impitoyablement écraser tous les projets anti-environnementaux de l'industrie pétrolière.

    • Hélène Paulette - Abonnée 17 octobre 2014 10 h 23

      On les paie déjà monsieur Grenier, ce sont nos Élus...(c'est une blague)

    • Christian Fleitz - Inscrit 17 octobre 2014 10 h 46

      La pratique du ''lobbyisme'' est détestable : on ne remplace pas l'expression de la volonté démocratique par l'habileté à corrompre, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Un système politique qui permet à un gouvernement, une fois élu, d'éluder l'intérêt public et les volontés d'un peuple à voir ses préoccupations prises en compte ne sert pas la communauté et n'est clairement pas démocratique. Le système ''whiggs'' perdure au Québec et au Canada avec toutes ses tares.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 17 octobre 2014 15 h 24

      Il est révoltant de penser qu'un peuple en soit rendu à penser de se payer des lobbyistes pour défendre ses propres intérêts et sa sécurité auprès du gouvernement qu'il a élu et dont il paye le salaire...Le rôle fondamental d'un gouvernement n'est-il pas de mettre en place des mécanismes qui visent à donner à son peuple une certaine sécurité et un environnement sain pour tous ses citoyens...
      À quant une enquête sur la corruption et la collusion entre les industries gazières et pétrolières qui envahissent notre territoire depuis quelques années...Nous, comme citoyens, avons nous encore des droits et une place dans ce pays...

  • Alain St-amour - Inscrit 17 octobre 2014 09 h 02

    Opposants professionnels

    Quelle farce et hypocrisie,attendez qu'ils aient la main mise sur Cacouna,la on va enfin voir leur vrai visage,et la ils vont se foutre de nous.Heurtel n'a rien a dire il n'a pas de pouvoir,c'est une marionnette.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 17 octobre 2014 10 h 31

      Heurtel n'a rien à dire, vous dites, M. St-amour? Il n'a qu'à ne pas autoriser les forages. Il semble bien qu'il a un pouvoir là-dessus.

  • robert morin - Inscrit 17 octobre 2014 10 h 12

    Leur vrai visage...

    Comme vous dites M. St-Amour, on en a déjà un bon aperçu et on comprend mieux l'à-plat-ventrisme du gouvernement Couillard en lisant ceci :

    https://ricochet.media/fr/104/cacouna-nadeau-dubois

    Ce que lo'on comprend moins, c'est l'absence totale de couverture de cette information pourtant TRÈS révélatrice...

    • André Bastien - Abonné 17 octobre 2014 12 h 46

      Merci pour cette information. C'est la clef pour comprendre le comportement du gouvernement dans cette affaire.