Climat: le Canada et le Québec déçoivent

Au moment où il entame une visite au Canada, Nicolas Hulot, ambassadeur des questions climatiques du président français François Hollande, critique sévèrement les partisans des énergies fossiles, qui ne font selon lui qu’aggraver des bouleversements climatiques déjà bien réels. Il se montre également sceptique par rapport aux négociations internationales qui doivent déboucher sur un accord dans le but d’enrayer cette crise environnementale sans précédent.

« Je considère que les énergies fossiles, qu’elles soient conventionnelles ou non conventionnelles, ne sont en aucun cas la solution aux changements climatiques. Elles sont le problème », laisse tomber M. Hulot, dans le cadre d’une entrevue accordée au Devoir à la veille de son arrivée à Montréal.

Il s’oppose d’ailleurs à ceux qui prônent l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole ou alors de gaz de schiste. « Dans le contexte des changements climatiques, je n’arrive pas à comprendre comment on peut, aujourd’hui, encourager ou autoriser quoi que ce soit qui puisse aggraver cette menace. » Que pensez-vous de l’exploitation des sables bitumineux, défendue par les gouvernements du Québec et du Canada ? « Avec ma sensibilité écologique, je ne vois pas cela d’un bon oeil », souligne-t-il.

« Je ne vais pas au Canada pour donner des leçons, mais plutôt pour dialoguer, ajoute le journaliste nommé en 2012 par François Hollande comme envoyé spécial pour la protection de la planète. D’ailleurs, je souhaiterais rencontrer Stephen Harper. Je crois que c’est plus utile de discuter avec les gens qui sont éloignés de votre point de vue que de prendre le thé avec des gens qui partagent votre opinion. »

Pour Nicolas Hulot, le constat est toutefois très clair : il est impératif de prendre dès maintenant des décisions économiques et énergétiques dans le but de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Il en va de l’avenir de l’humanité, rien de moins. « Les choix que nous faisons, sur un plan énergétique et économique, déterminent, pour le meilleur et pour le pire, l’avenir de nos enfants. Et je n’arrive pas à me résigner au fait qu’on puisse sacrifier l’avenir au présent. Je ne peux me résigner à ce qu’on fasse les mauvais choix. »

Quoi qu’en pensent certains climatosceptiques, les bouleversements climatiques sont selon lui une réalité indéniable. « On ne peut plus s’abriter derrière l’alibi de l’ignorance, par exemple se demander si les changements climatiques sont de responsabilité humaine, martèle Nicolas Hulot. La science a tranché. Il n’y a plus matière à discussion. Et cette menace aggrave toutes les autres difficultés de l’humanité. »

Surtout connu pour son travail à l’émission documentaire française Ushuaïa, il dit avoir constaté sur le terrain les impacts déjà visibles des bouleversements du climat provoqués par l’activité humaine. « Les changements climatiques, je ne les ai pas découverts dans les livres. J’ai vu leurs conséquences pendant 25 ans un peu partout sur la planète. Et j’ai vu leurs conséquences humaines. Donc, je n’ai aucun scrupule à me faire l’ambassadeur de cet enjeu. »

Manque d’ambition

C’est avec la conscience de cette épée de Damoclès que des États riches comme le Canada devraient aborder les négociations climatiques en vue de la signature à Paris en 2015 d’un accord regroupant 190 États. Or, contrairement à plusieurs observateurs, Nicolas Hulot estime que le récent sommet de l’ONU sur le climat tenu à New York n’a pas été pris suffisamment au sérieux.

« New York n’a pas été à la hauteur des ambitions et des engagements qui devront être pris en vue de la conférence de Paris l’an prochain. Ce sommet n’a pas été à la hauteur de la gravité de la situation actuelle. Le sentiment que j’éprouve, c’est une impression de recyclage de discours et de formules convenues que j’entends malheureusement depuis de très nombreuses années. »

Il est vrai qu’au-delà des discours invitant tout un chacun à s’engager en vue de Paris, rien de très concret n’est ressorti de la rencontre en sol américain. Nicolas Hulot aurait souhaité « une véritable compétition d’audace ». Mais il faudra attendre le début de 2015 pour connaître les engagements des grands pays émetteurs de gaz à effet de serre et pour voir le chemin qui reste à faire.

M. Hulot se dit particulièrement déçu du très faible engagement envers le Fonds vert pour le climat. Cette enveloppe devrait normalement permettre d’amasser 100 milliards de dollars par année d’ici 2020. Cet argent est destiné aux pays en développement, afin de les aider à lutter contre les changements climatiques, mais aussi de s’y adapter. Au sortir de New York, et cinq ans après sa mise en place, le Fonds atteint à peine deux milliards.

« C’est très décevant et c’est très inquiétant, affirme-t-il. Pour le moment, tout ce que je vois n’est pas à la hauteur des enjeux. » Difficile, dans ce contexte, de « rétablir » un lien de confiance entre les pays en développement et les pays développés, qui ont pourtant une responsabilité historique par rapport aux bouleversements du climat.

Nicolas Hulot juge néanmoins qu’il reste suffisamment de temps d’ici au sommet de Paris pour faire entendre raison aux décideurs politiques. Et cela passe, selon lui, par la démonstration qu’il est possible de développer un modèle économique qui permette de répondre aux impératifs environnementaux. « Il faut que tout le monde comprenne que ce n’est pas une contrainte, mais bien un investissement pour l’avenir. Et nous ne pouvons faire aucune concession ni spéculer sur l’avenir de nos enfants. »

Nicolas Hulot en cinq dates

1955 : Naissance à Lille, en France

1987 : Début de la diffusion de l’émission Ushuaïa

1990 : Création de la Fondation Ushuaïa

2004 : Publication du livre Le syndrome du Titanic

2011 : Candidat à la primaire présidentielle écologiste
52 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 6 octobre 2014 03 h 30

    Et la France

    Vous avez raison surtout ne donnez pas de conseils. Vu l'état de la France au bord du gouffre financier, et grand merci aux eoliennes, vous faites bien de vous abstenir.
    Je ne comprend meme pas ce que vous faites ici.

    • Bernard Plante - Abonné 6 octobre 2014 08 h 56

      "Je ne comprend même pas ce que vous faites ici."

      Il essaie d'éclairer notre lanterne.

      Visiblement il y a encore beaucoup à faire...

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 octobre 2014 09 h 54

      Vous évoquez la France, la 4ème\5ème puissance mondiale ? Elle se sortira de ses problèmes comme elle l'a toujours fait, c'est le propre des grandes nations. Quoiqu'il en soit il est sot de ne pas vouloir écouter les conseils, indépendamment de leurs origines, pourvu qu'ils soient les mieux documentés et M. Hulot à quelque expérience dans ce domaine, vous en conviendrez. Enfin, quelques soient les turbulences qu'elle traverse, la France a toujours été très attentive aux problèmes environnementaux par volonté gouvernementale et aussi par l'attention des groupements écologistes qui ont largement droit au chapitre, comme tout relais d'opinion dans un système réellement républicain. Cela mérite considération....

    • Danielle Caron - Inscrite 6 octobre 2014 11 h 02

      Non, bien entendu, que fait-il ici?
      Le québécois déteste qu'on lui dise qu'il existe mieux ailleurs, car ici, on sait tout sur tout et on fait tout mieux que tout le monde, n'est-ce pas?
      Il n'y a pas de doute là-dessus.

    • André Leblanc - Inscrit 6 octobre 2014 14 h 12

      Messieurs,
      Informez vous donc sur la situation désastreuse de la France
      Le systeme socialiste ne fonctionne pas du tout, c'est du délire.
      BTW je suis immigrant recu en France, je me suis marié en France, mon épouse est Francaise. Je connais tres bien la situation de la France.
      J'aime mieux prendre la Norvege comme modele que la France.
      PS. La Norvege viens de retirer sa candidature pour les olympiques d'hiver 2022. Ils savent compter et investissent dans des projets réalistes. Ils ne taxent pas leurs citoyens pour leurs vendre du vent.
      Les ecolos c'est une idéologie et non science, Sachez faire la différence.

    • Guillaume Fortier - Inscrit 6 octobre 2014 20 h 33

      L'écologie est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux.

    • Murray Henley - Inscrit 6 octobre 2014 21 h 11

      Mentionnons en passant que la France tire quelque 80% de sa production électrique de centrales nucléaires:

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_nucl%C3

      Que diraient nos écologistes si, au nom de la lutte aux changements climatiques, le Québec et le Canada adoptaient une orientation semblable?

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 octobre 2014 23 h 31

      M. Leblanc - Vous êtes libres de choisir le modèle de société que vous voulez, y compris la Norvège d'ailleurs, si vous préférez les petits pays. Pour la France, socialiste ou non, elle se sortira soyez-en... pour le reste, aucun autre commentaire.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 octobre 2014 01 h 18

      @ a. leblanc
      Vous avez le culot de dire "...qu'est-ce que vous faites ici."
      lors des cours de bienséance vous deviez être absent...
      M. Hulot a fait état de sa non ingérence dans son commentaire...si vous
      avez lu l'article avec juste un brin d'impartialité...

    • André Leblanc - Inscrit 7 octobre 2014 03 h 13

      M. Fortier vous avez raison, l'écologie est une science, mais ce que ces zigotos professent c'est une idéologie.
      Rien de scientifique dans leur modélisation.

      M. Fleitz, j'espere bien que la France se sortira de ce boubier,
      attendons les élections.

    • Simon Chamberland - Inscrit 7 octobre 2014 16 h 55

      M. Leblanc,

      Un peu d'épistémologie vous ferait du bien. Les modélisations sont, pour notre plus grand malheur, de plus en plus rafinées et elles se confirment régulièrement.

  • Marc O. Rainville - Abonné 6 octobre 2014 06 h 12

    Soutien

    ''Nicolas Hulot juge néanmoins qu’il reste suffisamment de temps d’ici au sommet de Paris pour faire entendre raison aux décideurs politiques.''
    Les commentateurs politiques ont aussi la responsabilité devant l'Histoire de faire entendre raison aux décideurs politiques.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 6 octobre 2014 06 h 20

    Les vacances ...

    ... de monsieur Hulot commenceront par une rencontre, à Québec, avec «les vraies affaires».

    Desrosiers
    Val David

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 octobre 2014 09 h 56

      Belle citation pour un beau film avant les vraies affaires....

  • François Beaulé - Inscrit 6 octobre 2014 06 h 39

    « je souhaiterais rencontrer Stephen Harper »

    Beaucoup de journalistes canadiens aimeraient eux-aussi pouvoir rencontrer le Premier ministre de leur pays. Bonne chance M. Huot!

    Les propos de l'écologiste sont par ailleurs tout à fait justes. Mais cela n'est pas seulement une question de modèle économique. Le défi est encore plus de changer notre mode de vie. Le mode de vie à l'américaine est aux antipodes d'un mode vie pérenne qui pourrait être imité par les autres nations.

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 octobre 2014 10 h 03

      Fondamentalement, la destruction de l'environnement au niveau planétaire est une des conséquences, ni plus, ni moins dramatiques, de l'idéologie néolibérale qui privilégie contre tout les profits maximums pour les ''puissances d'argent'', mème au détriment de la santé, de la démocratie, de la culture, de la paix, de la vie tout simplement. Il serait temps que les ''citoyens du Monde'' réagissent, mais il faut savoir qu'une véritable réaction ne peut être que considérée comme une révolution par les profiteurs actuels et leurs complices, trop d'hommes politques.

  • Catherine Paquet - Abonnée 6 octobre 2014 06 h 40

    Pas encore un autre donneur de leçons...!

    Si chacun prêchait par l'exemple... le peuple aurait à subir beaucoup moins de sermons...

    • Bernard Plante - Abonné 6 octobre 2014 09 h 02

      Le donneur de leçon dont vous parlez a fait le tour de la planète. Regardez une seule de ses émission Ushuaia et vous verrez combien notre planète est belle et fragile.

      Nos actions modifient le mode de vie de milliers de gens d'un bout à l'autre de la planète alors peut-être qu'effectivement nous avons besoin de nous faire remettre les yeux en face des trous une fois de temps en temps.

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 octobre 2014 10 h 06

      Il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre et M. Hulot a largement démontré qu'il ne se contentait pas de prêches creuses. Il faut de temps en temps lever le nez au-dessus du guidon et s'informer....

    • André Leblanc - Inscrit 6 octobre 2014 14 h 18

      Les changements climatiques ''anthropique'' c'est de la foutaise.
      Nous aussi insignifiant qu'un grain de sable dans le désert.
      Comme M. David Suzuki preche haut et fort la surpopulation, avec ses cinq enfants et ses maisons de type manoir, je ne sais pas de quoi ils se mele.

    • Simon Chamberland - Inscrit 7 octobre 2014 16 h 58

      M. Leblanc,

      Depuis la le début des années 1990, 97 % des articles révisés par des pairs publiés sur le sujet dans des revues scientifiques fonctionnant par comité de lecture affirment que les humains sont la principales cause de l'actuel réchauffement climatique.

      Si on compte les citations, ça fait tout de même environ 99 % des scientifiques pertinents qui s'accordent sur le sujet.

      Le nombre d'articles dissidents diminue d'année en année et la plupart des dissidents se sont raliés devant l'énorme preuve accumulée.

      Vous, sans expertise sur le sujet, vous qui vous permettez de critiquer ce que vous en comprennez pas, vous faîtes parti du problème.

    • André Bastien - Abonné 8 octobre 2014 23 h 45

      Tout comme Simon_c, M. Simon Chamberland a bien raison. ;-)

      M. Leblanc, vous tirez sur les messagers en critiquant les scientifiques. Mais cela ne fait disparaître la réalité derrière le messager.