Les morses, prochaines victimes des changements climatiques?

La photo, spectaculaire, a fait le tour du web en quelques heures à peine. Et pour cause. Pas moins de 35 000 morses ont été forcés de venir s’échouer sur une plage du nord-ouest de l’Alaska, en raison de l’absence de glace. Un phénomène directement lié aux bouleversements climatiques qui frappe l’Arctique.

Depuis des milliers d’années, ces mammifères marins passent l’hiver dans la mer de Bering. C’est là que les femelles mettent bas. Les morses du Pacifique utilisent aussi la banquise située au-dessus du plateau continental comme point de départ pour leur quête de nourriture, située sur les fonds marins.

Le recul de plus en plus marqué des glaces force toutefois ces animaux à plonger toujours plus profondément pour se nourrir. Mais la banquise a maintenant tellement reculé que les fonds marins les plus près se situent désormais à 3000 mètres de profondeur, les rendant totalement inaccessibles pour les morses.

Des milliers d’entre eux ont donc opté pour une plage de l’Alaska, même si celle-ci se situe loin de leur habitat naturel. Si les experts ne savent pas encore si ce changement des comportements des morses peut avoir un impact sur leur mortalité, ils estiment que les bébés morses sont plus fragiles sur la terre ferme et que les animaux perdent plus d’énergie à rechercher des proies sur terre que lorsqu’ils sont installés sur la glace.

Une chose est sûre : les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine sont bel et bien responsables du phénomène. Depuis 1979, date à laquelle les observations satellites de la banquise ont débuté, la glace de mer ne cesser de reculer. Cet été, elle a atteint son sixième niveau le plus bas des 35 dernières années. Sa superficie s’est établie à 5,02 millions de km2 le 17 septembre, soit bien en deçà de la moyenne des minimums observés entre 1979 et 2012 qui, elle, s’élève à 6,1 millions de km2.

Victimes du climat

Plusieurs espèces vivant dans l’Arctique souffrent déjà des conséquences des modifications durables du climat terrestre. L’ours polaire, par exemple, figure parmi les victimes probables des effets des bouleversements du climat dans l’Arctique. Selon les données du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, l’espèce sera confrontée à « un haut risque d’extinction » d’ici quelques décennies. Elle est déjà considérée depuis 2011 comme une « espèce préoccupante » au sens de la Loi canadienne sur les espèces en péril.

« C’est une nouvelle preuve remarquable des dramatiques changements environnementaux liés à la fonte de la banquise, a pour sa part déploré Margaret Williams, directrice du programme arctique du WWF, citée par Associated Press. Les morses nous disent ce que les ours polaires nous ont dit et ce que beaucoup d’autochtones nous avaient dit : l’environnement arctique change extrêmement rapidement, c’est le moment pour le reste du monde d’en prendre connaissance mais aussi de prendre des mesures pour s’attaquer aux causes du changement climatique. »

Pour le moment, ce sont surtout les immenses ressources pétrolières et gazières de l’Arctique qui intéressent de plus en plus d’entreprises et de gouvernements, dont celui du Canada. Ottawa a décidé en juin 2012 de mettre aux enchères près de 10 000 kilomètres carrés de l’océan Arctique.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement a d’ailleurs lancé l’an dernier un sérieux avertissement à la communauté internationale : la fonte accélérée des glaces de l’Arctique rend de plus en plus probable une exploitation précipitée des immenses ressources énergétiques fossiles dans cette région du monde. L’ironie, c’est que l’exploitation massive de ces ressources est justement responsable des bouleversements du climat.