Mine Arnaud: le gouvernement n’a toujours pas tranché

Au cours de son développement, cette mine située en milieu habité, tout près de la baie de Sept-Îles, générerait des centaines de millions de tonnes de résidus.
Photo: Ville de Sept-Îles Au cours de son développement, cette mine située en milieu habité, tout près de la baie de Sept-Îles, générerait des centaines de millions de tonnes de résidus.

Le gouvernement Couillard n’a toujours pas décidé de ce qu’il adviendra du controversé projet Mine Arnaud, à Sept-Îles, jugé inacceptable par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Interpellé par Le Devoir mardi lors d’un événement consacré au Plan Nord, le premier ministre Philippe Couillard a dit attendre que le promoteur réponde aux nombreuses lacunes soulevées par le BAPE avant de prendre une décision. Ces réponses devraient normalement être données à Québec incessamment.

« Le rapport a identifié plusieurs éléments d’amélioration. Le promoteur doit répondre à ce rapport et présenter son projet modifié en conséquence », a fait valoir le chef libéral. Il faut toutefois noter que dans le cas de ce projet de mine d’apatite, le promoteur se trouve à être une entreprise dont l’État québécois contrôle 62 % de l’actionnariat.

Préjugé favorable

« Nous avons toujours un préjugé favorable pour les projets de développement économique. Mais il n’y a pas de projet qui sera autorisé s’il entre en contradiction avec les règles de développement durable », a ajouté M. Couillard.

« Sur le principe du projet, nous sommes là, mais il y a de la division sur la Côte-Nord, a-t-il également dit. Il y a plusieurs personnes qui attendent les jobs qui sont reliées à ce projet. Cependant, ça ne se fera pas à n’importe quel prix. Et ça ne se fera pas au prix des éléments qu’a souligné le BAPE. »

Le gouvernement demeure cependant confiant que le promoteur parviendra à modifier suffisamment son projet de mine à ciel ouvert pour répondre aux lacunes identifiées dans le cadre de l’évaluation environnementale. Le processus pourrait même être complété d’ici la fin de l’année, a dit M. Couillard.

Rapport critique

« On pense qu’il y a de l’avenir pour le phosphate dans le monde, à cause des pays émergents », a en outre fait valoir le premier ministre. L’apatite qui serait extraite de cette mine est constituée de phosphate, une substance utilisée dans la fabrication d’engrais.

Au cours de son développement, cette mine située en milieu habité, tout près de la baie de Sept-Îles, générerait des centaines de millions de tonnes de résidus. La fosse atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.

Mais le BAPE a produit un rapport qui conclut que ce projet « n’est pas acceptable » dans sa forme actuelle. L’organisme y souligne que les impacts environnementaux du projet de Mine Arnaud ont été très mal évalués. Le promoteur n’a mené aucune étude sur la baie de Sept-Îles, qui devrait pourtant recevoir « entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants ».

L’analyse des résidus miniers est aussi insuffisante pour évaluer les conséquences sur le milieu. En fait, le BAPE juge que l’étude d’impact est tout simplement « incomplète ».

Il constate aussi « l’absence d’un consensus social » et la division de la population de Sept-Îles. Le BAPE s’interroge enfin sur la rentabilité du projet, alors que les prix du phosphate sont appelés à reculer fortement au cours des prochaines années, selon les prévisions de la Banque mondiale. Or, le développement de la mine nécessiterait des investissements de 750 millions de dollars, dont une majorité de fonds publics. Ce rapport représentait d’ailleurs toute une rebuffade pour Investissement Québec, principal bailleur de fonds de Mine Arnaud.

Le promoteur a toutefois décidé de mener des études « complémentaires » afin de se conformer aux avis du BAPE. Selon les informations obtenues auprès de différentes sources, Mine Arnaud refuse toutefois de rendre publiques lesdites études tant que celles-ci ne seront pas jugées « recevables » par le ministère de l’Environnement du Québec. Il est donc impossible de savoir sur quoi portent les études réalisées depuis la publication du rapport du BAPE.

1 commentaire
  • Serge Bélanger - Inscrit 1 octobre 2014 19 h 27

    Possiblement désastreux au point de vue de la rentabilité. Dixit: la Banque Mondiale avec ses prédictions sur le prix du minerai convoité. Possiblement désastreux au point de vue environnemental. Dixit: le BAP avec son rapport... et déjà désatreux au point de vue de l'acceptabilité sociale dans la région...

    ...et le gouvernement est encore en réflexion!? Eh ben...