Le Québec fait fausse route

Comment imaginer qu’une économie mondiale basée sur les énergies fossiles effectue un virage vert? 
Photo: Pedro Armestre Agence France-Presse Comment imaginer qu’une économie mondiale basée sur les énergies fossiles effectue un virage vert? 

Les partisans de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux comme le Québec et le Canada font fausse route dans une économie mondiale en voie de réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Tel est l’avertissement sans équivoque qu’a servi vendredi la plus haute responsable du dossier climatique aux Nations unies, Christiana Figueres, dans une entrevue exclusive accordée au Devoir.

« Qu’il s’agisse du Canada ou de toute autre juridiction, la situation est la même. La tendance lourde à l’échelle de la planète consiste à se diriger vers une économie à faible empreinte carbone. Cette transition est irréversible », a insisté la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCUNCC).

« À partir du moment où ce changement est inévitable, est-ce que vous voulez y prendre part le plus rapidement possible, de façon à bénéficier de tous les avantages dont bénéficieront ceux qui agiront rapidement ? Ou alors, voulez-vous rester prisonnier de la vieille économie, tandis que la plupart des autres progressent ? Cette question est valable pour tous. Vous devez décider où vous voulez vous situer dans cette course, parce que cette course vers une économie à faible empreinte carbone a déjà débuté. »

Selon Mme Figueres, il ne fait donc aucun doute que les États doivent tout mettre en oeuvre pour s’éloigner de l’industrie pétrolière, et non s’en approcher davantage. Est-ce que le gouvernement du Québec fait erreur en plaidant pour le projet de pipeline Énergie Est, qui doit permettre d’exporter 1,1 million de barils de brut albertain chaque jour ? « Il y a assez d’analyses et de preuves scientifiques qui démontrent les risques de poursuivre les investissements dans les énergies fossiles, a-t-elle fait valoir. Vous devez donc décider si vous voulez vous situer du bon côté de l’Histoire et du bon côté de la logique économie. »

Cette diplomate de carrière estime que le Québec risque de se « condamner » au modèle économique des pétrolières en autorisant, sur son territoire, le transport et l’exportation de l’or noir extrait des sables bitumineux. « La question ne doit pas se poser uniquement pour aujourd’hui. La question concerne aussi demain. Il faut donc être en mesure de regarder les décisions d’aujourd’hui et évaluer quels seront les impacts de ces décisions dans le futur. Dans un monde de restrictions sur les émissions de carbone, comme celui vers lequel nous nous dirigeons, quelle sera la valeur de ce genre d’infrastructures ? »

Place à l’action

Au sortir du sommet de l’ONU sur le climat tenu cette semaine à New York, Christiana Figueres est d’ailleurs plus convaincue que jamais de la volonté internationale de lutter contre les changements climatiques. « Le message est clair et fort. Nous devons agir contre les changements climatiques, nous pouvons le faire et nous allons le faire. »

Oeuvrant depuis des années au coeur des négociations internationales sur le climat, elle estime que la présence de plus de 120 chefs d’État et de gouvernement à New York était en soi un bon indicateur de la mobilisation politique. « Nous n’avons jamais vu, dans l’Histoire, autant de leaders politiques se réunir autour de cet unique enjeu. Et ils connaissent l’ampleur de la menace si nous n’agissons pas. »

Face aux preuves scientifiques accablantes et à des populations de plus en plus préoccupées, les gouvernements qui prennent part aux négociations ne risquent pas, selon elle, de répéter le fiasco de Copenhague. Ce sommet organisé en 2009 avait débouché sur l’impossibilité totale de parvenir à un accord sur le climat. Mais depuis cette rencontre, a-t-elle souligné, les choses ont bien changé. Les énergies renouvelables sont plus abordables, plusieurs lois visant à lutter contre les changements climatiques ont vu le jour et le secteur privé est désormais de la partie.

Bref, Christina Figueres est persuadée que les prochains mois permettront de définir les grandes lignes d’un accord climatique incluant quelque 190 États et qui doit être signé à Paris à la fin de 2015. « Maintenant, je cherche à soutenir tout le monde afin que cet accord soit significatif. Un accord qui se résumerait à une série d’engagements minimaux ne suffirait pas. Il doit avoir un effet sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. »

Ce futur accord doit entrer en vigueur en 2020. Il doit permettre, dans un premier temps, de stopper la hausse des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais pour espérer ne pas dépasser une hausse de 2 °C d’ici la fin du siècle — par rapport au début de l’ère préindustrielle —, il faudrait que l’humanité se donne un objectif de « zéro émission » au plus tard en 2100.

Comment imaginer qu’une économie mondiale basée sur les énergies fossiles effectue un tel virage ? « Ce n’est pas une mission impossible, a répondu Mme Figueres. Nous avons pu envoyer un homme sur la Lune en 10 ans. Quand le président Kennedy a annoncé qu’il voulait voir un homme marcher sur la Lune, personne ne savait comment il serait possible d’atteindre cet objectif. »

La secrétaire exécutive de la CCNUCC juge néanmoins que rien n’est acquis, surtout dans un contexte où tout un chacun cherche le plus souvent à protéger ses intérêts économiques et politiques à court terme. « Ce qui est en avant de nous, c’est une transformation délibérée qui doit être plus grande que tout ce à quoi l’humanité a été confrontée jusqu’à présent. Il ne faut donc pas sous-estimer l’ampleur de la tâche. »

Heurtel salue Figueres

Réagissant par la suite à un discours prononcé par Christiana Figueres vendredi au Conseil des relations internationales de Montréal, le ministre David Heurtel a souligné que ces propos démontraient clairement « l’urgence d’agir en matière de changements climatiques ».

Il a aussi répété que le projet de pipeline Énergie Est serait soumis à une évaluation environnementale. Cette étude, menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, servira à présenter la position du Québec lors des véritables audiences sur le projet, qui sont sous la responsabilité de l’Office national de l’énergie.

Fait à noter, l’évaluation fédérale ne tient pas compte des impacts environnementaux de l’exploitation des sables bitumineux. Et l’entreprise TransCanada, qui pilote ce projet de 12 milliards de dollars, a toujours dit que la décision finale concernant Énergie Est appartient à Ottawa.

55 commentaires
  • Claude Perron - Abonné 27 septembre 2014 03 h 59

    L'exploitation des sables bitumineux ne vas pas dans le sens de l'avenir

    «Les partisans de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux comme le Québec et le Canada font fausse route dans une économie mondiale en voie de réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Tel est l’avertissement sans équivoque qu’a servi vendredi la plus haute responsable du dossier climatique aux Nations unies, Christiana Figueres, dans une entrevue exclusive accordée au Devoir.»...Bref, Christina Figueres est persuadée que les prochains mois permettront de définir les grandes lignes d’un accord climatique incluant quelque 190 États et qui doit être signé à Paris à la fin de 2015. « Maintenant, je cherche à soutenir tout le monde afin que cet accord soit significatif. Un accord qui se résumerait à une série d’engagements minimaux ne suffirait pas. Il doit avoir un effet sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. »



    Ce futur accord doit entrer en vigueur en 2020. Il doit permettre, dans un premier temps, de stopper la hausse des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais pour espérer ne pas dépasser une hausse de 2 °C d’ici la fin du siècle — par rapport au début de l’ère préindustrielle —, il faudrait que l’humanité se donne un objectif de « zéro émission » au plus tard en 2100»...Nous avons le choix entre se soumettre à la logique d'une économie débridée ou réduire notre dépendance aux énergies fossilles.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 27 septembre 2014 17 h 07

      Comment atteindre cet objectif ?

      C'est pourtant fort simple : Fini les déplacements de personnes et de marcandises à l'aide d'appareils qui utilisent un moteur à combustion d'hydrocarbures, tel que les avions, les bateaux, les trains, les camions et les automobiles (exception faites pour moteurs juste électriques), fini le chauffage des maisons ou d'industries au charbon, à l'huile ou au gaz naturel, fini le chauffage au bois, fini les barbecues et fini l'idée de fumer... quoi que ce soit. Entretemps, quiconque n'a pas le choix de voyager ou de consommer des marchandises transportées de cette manière, ou plus directement de mettre de l'essence dans son auto ou fumer de la mari thérapeutique, est prié d'avoir une petite gêne avant de chialer sur la vitesse trop lente que progresse ce noble projet.

    • Sauve stephane - Inscrit 28 septembre 2014 08 h 16

      ...et ne pas dans le sens du présent non plus.

      Il s'agit d'agir maintenant !

      Prenez 120 secondes de votre temps à allez signer cette pétition. Googlez "sauvonsnosbelugas" et vous trouverez la pétition à signer.

      Je sais, je sais, ce n'est qu'une pétition mais celle-ci aura l'effet domino, si elle est signée par un nombre très important de Québécois.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 28 septembre 2014 22 h 20

      Marc G. Tremblay dit:«[...]fini le chauffage au bois, fini les barbecues et fini l'idée de fumer... »

      Pas tout à fait, non. La combustion de bois n'augmente pas la quantité de carbone dans l'atmosphère. C'est la combustion de combustibles fossiles qui l'augmente. C'est pourquoi la biomasse est considérée une source d'énergie durable. Par exemple, le carbone contenu dans des résidus agricoles qui seraient brûlés a été retiré de l'atmosphère au cours de l'été et y retournerait lors de la combustion. Si ces déchets agricoles n'étaient pas brûlés, ce carbone serait tôt ou tard libéré dans l'atmosphère par le processus de décomposition. Voir:

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_carbone

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 29 septembre 2014 12 h 21

      @M. Leblond, merci de nuancer plutôt que de s'en tenir aux oeillères du titre "Le Québec fait fausse route ". Par contre, le chauffage au bois en milieu urbain cause du smog, que faire ? Aussi, les barbecues actuels sont soient au charbon, au gaz natuel ou au propane, tous des hydrocarbures ? Somme toute, si le problème dépasse notre civilisation, pendant que les grands de ce monde prendront tout leur temps pour s'entendre sur la route commune à suivre, pourquoi ne pas faire les deux choses suivantes :
      A) Au lieu d'encourager tous ces voisins qui se foutent de nous, en dehors du Canada, en important leur pétrôle, pourquoi se tirer dans le pied en disant non à tout ce qui peut être produit chez-nous ?
      B) Si des scientifiques sérieux prédisent que, de toute façon, une augmentation des températures et des niveaux des océans, à moins de réduire drastiquement la population mondiale, alors pourquoi ne pas commencer à s'y préparer pour mieux s'adapter que nos voisins ?

  • Patrice Giroux - Inscrit 27 septembre 2014 05 h 59

    Pas de circulaires, pas de colporteurs

    Il y a peu de chance qu'un athée vienne un jour cogner à ma porte pour tenter de me convertir... La logique n'est pas proactive et conquérante, sauf révoltée, mais la business elle ? C’est son affaire au jour le jour, porte à porte ! Comme un politicien en campagne.
    Harper, Couillard et cie, sont des pedlers de l'industrie la plus lucrative qui soi. Et il s'avère que cette industrie est proportionnellement à sa rentabilité la plus dommageable qui soi, au point que comme une drogue dure, comme une religion décadente qui plonge dans le fanatisme, elle entraîne l'overdose. Il suffirait à la base que tous nous affichions : pas de circulaires, pas de colporteurs, et cette industrie se fanerait devant nos yeux, pour laisser place à la logique.

    • Guy Vanier - Inscrit 27 septembre 2014 07 h 59

      Mais beaucoups de citoyens pensent encore que harper et couillard sont là pour notre bien!
      Le réveil, après quelques années est toujours brutal, souvenez vous de chrétien et charest!
      Et ça recommence....

    • Damien Tremblay - Inscrit 27 septembre 2014 08 h 44

      SUAVE! Merci!

  • Raymond Chalifoux - Abonné 27 septembre 2014 06 h 05

    Il était une fois, « La “drette” et la courte vue… »

    La « drette » (la droite politique), son truc, c’est « PPP » : le Présent, le Profit, le Privé.

    Avec pareille mentalité, tu déconstruis l’État, ou pire encore, tu le privatise, tu fais fi, mais complètement, des conséquences à long terme des « gestes d’État » que tu poses - même les plus clairement et savamment annoncées, et tu te tournes sur une dix cenne comme une girouette, au vent du plus offrant: maintenant, tu-suite, et tant pis pour les enfants, y s’arrangeront ben dans l’temps comme dans l’temps…

    Quand les Libéraux d'ici referont face à l’électorat, dans quatre ans, la doctrine « Tatcher-Reagan », elle aura atteint 40 ans : je lui en souhaite une d’enfer, quant à moi, de crise de la quarantaine!

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 septembre 2014 06 h 09

    Et si le partage des risques demandé aux Québécois affaiblissait le Québec, le Canada et le monde !

    Dans les faits, M. Heurtel est un ministre junior et on lui laissera avoir peu d'initiative, M. Couillard s'étant assuré que les plus grands dossiers environnementaux lui échappent: les projets pétroliers d'Anticosti, l'oléoduc Trans-Canada et Cacouna relèvent du premier ministre et du ministre des ressources naturelles. Le gouvernement fédéral actuel identifie quasiment la construction de l'oléoduc Trans-Canada à la construction du chemin de fer transcontinenal à la fin du dix-neuvième siècle. Arrêter le train paraissait inacceptable parce qu'il engendrerait le Canada: ne pas faire sa part comme canadien le serait tout autant a dit cette semaine. Rapports internationaux à l'appui, se pourrait-il que le partage auquel nous invite actuellement notre premier ministre, celui désiré par les lobbyistes pétroliers, affaiblisse le monde, le Canada et le Québec, et ceci autant environnementalement qu'économiquement ? C'est ce que je pense et c'est ce sur quoi M. Couillard devrait réfléchir.

  • Guy Vanier - Inscrit 27 septembre 2014 06 h 13

    Réveillons nous!

    Nous devons prendre le train maintenant... dans la bonne direction et non comme nos dirigeants ( harper et couillard) politiques le proposent.
    Surtout nous au Québec qui avons la chance de ne pas être trop engagé actuellement, le virage sera relativement plus facile.
    Debout tous ensemble et pour une fois prenons la bonne décision.