Le Canada est déjà un «leader», argue Ottawa

Critiqué de longue date pour ses positions environnementales, Stephen Harper a admis lundi avoir d’autres priorités que de se rendre au Sommet sur le climat. Ci-dessus, un manifestant arborant une tête de Harper en papier mâché au Sommet de Durban, en 2011.
Photo: Schalk van Zuydam Associated Press Critiqué de longue date pour ses positions environnementales, Stephen Harper a admis lundi avoir d’autres priorités que de se rendre au Sommet sur le climat. Ci-dessus, un manifestant arborant une tête de Harper en papier mâché au Sommet de Durban, en 2011.

L e premier ministre Stephen Harper a défendu lundi sa décision de ne pas participer au sommet international sur les changements climatiques de New York, et ce, même s’il sera en ville au moment de la rencontre onusienne. Vivement critiqué par l’opposition, le gouvernement conservateur s’est défini comme un « leader mondial » en matière de lutte contre les bouleversements du climat.

M. Harper a fait valoir qu’il devait aborder « un nombre significatif de défis » au cours de son voyage à New York cette semaine. « Nous avons des défis de développement, d’aide humanitaire, de pandémie. Nous avons des défis de droits humains et de gouvernance », a-t-il souligné au cours d’une conférence de presse à l’occasion de la visite de la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-hye.

« Nous avons aussi des enjeux de commerce et d’économie et, évidemment, je tente d’aborder un certain nombre de ces enjeux, incluant les changements climatiques. Le Canada sera très bien représenté au sommet sur les changements climatiques », a ajouté le chef conservateur. C’est la ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, qui représentera officiellement le Canada.

Les justifications du gouvernement Harper n’ont pas convaincu les partis d’opposition. L’enjeu des changements climatiques a d’ailleurs accaparé une bonne partie de la période de questions à la Chambre des communes. « Pourquoi le premier ministre va-t-il boycotter la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ? », a demandé le chef néodémocrate Thomas Mulcair. Selon lui, l’absence du premier ministre est une véritable « honte » nationale.

Les libéraux ont pour leur part laissé entendre que Stephen Harper était probablement embêté de se présenter à l’événement en raison du bilan environnemental de son gouvernement.

« Leader mondial »

Ni le premier ministre ni la ministre de l’Environnement n’étaient toutefois présents pour répondre. En réponse aux nombreuses critiques, les conservateurs ont simplement répété qu’Ottawa mettait en oeuvre des actions concrètes pour protéger l’environnement tout en faisant rouler l’économie. « Notre gouvernement est un leader mondial lorsque vient le temps de s’attaquer aux changements climatiques », a affirmé Colin Carrie, le secrétaire parlementaire de la ministre Leona Aglukkaq.

Dans les faits, Ottawa devrait rater complètement les cibles de réduction de gaz à effet serre pourtant revues à la baisse par les conservateurs, depuis qu’ils ont jeté le protocole de Kyoto à la poubelle. Au lieu de diminuer, les émissions devraient plutôt grimper au cours des prochaines années, alimentées par les compagnies pétrolières qui exploitent les sables bitumineux albertains.

Présent à New York, le premier ministre Philippe Couillard a pour sa part refusé de critiquer l’absence de son homologue fédéral à ce troisième Sommet pour le climat organisé par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

La rencontre de New York revêt une importance certaine, puisqu’elle doit en théorie permettre de faire progresser les discussions en vue des négociations intensives prévues en 2015. C’est en effet l’an prochain que doit être signé à Paris le nouvel accord international sur le climat.

Mais pour le moment, les négociations sont, pour l’essentiel, dans une impasse. Les signaux scientifiques sont toutefois clairs : la planète se dirige vers une hausse de 4 °C, ce qui serait catastrophique pour la vie sur Terre. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a lui-même prévenu qu’il est « minuit moins cinq » pour tenter de trouver une issue viable.

Couillard critiqué sur la cimenterie de Port-Daniel

Pour sa première visite officielle à New York dans le cadre de la Semaine du climat, le premier ministre Philippe Couillard a repris le flambeau de Jean Charest. Comme l’ancien chef libéral, il a vanté lundi le rôle des États fédérés dans la lutte contre les changements climatiques. Le premier ministre a particulièrement vanté les mérites du marché du carbone québécois récemment lié à celui de la Californie, un système qui permet selon lui de placer la « responsabilité sur les épaules des émetteurs » de gaz à effet de serre. Questionné sur le controversé dossier de la méga-cimenterie de Port-Daniel qui devra importer « jusqu’à 175 000 tonnes de coke de pétrole par année », selon une étude d’impact du promoteur Ciment McInnis, le premier ministre Couillard a réitéré sa position selon laquelle il ne faut pas mettre en « opposition le développement économique et la lutte aux changements climatiques ».
38 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 23 septembre 2014 00 h 26

    Notre prochain rendez-vous

    Monsieur Harper, je n'avais pas besoin de votre récente décision pour vous faire savoir que vous ne représentez ni le Québec, ni même ses citoyens. Je me permets de vous dire qu'à l'automne prochain, quand vous aurez enfin décidé de vous montrer la face en quelque part, soit à deux pas d'une section de vote, je vous ferez savoir ce que je pense de ces gouvernants comme vous qui n'ont aucun courage d'aller défendre leurs positions devant l'opinion mondiale.

    On les jette aux ...aux orties...pour être vert alors que ma première pensée était bien moins verte...

    • Nicole Bernier - Inscrite 23 septembre 2014 17 h 24

      C'est facile de critiquer Harper et Couillard, mais que dire de la porte que le PQ a ouverte, avec la "cimenterie" de la Gaspésie, aux déchets de pétrole provenant du Canada et des États-Unis ( une industrie québécoise qui annule les efforts de décontamination des autres secteurs)... Les Gaspésiens vont devoir respirer l'horreur de la pollution de cette industrie et les Québécois vont payer la destruction des déchets du pétrole alors que ces compagnies ne cessent de gonfler leurs profits....

  • Daniel Lemieux - Inscrit 23 septembre 2014 04 h 58

    Sans aucune gêne

    « Notre gouvernement est un leader mondial lorsque vient le temps de s’attaquer aux changements climatiques ».

    Honteux.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 23 septembre 2014 10 h 50

      Je ne serais pas surpris que l'ensemble des conservateurs le croient ! Car c'est le chef qui l'a dit, et il ne peut faire erreur (involontairement)... et si une se fait, c'est qu'elle était volontaire !

      Nous réalisons, souvent, en les regardant dans les yeux, qu'il y a un vide... et qu'un cheuf se doit d,être présent pour remplir ce vide !

    • Murray Henley - Inscrit 23 septembre 2014 18 h 45

      Évidemment que M. Harper bluffe. Il fait bien d'ailleurs de faire semblant de jouer le jeu, car toute cette histoire de changements climatiques est devenue un bourbier dont plusieurs politiciens, qui n'y croient plus, ne peuvent se dégager.

  • Benoît Landry - Inscrit 23 septembre 2014 05 h 59

    Critiquer Harper

    «Présent à New York, le premier ministre Philippe Couillard a pour sa part refusé de critiquer l’absence de son homologue fédéral à ce troisième Sommet pour le climat organisé par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.»

    Ben non , il est beaucoup plus disposé à lui fournir des moyens d'augmenter la capacité de polluer comme on peut le voir présentement à Sorel

  • Josette Allard - Inscrite 23 septembre 2014 06 h 24

    Pendant ce temps....

    Notre Stephen mange des beignes chez Tim ....

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 23 septembre 2014 06 h 42

    Honteux

    ". .. « Notre gouvernement est un leader mondial lorsque vient le temps de s’attaquer aux changements climatiques », a affirmé Colin Carrie, le secrétaire parlementaire de la ministre Leona Aglukkaq"...

    Vraiment honteux. Étant diplomate à l'étranger, je ne sais plus ce qui m'embarrasse le plus ces temps-ci quand vient temps d'afficher ma nationalité: la position du Gvt Harper sur le changement climatique, son appui aveugle au gvt israélien, ou sa réduction drastique de l'aide canadienne au développement internationale.