De grandes marches contre la surdité des États

Ils ont été des milliers dans plusieurs villes de partout dans le monde à prendre la rue dimanche pour dénoncer l’inaction des gouvernements dans le dossier des changements climatiques. À deux jours du Sommet de l’ONU sur le climat, l’occasion était belle pour tenter de faire pression sur les dirigeants mondiaux qui s’y réuniront mardi à New York, soit 120 chefs d’État au total, ce qui constitue un record. Le premier ministre canadien, Stephen Harper, brillera toutefois par son absence, ayant délégué à l’événement la ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq.

Avec 100 000 manifestants qui ont pris part à la « marche du peuple pour le climat », la Grosse Pomme était d’ailleurs la ville hôte du plus important événement, qui se voulait une mobilisation historique, soit la plus importante depuis la conférence sur le climat de Copenhague en 2009.

Avec fanfares, fleurs géantes et des slogans appelant aux actes plutôt qu’aux paroles, des dizaines de milliers de personnes, célébrités, hommes politiques, militants, étudiants ou États-Uniens ordinaires ont donc marché, portant l’objectif commun de pousser les responsables politiques à agir « de manière ambitieuse » contre les changements climatiques, et à prendre de réels engagements d’ici la conférence internationale de Paris en 2015.

Parmi les manifestants à New York, des gens d’importance et quelques célébrités, comme l’acteur Leonardo DiCaprio, tout juste nommé « messager de la paix » de l’ONU, le chanteur Sting, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et l’ancien vice-président américain Al Gore. Plusieurs Canadiens avaient aussi fait le trajet jusqu’à New York pour l’occasion, dont plusieurs membres du groupe environnemental Toronto 350 et Steven Guilbeault, d’Équiterre.

Manifestation à Montréal

Au Canada, des rassemblements ont lieu à Toronto, mais également à Montréal, où des milliers de protestataires ont pris les rues d’assaut parapluie au bras dans une grande marche au départ du parc La Fontaine. Sans surprise, des formations politiques réputées plus à gauche et divers syndicats, mais également beaucoup de « simples citoyens », tant jeunes que vieux, anglophones que francophones ont constitué le coeur de ce grand rassemblement pacifique et familial d’après-midi. « On veut préserver la nature », ont dit en choeur Noée et Oriane, deux amoureuses du plein air de 14 ans. Elles se désolent du fait que leurs voix aient si peu d’échos au sein de la classe dirigeante. « Ils sont égoïstes. Ils pensent plus à l’argent qu’à ce que ça pourrait faire à nous, les gens de la planète », a ajouté l’une d’elles.

La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, ne s’est pas gênée pour critiquer la surdité des gouvernements en place. « C’est essentiel de se réunir comme on l’a fait quand les gouvernements ne nous écoutent plus », a-t-elle soutenu en entrevue au Devoir. « Philippe Couillard va nous trouver sur son chemin. Cet aplaventrisme devant les pétrolières, c’est totalement inacceptable. […] Ce qui me choque du gouvernement actuel, c’est que, d’une part, on se pète les bretelles au niveau environnemental et on veut jouer un rôle de leader, mais à quel prix quand on ne s’oppose pas comme on pourrait le faire à TransCanada et compagnie. » Elle n’avait pas non plus de mots tendres à l’endroit du gouvernement fédéral de Stephen Harper. « Ce n’est pas surprenant, il a vraiment pris le parti du pétrole depuis qu’il est à la tête du pays et c’est déplorable. Les Canadiens le jugeront à ses actes ».

Alexander Norris, conseiller dans le district électoral du Jeanne-Mance pour projet Montréal s’est dit « très préoccupé par la crise climatique ». Il est heureux que son parti ait voté contre une motion de l’administration Coderre qui laisse entendre que le projet d’oléoduc 9B de l’entreprise Enbridge serait acceptable si certaines conditions étaient réunies. « On est fiers d’être le seul parti municipal qui a voté contre. Nous, on dit non au sable bitumineux sous toutes ses formes, non seulement en raison de la feuille de route peu reluisante en matière de sécurité d’Enbridge, mais également parce que tout projet de ce genre encourage la production de sable bitumineux », a-t-il ajouté.

D’autres rassemblements

D’autres rassemblements se sont tenus ailleurs au Québec, comme à Tadoussac, où le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a participé à une marche pour la protection et la préservation du Saint-Laurent et des espèces qui en dépendent. Québec, Gaspé, Drummondville et Trois-Rivières ont aussi été les hôtes de manifestations locales.

En plus de la mobilisation new-yorkaise, des manifestations étaient organisées partout dans le monde, notamment à Londres, Berlin, Paris, Stockholm, Rome, New Delhi, Melbourne ou Rio de Janeiro : au total, selon les organisateurs, plus de 2700 événements étaient prévus dans 158 pays.

Avec l’Agence France-Presse