Quand les promoteurs deviennent des acteurs du transport

Daphnée Hacker-B. Collaboration spéciale
L’organisme Voyagez Futé propose aux promoteurs immobiliers de l’île de Montréal un passeport mobilité qui permet à leurs acheteurs de bénéficier notamment d’un an de transport gratuit.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’organisme Voyagez Futé propose aux promoteurs immobiliers de l’île de Montréal un passeport mobilité qui permet à leurs acheteurs de bénéficier notamment d’un an de transport gratuit.

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Les promoteurs immobiliers ne sont pas là que pour vendre des condos, ils peuvent aussi encourager les modes de transport alternatif. C’est du moins ce que croit l’organisme Voyagez Futé, qui a mis sur pied un programme permettant aux promoteurs d’offrir avec leur condo un panier cadeau bien particulier.

Voilà déjà quelques mois que le centre de gestion des déplacements Voyagez Futé a lancé le passeport mobilité, un produit destiné aux promoteurs immobiliers sur l’île de Montréal. Le passeport comprend un an de transport gratuit dans le réseau de la Société de transport de Montréal (STM), un abonnement au service de vélo-partage BIXI ainsi qu’un abonnement annuel aux voitures en libre-service de Communauto. « Je suis persuadée que les promoteurs peuvent jouer un rôle pour encourager le déplacement actif, et avec un tel produit, ils peuvent même attirer de nouveaux acheteurs », déclare la directrice générale de Voyagez Futé, Mónica Gandulfo.

Pour l’instant, le promoteur immobilier Mondev Construction est le seul à s’être procuré le passeport mobilité, qui coûte 995 $ par unité de condo. Plusieurs acheteurs se sont montrés intéressés par le passeport, assure le président-marketing de l’entreprise, Michael Owen. « Nous bâtissons nos immeubles dans des endroits stratégiques, près des réseaux de transport en commun, c’est naturel qu’un tel produit intéresse les acheteurs », avance celui qui a 16 différents projets en évolution dans les quartiers centraux de la métropole. Toutefois, M. Owen croit que le produit est encore trop méconnu du grand public. « Beaucoup d’acheteurs ne connaissent pas les services offerts avec le passeport, il devient alors compliqué pour le promoteur de leur faire comprendre la valeur du produit », explique-t-il, ajoutant qu’il faudrait selon lui multiplier les campagnes d’information.

« C’est un produit encore nouveau, il doit mieux se faire connaître », conçoit Mme Gandulfo. Cette dernière affirme que plusieurs développeurs immobiliers l’ont approchée et que des discussions sont en cours. « Les promoteurs veulent être certains que les acheteurs l’utiliseront. Moi, j’en suis convaincue, le marché est prêt pour ça », affirme la directrice générale de l’organisme qui offre de l’expertise-conseil en transport. Selon elle, les promoteurs peuvent, avec le passeport mobilité, attirer de nouveaux types d’acheteurs, notamment ceux qui ne veulent pas payer pour une place de stationnement.

« Les plus jeunes générations sont moins attachées à la voiture, il faut profiter de cette situation pour leur offrir des incitatifs et renforcer les habitudes de déplacement alternatif », ajoute pour sa part Pierre Bourbonnière, directeur du marketing de la STM. À son avis, il est normal que les promoteurs se montrent encore hésitants. « Il s’agit que le mot se passe, que le produit soit aussi connu du grand public, pour que les acheteurs en demandent », observe-t-il. Il est encore trop tôt selon lui pour évaluer le réel succès du passeport mobilité.

Une chose est sûre, les programmes incitatifs fonctionnent : selon des études menées par la STM, plus de 30 % des individus ayant bénéficié d’une mesure incitative à prendre les transports en commun en ont fait par la suite leur moyen de déplacement principal. « Chaque petit geste pour contrer l’auto en solo fait une réelle différence, et c’est pour cela que nous avons embarqué dans ce projet », dit M. Bourbonnière.

Nouvelle formule d’abonnement

Bien que le passeport mobilité entraîne des coûts supplémentaires pour le promoteur, celui-ci peut bénéficier de déductions fiscales de 200 % sur ses dépenses liées au transport collectif, souligne Mme Gandulfo.

Également, Voyagez Futé a décidé d’offrir une nouvelle formule pour les promoteurs intéressés par le passeport mobilité. Au lieu de se procurer tout de suite le produit, il est dorénavant possible pour eux d’adhérer à un « membership » de 1000 $, qui prévoit notamment une visibilité du développeur immobilier sur plusieurs sites Internet, en plus d’une formation pour l’équipe des ventes et de matériel publicitaire.

De cette façon, le promoteur peut d’abord voir s’il y a de l’intérêt pour le produit avant de se le procurer, soutient Mme Gandulfo. « Nous multiplions les moyens de convaincre les promoteurs d’y adhérer, car bientôt, le mot se passera, et tous les acheteurs le demanderont ! », lance-t-elle avec optimisme.

Autopartage entre voisins

D’autres solutions de remplacement à la voiture font leur chemin au sein des projets immobiliers. Mis sur place en 2012, le service LibrOTO permet aux développeurs immobiliers d’offrir aux acheteurs un service d’autopartage exclusif à leur immeuble. Ainsi, une ou plusieurs voitures sont mises à la disposition des résidents, dépendemment du forfait de leur choix, payent un montant annuel de base de 20 $ ou un montant mensuel variant entre 15 et 30 $, en plus d’une somme liée à chaque utilisation.

« Ça revient beaucoup moins cher que d’avoir sa propre voiture », assure Christian Assouad, le fondateur de LibrOTO, qui précise que les coûts d’entretien du véhicule et les assurances sont ainsi partagés par les multiples usagers. Par l’entremise d’un site Internet ou par téléphone, les résidents de l’immeuble peuvent ainsi réserver la voiture, et s’en servir tant pour aller au travail que pour faire des courses.

« Lorsque nous avons installé la première voiture, plusieurs résidents ne comprenaient pas comment s’en servir, raconte M. Assouad. Il suffit de bien leur expliquer, puis de leur laisser un peu de temps pour s’acclimater à cette nouvelle façon de concevoir la possession d’une voiture. » Ce dernier estime qu’une personne utilisant régulièrement l’autopartage dépensera en moyenne 125 $ par mois. Ceci est près de quatre fois moins cher que le coût moyen mensuel d’une voiture individuelle, soit 400 $, analyse-t-il.

Dans les emplacements centraux, où les services de transport en commun permettent de faire les déplacements quotidiens, LibrOTO peut devenir une sérieuse solution de remplacement à la voiture, croit M. Assouad. « La majorité des gens à Montréal n’utilisent pas la voiture tous les jours, s’ils n’en ont besoin qu’occasionnellement, pourquoi payer pour un véhicule et son entretien ? » Selon lui, plusieurs ont intérêt à se tourner vers l’autopartage, dans une optique tant économique qu’écologique.