La moitié des espèces d’oiseaux sont menacées

Un pygargue à tête blanche vivant en capitivé. Le grand rapace, emblème des États-Unis et observé au Québec, est particulièrement menacé.
Photo: Kirsty Wigglesworth Associated Press Un pygargue à tête blanche vivant en capitivé. Le grand rapace, emblème des États-Unis et observé au Québec, est particulièrement menacé.

Les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine représentent une sérieuse menace pour plus de la moitié des espèces d’oiseaux vivant en Amérique du Nord, révèle une étude menée sur plusieurs années par une organisation environnementale américaine.

 

« Le changement climatique est la plus grande menace à laquelle font face nos oiseaux. Si rien n’est fait pour réduire cette menace, plusieurs des espèces que nous aimons pourraient disparaître à tout jamais », prévient Gary Langham, responsable scientifique de la National Audubon Society, dans une vidéo diffusée mardi en guise de présentation de cette recherche.

 

Les travaux réalisés sur une période de sept ans ont en effet permis de dénombrer pas moins de 314 espèces directement mises en danger en raison de la hausse du climat planétaire et des multiples impacts de ce phénomène. De ce nombre, 50 sont présentes au Québec. Ces représentants de la faune ailée n’étaient pas, jusqu’à présent, considérés comme en danger.

 

Le rapport répertorie pas moins de 126 espèces qui risquent de perdre plus de 50 % — voire jusqu’à 100 % dans certains cas — de leur habitat d’ici 2050, sans possibilité d’émigrer ailleurs en raison de la rapidité avec laquelle se produisent les bouleversements climatiques. C’est le cas du canard colvert, actuellement très fréquent au Québec, y compris dans les zones fortement urbanisées comme Montréal. Même chose pour le huard à collier, une espèce observée sur plusieurs lacs de la province et surtout reconnue pour la beauté de son chant. Cet oiseau, emblème de l’État du Minnesota, pourrait même disparaître complètement des États-Unis avant la fin du siècle.

 

Symbole omniprésent dans l’iconographie américaine, le pygargue à tête blanche est lui aussi particulièrement menacé. Selon les projections établies par la National Audubon Society, ce rapace risque de subir un recul de plus de 75 % de son habitat d’ici 2080. L’espèce — observée au Québec sur l’île d’Anticosti et dans l’archipel de Mingan — pourrait toutefois se déplacer vers de nouvelles régions jusqu’ici inoccupées.

 

Mais le succès de ces déplacements est loin d’être assuré, puisque l’oiseau devra trouver de nouvelles ressources alimentaires et de nouvelles zones de nidification. Rien n’indique pour le moment que ces éléments essentiels pour toute espèce animale seront au rendez-vous.

 

Espèces déplacées ?

 

Après avoir analysé 30 ans de statistiques sur le climat, mais aussi des dizaines de milliers d’observations d’oiseaux et plusieurs études sur les lieux de reproduction, les scientifiques concluent d’ailleurs que plusieurs espèces seront forcées de tenter de coloniser de nouvelles zones, à défaut de quoi elles périront. Ils en ont recensé un total 188.

 

C’est le cas du harfang des neiges. Dans ce cas, ce n’est pas tant le fait de voir ces oiseaux voler plus au nord qui inquiète les chercheurs, mais plutôt la présence, ou non, des proies dont ils se nourrissent. Même chose pour la gélinotte huppée, volatile prisé des chasseurs au Québec. Dans son cas, il reste à voir si le couvert forestier dont dépend l’espèce suivra lui aussi le même chemin vers le nord.

 

Même si les conclusions du rapport laissent présager le pire, l’analyse ne tient pas compte de certains facteurs qui pourraient aggraver encore davantage la situation. La hausse du niveau des océans risque par exemple de détruire certains habitats, dont des sites de nidification. Sans compter l’augmentation de la température des eaux, qui chassent les proies de certaines espèces, dont le fou de Bassan et le macareux moine. Les épisodes de sécheresses et autres événements climatiques extrêmes pourraient en outre anéantir certaines ressources alimentaires, comme des insectes.

 

L’organisme estime donc que les constats de l’étude sont, dans une certaine mesure, prudents. La situation exige donc « d’agir sans attendre et de façon décisive pour éviter une catastrophe », selon Gary Langham.

 

La National Audubon Society appelle à une réduction des émissions de CO2 issues de la combustion d’énergies fossiles. La courbe actuelle pointe plutôt vers une hausse continue de ces émissions au cours des prochaines années. Et dans une optique de principe de précaution, il serait impératif de protéger davantage de territoires en prévision des adaptations à prévoir pour plusieurs espèces d’oiseaux.

 

Les conclusions de ce rapport rejoignent par ailleurs les constats de l’organisme britannique BirdLife International, qui estime à 1313 le nombre d’espèces d’oiseaux dans le monde qui sont menacées de disparition. Concrètement, on parle donc d’une espèce sur huit. Et le nombre a crû au cours des dernières années. Depuis 1970, la population d’oiseaux au Canada a reculé de 12 %.

9 commentaires
  • Claude Perron - Abonné 10 septembre 2014 07 h 04

    les oiseaux sont menacés par l'activité humaine

    Les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine représentent une sérieuse menace pour plus de la moitié des espèces d’oiseaux vivant en Amérique du Nord, révèle une étude menée sur plusieurs années par une organisation environnementale américaine.


    « Le changement climatique est la plus grande menace à laquelle font face nos oiseaux. Si rien n’est fait pour réduire cette menace, plusieurs des espèces que nous aimons pourraient disparaître à tout jamais », prévient Gary Langham, responsable scientifique de la National Audubon Society, dans une vidéo diffusée mardi en guise de présentation de cette recherche.


    Les travaux réalisés sur une période de sept ans ont en effet permis de dénombrer pas moins de 314 espèces directement mises en danger en raison de la hausse du climat planétaire et des multiples impacts de ce phénomène. De ce nombre, 50 sont présentes au Québec. Ces représentants de la faune ailée n’étaient pas, jusqu’à présent, considérés comme en danger.....«Après avoir analysé 30 ans de statistiques sur le climat, mais aussi des dizaines de milliers d’observations d’oiseaux et plusieurs études sur les lieux de reproduction, les scientifiques concluent d’ailleurs que plusieurs espèces seront forcées de tenter de coloniser de nouvelles zones, à défaut de quoi elles périront. Ils en ont recensé un total 188.


    C’est le cas du harfang des neiges. Dans ce cas, ce n’est pas tant le fait de voir ces oiseaux voler plus au nord qui inquiète les chercheurs, mais plutôt la présence, ou non, des proies dont ils se nourrissent. Même chose pour la gélinotte huppée, volatile prisé des chasseurs au Québec. Dans son cas, il reste à voir si le couvert forestier dont dépend l’espèce suivra lui aussi le même chemin vers le nord.»...Les conclusions de ce rapport rejoignent par ailleurs les constats de l’organisme britannique BirdLife International, qui estime à 1313 le nombre d’espèces d’oiseaux dans le monde qui sont menacées de disparition. Concr

  • Johanne Dion - Inscrit 10 septembre 2014 07 h 44

    Refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin

    Le Refuge faunique Pierre-Étienne Fortin se trouve en face de chez moi: cet été, j'ai vu (souvent!) un pygargue à tête blanche pêcher dans les Rapides de Chambly. Aussi, un couple de balbuzards pêcheurs y ont élevé une nichée. Si tous mes voisins et ma municipalité en comprenait l'importance, nous pourrions tous travailler à élargir la portée du Refuge en transformant nos propriétés attenantes en aires naturelles le plus que possible et ainsi acceuillir plus d'oiseaux.

  • André Desrochers - Inscrit 10 septembre 2014 08 h 11

    Pas si vite

    Vous dites: "l’analyse ne tient pas compte de certains facteurs qui pourraient agraver encore davantage la situation". J'irais plus loin en soulignant que l'analyse, basée sur des modèles d'enveloppe climatique, ne tient pas compte de manière réaliste d'une pléthore de facteurs régissant la répartition des espèces. J'en nomme quelques uns: densité-dépendance, compétition interspécifique, plasticité phénotypique et évolution darwinienne à court terme. Le rôle de chacun de ces éléments a été démontré dans plusieurs articles scientifiques. Par conséquent, je considère l'alarmisme de ce rapport (du moins tel qu'il est présenté dans le communiqué de presse et le site d'Audubon) non fondé scientifiquement. Encore une fois, on crie au loup et on s'expose à une érosion supplémentaire de la crédibilité de la science de la conservation, si la catastrophe annoncée ne se produit pas.

    • Jean Richard - Abonné 10 septembre 2014 10 h 00

      Je partage vos doutes et surtout vos craintes. On met à l'avant-plan les changements climatiques, cachant en arrière-plan des causes ou des facteurs probablement plus importants. Ça manque de rigueur scientifique.

      Et surtout, il n'y aura pas que les climatosceptiques qui viendront contester une telle approche. Les scientifiques eux-mêmes le feront, et s'ils ne bénificient pas d'une couverture médiatique adéquate, c'est la crédibilité de la science qui encore une fois en souffrira.

      Plus on brandit les changements climatiques comme un épouvantail, moins on comprend le phénomène. La population navigue dans le brouillard et devient trop vulnérable à la manipulation.

  • Jean Richard - Abonné 10 septembre 2014 09 h 40

    L'arbre qui cache la forêt

    « Le changement climatique est la plus grande menace à laquelle font face nos oiseaux. »

    Affirmer une telle chose avec autant d'assurance comporte un danger : celui de voir les changements climatiques s'ériger en paravent et cacher d'autres causes peut-être plus importantes.

    Il est fort probable que les changements climatiques entraînent des mutations d'espèces vivantes. Mutations ne signifie pas extinction. S'il y a extinction, il faudrait peut-être en chercher les causes ailleurs.

    Pour survivre, les espèces vivantes ont besoin de nourriture et d'un territoire partageable. L'espèce humaine ne fait pas exception et comme elle est particulièrement abondante et vorace, elle s'accapare plus que sa part de territoire en même temps qu'elle prive d'autres espèces de leur nourriture.

    Peut-on ignorer que l'étalement urbain tel qu'il se pratique surtout en Amérique du Nord est un empiètement excessif d'une espèce au détriment des autres ? L'asphalte et la pelouse à perte de vue (avec quelques ilôts de végétation importée et inadaptée – les annuelles par exemple) est une forme de désertification du territoire non négligeable. L'étalement urbain empiète sur le territoire agricole qui à son tour, par ses cultures intensives et industrielles peu respectueuses de l'environnement, contribue à détruire la biodiversité. Soit, l'agriculture est nécessaire pour nourrir les humains, mais à quoi servent la pelouse uniforme et les grandes étendues asphaltées ?

    Autre facteur : les moustiques. Jadis, un Montréalais qui allait passer la fin de semaine dans les Laurentides ne partait pas sans un attirail chasse-moustique. On se faissait dévorer tout rond. Fini ce temps : il n'y a plus de moustiques dans les Laurentides et l'industrie du tourisme y est pour quelque chose. Or les insectes servent de bouffe à des dizaines d'espèces d'oiseaux, qui devront chercher ailleurs puisqu'on a aspergé leur territoire d'insecticide, c'est connu...

  • Daniel Bérubé - Abonné 10 septembre 2014 09 h 45

    Je n'aurais jamais osé penser...

    Si nous nous basons sur les dires de notre P.M kanadien, le réchauffement climatique n'existant pas; donc, nous avons affaire ici à des terroristes environnementaux américains ! Sera-t-il nécessaire que le Kanada envisage des pénalités économiques, ou autres afin de faire comprendre aux américains qu'ils sont sur la mauvaise route, soit celle de l'intelligence, de la connaissance et de la vie, ce que le kanada se doit d'abolire... la connaissance et l'intelligence sont les deux premières choses a éliminer chez un peuple, si nous voulons le manipuler avec aisance et... noblesse ?