L’oléoduc Énergie Est menace une réserve naturelle

La réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures compte des marais et des herbiers s’étendant sur plusieurs kilomètres en bordure du fleuve, de Cap-Rouge à Neuville.
Photo: FQPPN La réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures compte des marais et des herbiers s’étendant sur plusieurs kilomètres en bordure du fleuve, de Cap-Rouge à Neuville.

Le pipeline que veut construire TransCanada au Québec afin de transporter du pétrole des sables bitumineux devrait traverser une réserve naturelle abritant une biodiversité unique au monde. Et selon des informations obtenues par Le Devoir, le ministère de l’Environnement du Québec a autorisé la pétrolière à effectuer des forages près de celle-ci. Les travaux ont d’ailleurs déjà débuté.

Dans le cadre de la réalisation du projet Énergie Est, la multinationale albertaine entend construire plusieurs centaines de kilomètres de pipeline en sol québécois. Ce tuyau d’un mètre de diamètre permettra de faire couler chaque jour 1,1 million de barils de brut vers Cacouna, mais aussi le Nouveau-Brunswick.

Le tracé présenté par TransCanada à l’Office national de l’énergie (ONÉ) indique que ce pipeline longera la rive nord du Saint-Laurent jusqu’à Saint-Augustin-de-Desmaures, une municipalité située à 20 kilomètres à l’ouest de la ville de Québec. De là, il doit traverser le fleuve, et donc passer dans le sous-sol marin.

Le lieu de passage choisi se situe cependant en plein coeur de la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures. Ces battures, qui comptent des marais et des herbiers bénéficiant d’une protection reconnue par le gouvernement, s’étendent sur plusieurs kilomètres en bordure du fleuve, de Cap-Rouge à Neuville.

 

Biodiversité unique

En raison du mélange des eaux douces et légèrement saumâtres, ce milieu abrite plusieurs espèces de plantes « peu fréquentes » au Québec. D’autres sont désignées comme menacées en vertu des lois provinciales et fédérales. « Il existe même trois espèces endémiques, donc qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde », précise Jacques Anctil, président de la Fondation québécoise pour la protection du patrimoine naturel (FQPPN). C’est cet organisme qui gère ces battures et encadre les mesures de protection.

En plus des espèces floristiques, le secteur compte une faune diversifiée. Selon les données compilées par les ornithologues de la région de Québec, « environ 200 espèces d’oiseaux fréquentent les battures de Saint-Augustin à un moment ou l’autre de l’année. Une quarantaine y nicheraient, indiquent les documents de la FQPPN. […] Elles constituent également une aire de concentration d’oiseaux aquatiques. Des rassemblements de 20 000 à 30 000 bernaches du Canada et oies des neiges et plus de 2000 canards barboteurs ne sont pas rares au printemps. »

On y retrouve plus d’une vingtaine d’espèces de poissons, dont trois menacées, cinq espèces d’amphibiens et de reptiles, dont au moins une désignée comme menacée, différents mammifères et sept des huit espèces de chauve-souris du Québec.

Pour Jacques Anctil, l’idée de faire couler du pétrole dans un pipeline traversant cette réserve naturelle est donc « inquiétante ». En fait, la FQPPN a déjà fait savoir qu’elle n’appuyait pas le projet de pipeline de TransCanada. « D’un point de vue environnemental, le projet est inacceptable, soutient M. Anctil. Il présente beaucoup de risques durant les travaux et pendant la période d’exploitation. Il n’y a qu’une seule garantie, c’est que le pipeline va fuir. Il s’agit seulement de se demander quand, où et quelle sera la quantité. »

Pour les battures de Saint-Augustin-de-Desmaures, une fuite aurait selon lui des conséquences environnementales importantes. Des échanges ont d’ailleurs eu lieu avec la pétrolière, qui n’a pas jusqu’ici présenté de tracé qui éviterait le secteur. Il reste aussi à préciser comment sera construit le tuyau et quels seront les impacts pour la réserve naturelle.

« Nous sommes aussi sensibles à la question de l’eau potable, ajoute Jacques Anctil. S’il y avait un incident malheureux, les prises d’eau de Québec et de Lévis, situées en aval, seraient directement menacées. Quand on pense à ce qui s’est passé après les événements de Lac-Mégantic, c’est inquiétant. »

Travaux en cours

La municipalité de Saint-Augustin-de-Desmaures a voté en juin une résolution d’opposition au passage du pipeline sur son territoire, tant que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) n’aura pas étudié le projet. Qui plus est, les conclusions devront être « rassurantes » et un « plan d’urgence » devra être élaboré. TransCanada a accepté que son projet soit soumis au BAPE, selon Québec. Mais l’entreprise albertaine a indiqué, dès le dépôt des documents à l’ONÉ en mars dernier, que la décision finale sur la construction appartient uniquement au gouvernement fédéral.

Même si aucune évaluation environnementale n’a encore été lancée au Québec, le gouvernement de Philippe Couillard a déjà autorisé TransCanada à mener des forages en plein coeur du fleuve Saint-Laurent, et ce juste en face des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures. Le Devoir a d’ailleurs obtenu copie du certificat d’autorisation émis par le ministère de l’Environnement. Celui-ci, transmis le 25 juillet dernier, permet à l’entreprise de réaliser quatre forages sous-marins.

Le document ne précise aucune date butoir pour la réalisation des travaux. Il fait toutefois référence à des échanges de formulaires et de courriels entre TransCanada et le gouvernement. Il n’a pas été possible d’obtenir copie de ces documents. Avant de transmettre ces informations, le ministère doit d’abord obligatoirement obtenir l’autorisation de TransCanada, a-t-on précisé au Devoir.

Une barge était visible sur les lieux prévus pour les forages, au cours des derniers jours. Les forages auraient d’ailleurs déjà débuté. La pétrolière n’a pas précisé combien de temps doivent durer ceux-ci. « Pour que TransCanada soit en mesure d’effectuer ces sondages [géotechniques], plusieurs conditions favorables doivent être réunies tels que la visibilité, les vents, les conditions nautiques et d’autres éléments hors de notre contrôle, donc il nous ait difficile de mettre une date précise à la fin des sondages », a-t-on répondu par courriel.

35 commentaires
  • Jean Jacques Roy - Abonné 8 septembre 2014 00 h 52

    Tout simplement révoltant!

    Révoltant en raison des risques et des conséquences sur l'environnement.
    Révoltant parce que Harper donne son accord inconditionnel à TransCanada
    Révoltant parce que les droits démocratique des communautés concernés sont totalment bafoués par Ottawa et Québec

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 septembre 2014 11 h 49

      De plus, voir comment c'est la pétrolière qui semble détenir quantité de pouvoirs décisionnels, tel celui de donner les informations permettant de connaître la crédibilité des fondements de telles prises de décisions.

      Les populations de quantité de pays dit civilisés voient le Mal monter la plate forme de pendaison de l'humanité, lentement mais sûrement. Certains se demandent: es-ce un rêve ou la réalité, une histoire ou... une finalité ?

      Ce n'est qu'un grand cris du coeur qui pourra éveiller quantité de gens, mais qui ne s'entendra qu'avec les oreilles... du coeur.

  • Marcel Bernier - Inscrit 8 septembre 2014 04 h 07

    S’affirmer en toute légitimité…

    Et si on disait non à cet empiètement de notre souveraineté nationale. Les Américains et les habitants de la Colombie-Britannique (surtout les Autochtones) en connaissent un rayon dans ce domaine et ne se laissent pas facilement marcher sur les pieds.
    Nous avons, réunis, une compagnie albertaine, du pétrole des sables bitumineux, du nation building à la Harper par les pipelines, une extinction ou une menace d’extinction d’une partie de la flore et de la faune québécoise, et zéro bénéfices question retombées positives quant à une meilleure qualité de vie : un joli florilège!
    Le sang indien qui coule dans nos veines (tout autant que celui de nos illustres ascendants de la noblesse française) ne fait qu’un tour et nous pousse à réitérer notre invitation à déterrer la hache de guerre pour exprimer notre défiance face à ce gouvernement de laquais et de manants qui nous servent de mandataires à l’Assemblée nationale.

    • Danielle Caron - Inscrite 8 septembre 2014 13 h 39

      C'est là, le problème.
      Il y a deux mois de cela, à la réunion des élus municipaux de mon village (dans une MRC qui a dit "oui" au pipeline sans la moindre hésitation), la voix de la majorité des conseillers municipaux : "Moi, j'aime mieux que le pétrole passe dans un pipeline que de le voir passer sur "mon" fleuve dans des bateaux".
      Alors bien évidemment que Trans Canada jubile devant cette ignorance qui fait pencher la balance en sa faveur.
      Il faut se rendre à l'évidence, la majorité des Québécois ne saisit pas l'importance de ces enjeux et les sociétés pétrolières et autres en profitent autant qu'elles peuvent.

    • Serge Lemay - Inscrit 9 septembre 2014 16 h 47

      Effectivement, le pétrole passera sur le fleuve encore plus puisque le pétrole que ce pipeline transporte partira par bateau du port de Cacouna, par des Suez Max. Les suezmax sont d'énormes cargos les plus gros qui puissent passer à travers le canal de Suez. Puisque l'ouest ne veut pas du pipeline pour l'expédier en Inde par le Pacifique, on le fera passer par Cacouna pour traverser l'Atlantique et le Pacifique. En ce qui concerne la consommation Québécoise, elle continuera de venir par des pétroliers d'Algérie et d'ailleurs. Très peu de pétrole Albertain sera rafiné au Québec pour consommation locale, l'essentiel va se faire rafiner en Inde là où les emplois les plus payants iront.

  • Benoît Landry - Abonné 8 septembre 2014 05 h 54

    Être alarmiste ou non ?

    Les économistes se plaignent que les écologistes sont alarmistes envers les conséquences potentielles du transport du pétrole. Avec cette situation, serons en trains de voir que nous n'aurons même pas besoin d'avoir un accident pour «profiter» de ce type de conséquences pour scrapper des zones écologiques sensibles.


    Mais avec les gouvernements Harper et Couillard, il est de bon ton de s'alarmer pour l'économie, mais hérétique de s'alarmer pour l'écologie. Pourtant en économie il est théoriquement possible de tout effacer les livres comptables et recommencer contrairement à l'écologie

    • Guy Vanier - Inscrit 8 septembre 2014 07 h 07

      Avec harper et les 3 docteurs vous pouvez oublier l'écologie.les compagnies ont les sous et le pouvoir de faire n'importe quoi.
      Mais pour les citoyens du Québec et du Canada vous devez séparer vos ordures ménagères tout les jours pour sauvez notre planète.....
      Chercher l'erreur!

  • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 8 septembre 2014 06 h 06

    Ça fait peur

    Ils sont fous, ou quoi ? Le Devoir de ce matin est porteur d'une autre mauvaise nouvelle pour la protecion de notre habitat. On y apprend qu'un pas de plus a été franchi vers la destruction de nos richesses naturelles. La compagnie Énergie Est a reçu l'autorisation du gouvernement Couillard d'effectuer des forages en vue de la construction d'un oléoduc qui lui permettra d'acheminer des millions de litre de pétrole le long de la rive nord du Saint-Laurent, puis de traverser le fleuve en sous-sol marin.
    Mais sur quelle planète vivent-ils, tous ces décideurs, ces bailleurs de fonds, ces chefs d'entreprise, ces politiques, pour ne pas voir ni savoir que l'exploitation des énergies fossiles constituent une menace de plus en plus grave pour notre environnement ? Pour la flore ? Pour la Faune ? Pour l'air que nous respirons ?
    Ils sont fous, quoi !
    Richard Chevalier Weilbrenner
    Sutton

    • Guy Vanier - Inscrit 8 septembre 2014 08 h 40

      La nouvelle marotte de ces décideurs et profiteurs est:

      Nous ne seront plus là et vous non plus....

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 septembre 2014 11 h 55

      @ Guy Vanier

      Et pour finir:

      Et les générations à venir ? ...
      Bof ! Y trouverons bien une solution...

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 septembre 2014 11 h 55

      @ Guy Vanier

      Et pour finir:

      Et les générations à venir ? ...
      Bof ! Y trouverons bien une solution...

  • Guy Lafond - Inscrit 8 septembre 2014 06 h 39

    Manifester votre désaccord à Ottawa même


    Que ceux qui comprennent parfaitement les enjeux des changements climatiques viennent rappeler aux députés fédéraux sur la Colline à Ottawa que le développement des énérgies sales menace aussi notre climat.

    Quand? le jeudi 18 septembre à 11h30.

    Toute notre énergie pour nos hivers blancs, pour nos patinoires, et pour notre climat!

    Toute notre énergie en vélo, à pied, ou bien de plus en plus dans des véhicules électriques! :-)