Cacouna: le PQ accuse Couillard de manquer à ses devoirs

C’est dans le secteur de Cacouna que TransCanada entend mener des forages en prévision de la construction de son port pétrolier d’exportation.
Photo: Lawrence Côté-Collins C’est dans le secteur de Cacouna que TransCanada entend mener des forages en prévision de la construction de son port pétrolier d’exportation.

Le Parti québécois accuse le gouvernement Couillard de ne pas prendre ses «responsabilités» en matière de protection de l’environnement en autorisant TransCanada à mener des forages sous-marins en plein milieu de l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

« Y a-t-il un ministre de l’Environnement au sein du gouvernement libéral, a laissé tomber mardi après-midi le porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement durable et d’environnement, Sylvain Gaudreault. Le rôle du ministre [David] Heurtel est de prendre une décision en fonction de la meilleure information scientifique disponible. Il ne le fait pas. Or, le principe de précaution élémentaire exige de protéger avant tout la faune et son habitat essentiel, compte tenu de la menace qui pèse sur le rétablissement de la population de bélugas. »

M. Gaudreault presse donc Québec de revenir sur sa décision, alors que la pétrolière albertaine a toutes les autorisations en main pour commencer ses travaux au cours des prochains jours dans le secteur du port de Cacouna.

Selon l’opposition, le ministre de l’Environnement David Heurtel devrait aussi « publier immédiatement tous les avis scientifiques » dont il dispose, exiger de TransCanada les études d’impact sur l’environnement et mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour qu’il étudie le projet d’oléoduc Énergie Est.

Aucun «avis scientifique»

Comme le révélait samedi Le Devoir, le ministre David Heurtel a accordé un certificat d’autorisation pour les travaux de forages en milieu marin sans avoir obtenu un « avis scientifique » émanant de la Direction des sciences de Pêches et Océans Canada. Une telle pratique constitue la norme pour ce genre de projet.

Les experts du ministère de l’Environnement ont pourtant demandé cet avis à plusieurs reprises, après avoir identifié plusieurs «inquiétudes» concernant les impacts du bruit intense généré par la campagne de forages sur les bélugas.

Selon une analyse produite par le chercheur Robert Michaud, un expert de l’espèce, les travaux prévus à Cacouna menacent directement «le rétablissement de la population de bélugas» et pourraient même « accélérer son déclin et réduire les chances de survie de la population».

Des groupes environnementaux ont d’ailleurs tenté, en vain, de stopper le début des travaux. La Cour a rejeté lundi leur requête, présentée vendredi. Réagissant mardi à l’échec de la démarche judiciaire, Christian Simard, directeur de Nature Québec, a fait valoir que « cette décision démontre toute la difficulté de contester devant les tribunaux une décision gouvernementale, même en s’appuyant sur des arguments scientifiques valides ».

Selon lui, la démarche des groupes a cependant « permis de faire la lumière sur la complaisance des deux paliers de gouvernements qui n’ont pas exigé l’avis des meilleurs experts pour la protection des bélugas avant d’autoriser ces travaux, et qui soutiennent ainsi la position de l’entreprise TransCanada ».

Port sans précédent

La population de bélugas ne montre aucun signe de rétablissement depuis sa protection totale instaurée au début des années 80. Le nombre de bélugas a même reculé au cours des dernières années, passant de quelque 1000 individus à environ 880.

Dans ce contexte, la zone maritime de Cacouna est tout simplement cruciale pour l’espèce. C’est dans ce secteur de l’estuaire du Saint-Laurent que se concentrent, de mai à octobre, les femelles gestantes. Elles y mettent bas et y demeurent avec leurs veaux. Elles y trouvent également une source d’alimentation essentielle pour assurer leur survie hivernale.

C’est précisément à cet endroit que TransCanada entend mener des forages en prévision de la construction de son port pétrolier d’exportation. Ceux-ci doivent s’échelonner sur une période continue de 95 jours, à raison de cinq heures par jour. Selon les illustrations préliminaires transmises au gouvernement par TransCanada, le quai où viendront s’amarrer les pétroliers s’avancera de plus de 700 mètres dans les eaux du Saint-Laurent. Celui-ci sera situé exactement où se trouve l’habitat des baleines.

Les navires chargeront du pétrole des sables bitumineux qui sera acheminé au Québec par le futur oléoduc Énergie Est. Celui-ci doit transporter chaque jour 1,1 million de barils dès 2018. Il s’agit du plus important projet du genre actuellement en développement en Amérique du Nord. La décision sur la construction appartient uniquement à Ottawa.

14 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 septembre 2014 17 h 40

    Inacceptable

    On peut dire que la juge qui a entendu les environnementalistes dans cette cause en fin de semaine a manqué de jugement. À sa réponse "Il n'y a pas de preuves que les bélugas soient en danger", on peut répondre "Y'a-t-il une preuve qu'ils ne le soient pas"?

    Il ne s'agit pas seulement des bélugas. C'est tout le Saint-Laurent qui est en jeu. Tout le Québec est concerné puisqu'il s'agit du "Boulevard de l'Amérique du Nord" comme disait Charlevoix. Il est absolument inadmissible que ce projet voit le jour. En plus de ne rien rapporter au Québec, il engendrera une décadence irréversible de toute vie marine. Sans parler des innombrables problèmes que causera le pipe-line partout où il passera. Les Québécois sont les dindons de la farce dans cette histoire. Il est plus que temps qu'une opposition forte se manifeste. Le PQ devrait prendre en main ce champs de bataille, puisqu'il n'y a rien à espérer des autres partis.

    • Patrick González - Inscrit 2 septembre 2014 21 h 14

      Voilà un propos bien alarmiste. La raffinerie Jean-Gaulin existe depuis 1971 et on n’a pas observé de décadence de toute vie marine que je sache. Les pétroliers passent jour après jour devant le Cap Diamant depuis plus de 40 ans sans que personne ne s’en émeuve. Cela ne justifie pas une augmentation de l’activité maritime sur le fleuve mais cela invalide l’argument que le transport de pétrole sur le fleuve doit nécessairement conduire à une catastrophe.
      Cf. http://www.energievalero.ca/fr/notre-entreprise/ra

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 3 septembre 2014 21 h 57

      Monsieur Gaulin,
      On ne tombera pas ici dans le piège des défendeurs des intérêts de la paroisse. Le projet de Trans-Canada n'a rien de comparable à votre installation. Le débit sera de plus de un million de barils par jour, des milliers de fois supérieur à Jean-Gaulin. De plus, ce pétrole nous parviendra par pipeline, une entorse irréversible à notre environnement. Et le pire, que vous omettez de dire, le Québec ne tire aucun profit de ce saccage.

      Au vu et au su de ce que cette industrie laisse dans son sillage, le pire est à envisager. Les jovialistes pétroliers n'ont pas leur place sur les rives du Saint-Laurent.

    • Patrick González - Inscrit 4 septembre 2014 12 h 12

      La capacité d’accueil de la raffinerie Jean-Gaulin est d’un million de barils. Le gazoduc de TQM longe et traverse déjà le fleuve (cf. http://www.gazoductqm.com/fr/pdf/22_TQM_System_Map et, encore une fois, cela n’empêche personne de dormir depuis trente ans. Malgré ce que vous suggérez, je n’ai pas exprimé d’opinion sur ce dossier. Je trouve toutefois important de ne pas encourager l’hystérie en négligeant les faits.

  • Julie Carrier - Inscrite 2 septembre 2014 19 h 32

    Incroyable folie.

  • Lise St-Laurent - Inscrite 2 septembre 2014 19 h 44

    Le PQ?

    Qu'est-ce que le PQ aurait fait dans de telles circonstances? La même chose bien évidemment. Parfois les groupes environnementaux vont trop loin dans leurs revendications.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 septembre 2014 20 h 38

      Le PQ n'auraît jamais entériné la politique nationale sur l'énergie d'Ottawa, comme Couillard vient de faire en catimini. De plus, personne au PQ n'a été membre du SCRS, en compagnie de Porter qui est dans les limbes juridiques depuis. Ce qui doît faire l'affaire de plusieurs faut croire...

    • Louka Paradis - Inscrit 3 septembre 2014 07 h 57

      Bien facile, Mme Moga, de faire des procès d'intention au PQ. Le conditionnel exprime l'hypothèse et non les faits.

  • Patrice Giroux - Inscrit 2 septembre 2014 19 h 47

    Trans-Canada, Québec-transit, béluga exit

    J'ai parfois l'impression qu'en politique, nous sommes revenus au XIXe siècle, au temps allègre du parti libéral-conservateur, qui montrait l'extrême centre duquel on ne peut dévier. Que ce soit la tradition tory du Canada anglais et celle du PLQ au visage francophone, mais aux corridors anglophones, affairiste et pratiquant le favoritisme, il n'y a plus de politique, il n'y a que de l'économique. Et une économie salle, attardée, qui fait fit du travail, de l'environnement, de la culture, des sociétés, du droit qui devrait être. Radical ? Je suis un modéré face à ces tenants de la business as usual. Et que dire des relations Québec-Canada dans ce scénario... De vraies mauvaises affaires.

  • Benoît Landry - Inscrit 2 septembre 2014 20 h 46

    Les vierges offensées du PQ

    Je trouve odieux ce comportement des libéraux mais on ne doit pas oublier que le PQ a calqué cette manière de faire durant ses quelques mois de pouvoir. Le PQ a refusé de soumettre au BAPE le projet d'inversement de l'oléoduc et ne s'est fié qu'à des documents fournis l'entreprise sans de réelles contrexpertises. Et finalement ce port pétrolier va servir à quoi ? À mettre sur des navires le pétrole que le PQ a accepté qu'il provienne jusqu'ici dans des oléoducs