Quand le climat devient une urgence de santé publique

Parmi les impacts des changements climatiques, la pollution de l’air occasionne d’importants problèmes de santé.
Photo: Agence France-Presse Parmi les impacts des changements climatiques, la pollution de l’air occasionne d’importants problèmes de santé.

« Les changements climatiques sont la plus grande menace à la santé du XXIe siècle,lance Claudel Pétrin-Desrosiers, étudiante en médecine à l’Université de Montréal. Mais ils sont aussi une occasion d’améliorer la santé mondiale, en cessant d’investir dans le carbone et en choisissant des énergies vertes et renouvelables. »

 

La présidente du chapitre québécois de la Fédération internationale des associations d’étudiants en médecine (IFMSA) était à Genève cette semaine pour la première conférence mondiale sur le climat, où la communauté médicale a fait un constat impitoyable: les changements climatiques sont une urgence de santé publique.

 

C’est ce que devrait plaider l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui travaillait vendredi à fignoler le message qui sera livré en ce sens au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. La communauté médicale souhaite ainsi joindre sa voix aux revendications mondiales à quelques semaines du Sommet 2014 sur le climat, qui s’ouvre à New York le 23 septembre prochain.

 

Vendredi, alors que se terminait la conférence, l’OMS n’avait pas encore rendu publiques les recommandations finales qui ont été adoptées. Le cardiologue au CHUM François Reeves et l’étudiant en médecine à l’Université de Montréal Yassen Tcholakov ont aussi assisté aux débats. En direct de Genève, ils expliquent au Devoir que les professionnels de la santé veulent insister sur l’importance de passer à l’action dès maintenant. « Quand les médecins, l’OMS, prennent la parole, on espère que ça puisse avoir un impact significatif », dit le Dr Reeves en parlant de la négociation du prochain accord sur le climat pour 2015.

 

L’impact de la pollution sur la santé

 

Le pire n’est pas qu’à venir, nous sommes déjà en plein dedans, selon le Dr Reeves. « L’usage de combustibles fossiles tue déjà l’humain. La pollution serait responsable de 7 millions de morts prématurées par an. Avant même que les changements climatiques ne bouleversent notre santé, il y a des effets ! » L’auteur du livre Planète coeur. Santé cardiaque et environnement avait été invité par l’OMS.

 

C’est par hasard que le cardiologue et les deux étudiants en médecine se sont croisés à Genève, seuls Canadiens, à leur connaissance, présents pour cette première conférence sur la santé et le climat.

 

Pourquoi les médecins se mêlent-ils de la question climatique ? « Ce n’est pas vrai que le diabète et les changements climatiques, ce sont deux débats différents, dit le Dr Reeves. La pollution peut être à l’origine d’une résistance à l’insuline. Oui, il y a une composante alimentaire, bien sûr. Quand on regarde les paniers d’épicerie, on a de quoi remplir les cliniques de cardiologie. Mais la pollution bouleverse aussi le métabolisme. C’est pour ça que les médecins doivent s’intéresser à l’environnement. »

 

Pour lui, les médecins devraient être à l’avant-plan de la lutte. « Il faut réaliser que les combustibles fossiles ont été parfaits pour les débuts de l’humanité, mais qu’à 7 milliards d’humains, on ne peut pas brûler tout le monde ensemble, ça ne sera pas possible. »

 

Selon lui, un moyen de convaincre tant les décideurs que les individus, c’est de leur parler de santé. « On peut dire que la concentration de CO2 est à 400 ppm dans l’atmosphère. On peut aussi dire que le smog risque de vous faire faire un AVC ou un infarctus. Là, les gens comprennent. »

 

Le climat et l’environnement sont très peu abordés au cours du cursus médical. « Ça n’est pas enseigné, même si le climat a une implication massive pour la santé. Il faut montrer la science, les chiffres, dit Claudel Pétrin-Desrosiers. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour que les nouveaux médecins soient conscients de cet enjeu. » Selon Yassen Tcholakov, les facultés de médecine sont conscientes que les activités de sensibilisation menées par les associations médicales étudiantes viennent combler un vide. « Pourtant, ça devrait faire partie de la formation de base du médecin généraliste », croit le Dr Reeves.

 

« On blâme beaucoup les individus pour l’état de leur santé, qu’on attribue à leurs décisions individuelles en matière d’alimentation ou de sport. Alors que l’environnement, qu’ils subissent, joue un grand rôle », renchérit M. Tcholakov.

 

Claudel Pétrin-Desrosiers, pour sa part, espère que l’appel des professionnels de la santé sera entendu par les villes. « À Bogotá, par exemple, ils ont élargi les trottoirs et créé davantage de parcs. Ils ont vu la santé s’améliorer en quelques années seulement. Il y a une possibilité de faire ça au Québec. Le vélo devient de plus en plus populaire à Montréal, et on peut aller plus loin. »

 

« C’est très récent qu’on mentionne la santé avec le développement durable, dit Yassen Tcholakov. C’est pourtant un très bon indicateur du succès d’une mesure, quand on voit une diminution de l’obésité ou des maladies cardiaques, c’est qu’il y a un progrès. »

Des impacts possibles

Décès, blessures et traumatismes psychologiques causés par des événements extrêmes comme des inondations, des ouragans, des sécheresses.

Effets cardiovasculaires et respiratoires dus à une mauvaise qualité de l’air.

Maladies infectieuses transmises par des vecteurs, comme la maladie de Lyme ou le virus du Nil occidental.

Cancers de la peau causés par l’amincissement de la couche d’ozone.

Contamination de l’eau et de la nourriture.
14 commentaires
  • Claude Bernard - Abonné 30 août 2014 10 h 11

    Cycle infernal

    Le pétrole est moins polluant que le charbon, le gaz moins polluant que le pétrole, l'électricité moins que le gaz.
    Le problème: la majorité des centrales électriques fonctionnent au charbon.
    Ce cycle infernal ne pourrait être rompu que par une centrale au charbon avec récupération des gaz nocifs ou par le nucléaire.
    Alors quoi? Un nouveau type de nucléaire? Une minicentrale nucléaire qui doit être alimentée en électricité pour fonctionner et avec sécurité «passive», c'est-à-dire qui n'a pas besoin d'être activée mais doit être «retenue».
    Il me semble que ces deux solutions existent déjà.

  • Nicole Moreau - Inscrite 30 août 2014 10 h 20

    dire que des climatosceptiques existent encore!!!

    ces gens font de l'aveuglement volontaire pour ne pas s'engager dans un changement profond de notre mode de vie

    • Michel Grégoire - Abonné 31 août 2014 21 h 13

      Hé oui, il y en a encore. Pire que ça, nos médias leur donnent une méga tribune tel le journal de Québec avec ses Jacques Brassard et Nathalie Elgrably-Lévy. D'importants journaux américains, dont le L.A. Times
      http://www.cbsnews.com/news/la-times-cuts-off-clim
      ont coupé le clapet aux climato-septiques. Finito la propagande négationniste. je m'en permet une à la sauce Brassard: Je n'en peux plus des autruches septico-pétrophyles égoistes de plus en plus isolées et surtout de plus en plus ridicules.

      Merci au Devoir pour, justement, ne pas donner de tribune aux malhonnêtes qui font partie du problème et qui manipulent l'opinion publique.

    • Jacques Moreau - Inscrit 1 septembre 2014 01 h 40

      On cloue tous les avions au sol, on retourne au voiliers, à la voiture tirée pas des chevaux, ou des boeufs, les usines qui tirent leur énergie des rivières, ou des chevaux, etc...? Faudrait aussi cesser de respirer et générer du CO2. Il y a 7.25 milliards d'humains qui expluse du CO2, 24 hrs par jour. On prend des mesures pour réduire de 7 milliards? ¨Ca implique quoi votre changement profond de notre mode de vie? Ca me rappelle ces campagnes demandant qu'on ne mette pas des produits chimiques avec les ordures domestiques ... mais aucune solution au problème... ou et comment se débarrasser du restant de peinture?

    • Murray Henley - Inscrit 1 septembre 2014 22 h 08

      @ M. Grégoire

      Ne vous semble t-il pas paradoxal que Le Devoir, dont la devise est "Libre de penser" n'accorde pas cette liberté d'expression à des auteurs qui ont des opinions sérieuses à exprimer sur les doutes raisonnables à entretenir au regard des théories courantes des changements climatiques?

      Est-ce que la restriction de l'information à sa source ne devrait pas nous rendre inconfortables?

      Comment débattre une idée si un seul point de vue a le droit d'être exprimé?

  • Paul D'Amour - Abonné 30 août 2014 11 h 22

    Des médecins au pouvoir!

    En référence à l'article de Mme Daoust-Boisvert, nous avons au Québec, des médecins au pouvoir, dommage qu'ils ne s'occupent pas des risques à la santé publique. On préfère plutôt favoriser l'économie et accorder l'aval à des projets comme celui de Cacouna lié à l'exploitation du pétrole des sables bitumineux. Le néo-libéralisme est à l'honneur chez-nous.
    Que dire de plus pour éviter d'éventuels problèmes de santé...
    Paul D'Amour, prof. honoraire UQO

    • Nicole Moreau - Inscrite 30 août 2014 16 h 15

      c'est vrai, c'est assez "incohérent" que des médecins sacrifient ainsi la santé publique

    • Louise Lefebvre - Inscrite 30 août 2014 20 h 25

      On ne peut pas dire que ces médecins au pouvoir ne connaisssent pas la situation environnementale ...sinon peut-on dire qu'ils sont incompétents?
      Et s'ils connaissent le dossier environnemntal et qu'ils prennent des décisions qui vont à l'encontre de la protection de la santé publique, peut-on poursuivre ces médecins complices des industries polluantes qui mettent en danger la santé publique???

    • Jacques Lapointe - Abonné 1 septembre 2014 23 h 39

      Comme vous avez raison. Ils sont supposés savoir, tout les produits cancérigènes que l'exploitation des pétrole bitumineux rejettent. C'est trop révoltant. Est-ce qu'ils veulent plus de clients pour leurs confrères . L'avenir s'annonce pas rose. Jacques Lapointe, abonné

  • Jean Richard - Abonné 30 août 2014 12 h 04

    Le stress ou l'atmosphère ?

    « À Bogotá, par exemple, ils ont élargi les trottoirs et créé davantage de parcs. Ils ont vu la santé s’améliorer en quelques années seulement. Il y a une possibilité de faire ça au Québec. Le vélo devient de plus en plus populaire à Montréal, et on peut aller plus loin. »

    Quand on parle de changements climatiques, de pollution ayant un impact immédiat sur la santé et d'interventions sur l'environnement urbain, on a tendance à mélanger un peu le tout et à créer une certaine confusion.

    Il y a un lien reconnu entre les changements climatiques et les émissions atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2). Mais il n'y en a probablement pas entre les variations de ce gaz dans l'atmosphère et la santé humaine immédiate (sinon un inconfort dans une salle remplie d'humains ou d'animaux en l'absence de ventilation suffisante).

    Le smog et la présence de divers aérosols dans l'air affecte par contre la santé. Mais dans le cas du smog, ce n'est pas le dioxyde de carbone qui est en cause. Les ingrédients du smog se retrouvent dans les échappements des voitures, dans certains rejets industriels atmosphériques, les usines de production d'électricité n'étant pas les moindres contributeurs.

    Et l'environnement urbain ? Si à Bogotá on a amélioré la santé publique en améliorant l'environnement urbain, on doit se demander si l'impact sur la santé des mesures mises en place ne tient pas davantage d'un facteur physiologique. Se pourrait-il qu'une diminution du stress rendue possible par un plus grand espace accordé aux piétons et aux cyclistes en soit d'abord et avant tout la cause ? Dans nos villes trop asservie à l'automobile, il se pourrait que la plus grande menace à la santé vienne davantage du stress de l'automobile que de ses gaz d'échappement. Chaque fois que nous traversons une intersection, nous sommes carrément menacés par des voitures et la tension provoquée, même inconsciente, est probablement malsaine. L'électrification des voitures n'y changera rien.

    • Jean Santerre - Abonné 1 septembre 2014 10 h 00

      Votre commentaire ne complète pas votre raisonnement.
      Le stress des voitures est aussi causé par les gaz, odeur et la chaleur qu'elles émettent.
      Sans parler du bruit qui est même un élément stimulant pour les conducteurs sportifs.
      Le bruit est un facteur de production d'adrénaline important.
      Tous les cyclistes le vivent malgré eux.
      Tout cela est éliminé avec la propulsion électrique.
      Votre raisonnement est un oxymoron, puisque vous établissez des causes connues de méfait de l'automobile, mais ne faites pas l'exercice de les déduire d'un mode de propulsion qui les élimine.
      Il est de plus très apaisant de conduire une voiture électrique en silence, ce qui n'incite guère à des excès de conduite que l'on voit trop souvent avec la contrepartie thermique.

  • Claudette Piché - Inscrite 30 août 2014 20 h 15

    Maladie de lyme et co-infections vont de pair

    La maladie de Lyme est très souvent accompagnée de co-infections.

    Il est judicieux d’informer les médecins québécois que des co-infections accompagnent très souvent la maladie de Lyme lors de morsure de tiques. De plus il est prouvé qu’une mère peut transmettre à son fœtus la Babesiose, une Co-Infections.
    La direction de la Santé publique de Montréal a publié en mai 2013 que si l’on est porteur de la maladie de lyme on doit s’abstenir de donner notre sang, nos organes et des cellules souches. Mais encore selon Santé Canada les tests toujours utilisés au Québec ne seraient pas fiables et seraient cause de faux diagnostics ce qui équivaudrait à de faux traitements et de ce fait la maladie s’installerait de façon chronique. Voilà pourquoi les médecins québécois se devraient d’avoir els informations adéquates afin de diagnostiquer de façon clinique et pas seulement lorsqu’il y a un érythème migrant dont la majorité de lymies n’ont pas au préalable malgré la morsure des tiques.
    A-t-on posé des affiches là où les malades furent mordues, là où furent réalisées les études sur les terrains afin de protéger la population québécoise car une tique peut pondre jusqu’à 2 à 3000 œufs !
    Il serait judicieux de poser des affiches dans tous les parcs publics municipaux et gouvernementaux, certaines municipalités ont commencé à informer leurs citoyens, BRAVO!
    Mieux vaut prévenir que d’avoir à requérir à des soins adéquats aux USA et à nos frais , il reste encore beaucoup à faire des directions des Santé Publiques du Québec obéissant à un protocole IDSA influencé par des lobbys tel que dénoncé sur la place publique!
    Une maladie politique avant tout!