L’environnement sacrifié au profit de la croissance

Au nom de la croissance et de la relance des investissements, le premier ministre indien, Narendra Modi — au pouvoir depuis fin mai —, a décidé d’assouplir les règles de protection de l’environnement afin de faciliter la construction d’infrastructures et l’implantation de sites industriels.

 

La presse indienne vient ainsi de révéler que le Conseil national de la faune et de la flore a donné son feu vert, les 12 et 13 août, à près de 140 projets, tels que la construction d’un barrage hydroélectrique et celle d’un oléoduc dans le nord-est du pays. Du jamais vu en si peu de temps.

 

Ce déluge d’autorisations survient quelques jours après un changement de gouvernance au sein de l’organisme. Les sièges traditionnellement réservés à cinq ONG de protection de l’environnement y sont désormais occupés par les représentants d’une agence environnementale dépendante du gouvernement de l’État du Gujarat, fief du premier ministre.

 

On connaît la méthode

 

De même, dix scientifiques aux compétences variées (de la faune maritime à la flore himalayenne) ont dû laisser leur place à deux experts spécialistes de la protection du tigre et de l’éléphant. « Faute d’un regard multidisciplinaire, le Conseil national de la faune et de la flore perd sa raison d’être. Les décisions ne serviront plus que des intérêts politiques », regrette Ritwick Dutta, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement.

 

M. Modi a enjoint au ministre de l’Environnement, Prakash Javadekar, comme à ses autres collègues du gouvernement, de limiter ses communications avec la presse. En juin, sur son compte Twitter, le ministre s’est contenté de rappeler que « le développement et la protection de l’environnement vont de pair ». Et de justifier : « En délivrant des autorisations, nous allons nourrir l’environnement. »

 

On connaît désormais la méthode : des réformes discrètes plutôt que l’introduction longue et périlleuse de textes au Parlement. Pas de nouvelle loi sur la protection des forêts, donc, mais celle qui existe va être assouplie : les exploitants de mines n’auront plus besoin, dans certaines conditions, de demander l’autorisation des populations locales pour augmenter leur production. Beaucoup de ces mesures sont précisées dans des notes techniques aussi difficiles à déchiffrer que la pierre de Rosette, et sont présentées très discrètement sur le site Web du ministère.

 

Le gouvernement espère aussi accélérer le rythme de délivrance des autorisations en les regroupant dans un guichet unique, alors qu’aujourd’hui elles doivent être obtenues auprès de nombreuses autorités, comme les comités de contrôle antipollution ou le Conseil national de la faune et de la flore. « C’est justement parce que chaque autorité est spécialisée qu’elle est compétente. Si on les supprime, l’environnement va en pâtir », redoute Himanshu Thakkar, du Réseau des rivières, des barrages et des populations en Asie du Sud.

 

L’autre stratégie mise en place consiste à confier des responsabilités accrues aux États régionaux. Ces derniers livrent plus volontiers bataille pour attirer les investissements que pour protéger l’environnement. Le gouvernement fait donc le pari qu’ils donneront facilement leur feu vert à des projets miniers ou d’infrastructure. Les États régionaux pourraient avoir le droit d’autoriser ou non l’ouverture de mines de sable dont la superficie est inférieure à 20 hectares, contre 5 hectares actuellement.

  

Croissance d’abord

 

« Les inconditionnels de la croissance l’ont emporté. Ce que le gouvernement ne comprend pas, c’est qu’en détruisant les ressources naturelles, l’économie va en pâtir un jour », constate avec amertume Himanshu Thakkar. D’autres regrettent que la protection de l’environnement devienne le bouc émissaire du ralentissement de la croissance. « Le ministre de la Défense bloque également de nombreux projets d’infrastructure au nom de la sécurité nationale », note Shibani Ghosh, avocate et chercheuse auprès du Centre for Policy Research, un think tank basé à New Delhi.

 

Les ONG concentraient leurs maigres espoirs dans le sauvetage du Gange, fleuve sacré, ce qui lui vaut une attention particulière de la part du nouveau gouvernement (nationaliste hindou). Or, même cette promesse tarde à se concrétiser. Aucun plan n’a encore été dévoilé et la ministre des Ressources en eau, Uma Bharti, s’est contentée de menacer d’une amende, voire d’une peine de prison, ceux surpris à cracher dans le Gange.

 

Un juge de la Cour suprême a violemment interpellé le gouvernement sur le sujet le 13 août : « Êtes-vous en train de sauver le Gange ? C’était pourtant dans votre programme, alors pourquoi n’agissez-vous pas ? » Les juges ont donné deux semaines au gouvernement pour leur présenter un plan d’action détaillé.

 

Les ONG attendent enfin de connaître les attributions précises d’une nouvelle autorité indépendante, réclamée par des juges de la Cour suprême au début de l’année. Elle permettrait d’éviter les conflits d’intérêts lorsque c’est l’État qui demande lui-même une autorisation au ministère de l’Environnement pour l’aménagement d’un corridor industriel ou d’une autoroute. La Cour suprême s’est toutefois contentée d’exiger de ce futur régulateur indépendant qu’il assure le suivi des projets approuvés et qu’il ordonne des sanctions en cas de violation des règles de protection de l’environnement. Elle attend une proposition du gouvernement d’ici la mi-septembre.

7 commentaires
  • Linda Dauphinais - Inscrit 23 août 2014 08 h 39

    ...

    Il n'y a pas qu'en Inde que l'environnement est laissée pour compte au "profit" du profit monétaire... Comme si l'argent pouvait nous donner une qualité de vie si nous tuons le principe de vie, la qualité de l'air-de l'eau... Nous ramassons du plastique partout et en tout temps lorsqu'on se balade à pied, en vélo... Les fameuses bouteilles d'eau sont jetées par la plupart des utilisateurs qu'ils soient jeunes ou moins jeunes, et peu importe sa classe sociale... En effet, on ne juge plus nécessaire de jeter dans une poubelle nos déchets... Ben non, il y aura quelqu'un payé pour cela qui nous ramassera... Déresponsabilisation sociale à tous les niveaux... M'enfin

  • Claude Perron - Abonné 23 août 2014 12 h 00

    Seul le profit compte!!!

    «Au nom de la croissance et de la relance des investissements, le premier ministre indien, Narendra Modi — au pouvoir depuis fin mai —, a décidé d’assouplir les règles de protection de l’environnement afin de faciliter la construction d’infrastructures et l’implantation de sites industriels.


    La presse indienne vient ainsi de révéler que le Conseil national de la faune et de la flore a donné son feu vert, les 12 et 13 août, à près de 140 projets, tels que la construction d’un barrage hydroélectrique et celle d’un oléoduc dans le nord-est du pays. Du jamais vu en si peu de temps.


    Ce déluge d’autorisations survient quelques jours après un changement de gouvernance au sein de l’organisme. Les sièges traditionnellement réservés à cinq ONG de protection de l’environnement y sont désormais occupés par les représentants d’une agence environnementale dépendante du gouvernement de l’État du Gujarat, fief du premier ministre.»Les environnementalistes déplorent que le Gange fleuve sacré n'a aucun plan de protection ,il est lourdement pollué et le gouvernement nationaliste de Naranda Modi se tourne les pouces !

    Claude Perron

  • Daniel Bérubé - Abonné 23 août 2014 16 h 28

    Aïe-yoy !

    Étais-ce à l'émission Découverte, que j'entendais il y a quelques mois, concernant le surplus d'énergie dû au fait que les États-Unis achetaient moins d'Hydro-Québec de par le fait qu'ils produisaient maintenant beaucoup au gaz (gaz de shiste).

    Produisant de plus en plus au gaz, ils ont fermé des centrales au charbon approchant leur fin de vie utile, ce qui produisit un surplus ainsi qu'une chute des prix (du charbon) et fit en sorte que la Chine et l'Inde ont maintenant comme projet la construction de 1,500 (oui, mille cinq cent) centrales au charbon... car leur besoins en énergies étaient toujours croissants... et le prix de charbon baissant, il en résulte une économie en coût de production d'énergie, ce qui attireraît les sites industriel, choses recherchés...

    L'humanité dans son ensemble, semble ne pas être assez intelligeante pour se diriger d'elle-même... et l'industrialisation lui a donner une puissance extrême, trop pour ce que l'environnement puisse tout absorber, et quantité d'autres laxismes...

    J'ai aujourd'hui confiance en un certain nombre d'humains, mais confiance en l'humanité... non, je ne peux plus... le mal semble devoir exister, et ce, j'espère, jusqu'à un temps donné, qui le démontrera alors perdant.

  • André Savary - Inscrit 24 août 2014 08 h 55

    Notre responsabilité...

    de toutes ses usines, industries et services qui s'installent la bas combien sont de chez nous?? Combien iront la bas parce qu'ils pourront poluer sans trop de contrainte contrairement à ici...
    Quoique avec la prospection pétrolière dans notre St Laurent et Anticosti nous ne sommes pas trop loin de ces pays en matière de règles assouplies...

  • Emmanuel Bernier - Inscrit 24 août 2014 11 h 37

    Forte impression de déjà-vu...

    Modi, un élève de Stephen Harper?