Mine Arnaud accusée de manquer de transparence

Mine Arnaud n’a mené aucune étude sur la baie de Sept-Îles, qui devrait pourtant recevoir « entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants ».
Photo: Ville de Sept-Îles Mine Arnaud n’a mené aucune étude sur la baie de Sept-Îles, qui devrait pourtant recevoir « entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants ».

Le Devoir a appris que Mine Arnaud refuse actuellement de rendre publiques les études menées afin de répondre aux nombreuses lacunes soulevées par le BAPE dans son rapport, qui jugeait inacceptable le projet de construction de cette imposante mine à ciel ouvert à Sept-Îles. Une situation dénoncée par plusieurs personnes critiques du projet, qui rappellent que c’est l’État québécois qui pilote et finance l’essentiel de ce développement minier controversé.

 

Dans un rapport très critique rendu public en février, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) conclut que ce projet, qui deviendrait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité de l’histoire du Québec, « n’est pas acceptable » dans sa forme actuelle.

 

Tout simplement « incomplète »

 

L’organisme y souligne que les impacts environnementaux du projet de Mine Arnaud ont été très mal évalués. Le promoteur n’a mené aucune étude sur la baie de Sept-Îles, qui devrait pourtant recevoir « entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants ». L’analyse desrésidus miniers est aussi insuffisante pour évaluer les conséquences sur le milieu. En fait, le BAPE juge que l’étude d’impact est tout simplement « incomplète ».

 

Il constate aussi « l’absence d’un consensus social » et la division de la population de Sept-Îles. Le BAPE s’interroge enfin sur la rentabilité du projet, alors que les prix du phosphate — l’apatite qui serait extraite est constituée de phosphate — sont appelés à reculer fortement au cours des prochaines années, selon les prévisions de la Banque mondiale. Or, le développement de la mine nécessiterait des investissements de 750 millions de dollars, dont une majorité de fonds publics. Ce rapport représentait d’ailleurs toute une rebuffade pour Investissement Québec, principal bailleur de fonds de Mine Arnaud.

  

Études

 

Le promoteur a toutefois décidé de mener des études « complémentaires » afin de se conformer aux avis du BAPE. Selon les informations obtenues auprès de différentes sources, Mine Arnaud refuse toutefois de rendre publiques lesdites études tant que celles-ci ne seront pas jugées « recevables » par le ministère de l’Environnement du Québec. D’ici là, la filiale de Ressources Québec estime que les documents ne sont « pas de nature publique », indiquait récemment sa porte-parole Kateri Jourdain dans un courriel. Mme Jourdain n’a pas répondu mercredi aux nombreux messages du Devoir.

 

Il est donc impossible de savoir sur quoi portent les études réalisées depuis la publication du rapport du BAPE. Marie-Ève Dion, attachée de presse du ministre délégué aux Mines, Luc Blanchette, a toutefois précisé que le promoteur doit avoir terminé ses études d’ici le mois de septembre.

 

Vérifications faites auprès du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, il serait possible d’obtenir les documents produits par Mine Arnaud en ayant recours à la Loi sur l’accès à l’information. Le ministère dit cependant qu’il faudrait que « le promoteur » donne son accord avant la transmission des documents. Cette pratique est courante lorsque la demande concerne une entreprise privée. Mais dans ce cas-ci, le promoteur se trouve à être une entreprise dont l’État québécois contrôle 62 % de l’actionnariat.

 

Projet controversé

 

La position de Mine Arnaud est indéfendable, selon le porte-parole de la coalition Québec meilleure mine, Ugo Lapointe. « Le promoteur n’a pas à attendre que les études soient jugées recevables avant de les publier, a-t-il affirmé. D’ailleurs, Mine Arnaud a rendu publiques toutes ses autres études préalables au BAPE, et ce, avant qu’elles soient jugées recevables. Mais depuis le BAPE, c’est le silence radio. Tout est secret, tout est caché. C’est inacceptable et ça ne peut qu’alimenter les craintes des citoyens. »

 

« Dans un processus élémentaire de transparence, le promoteur, qui est ici Investissement Québec, pourrait et devrait rendre publiques toutes ses études complémentaires, a poursuivi M. Lapointe. Il faut rappeler qu’il s’agit d’un projet très controversé d’un point de vue social, environnemental et économique. En plus de nuire à la santé des gens de Sept-Îles, c’est un projet qui pourrait potentiellement faire perdre des millions de dollars aux Québécois. »

 

Porte-parole du Regroupement pour la sauvegarde de la grande baie de Sept-Îles, Louise Gagnon a souligné de son côté que des fonctionnaires du ministère de l’Environnement — nommément désignés dans un courriel obtenu par Le Devoir — lui ont justement fait part des avantages de divulguer les études. « Ils nous ont confirmé qu’ils ne pouvaient pas nous transmettre les études, mais que le promoteur pourrait le faire et que ce serait bien perçu d’un point de vue de transparence. »

 

Mme Gagnon, qui s’oppose à la réalisation de la mine Arnaud, doute cependant du fait que des études « complémentaires » puissent calmer les craintes exprimées par une grande partie de la population de Sept-Îles depuis près de quatre ans. « Le promoteur a dit qu’il ferait ses devoirs, mais le BAPE a jugé le projet inacceptable dans sa forme actuelle. Et à notre connaissance, la forme du projet n’a pas véritablement changé. Un projet comme celui-là ne peut pas devenir acceptable sur le plan environnemental avec un simple coup de baguette magique. Ce n’est pas possible. »

 

Le feu vert au projet pourrait être donné avant la fin de l’année. Si elle voit le jour, cette mine générerait, sur une période de 30 ans, des centaines de millions de tonnes de résidus. La fosse atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. L’apatite est utilisée dans la fabrication d’engrais.

14 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 31 juillet 2014 07 h 19

    En Absurdistan, ça marche comme ça ?

    Deux passages dans l'article : «C’est l’État québécois qui pilote et finance l’essentiel de ce développement minier controversé.»... «Le promoteur se trouve à être une entreprise dont l’État québécois contrôle 62 % de l’actionnariat».

    Compte tenu de ces deux faits, je ne comprend pas que Mine Arnaud puisse empêcher l'accès aux documents pertinents à faire la lumière. Une partie de l'État québécois empêche une autre partie de l'État québécois ???

    C'est l'État québécois qui est responsable de la protection du territoire québécois, non ??? Ou bien c'est l'arbitraire et le laisser faire ???

  • Marc Gauthier - Inscrit 31 juillet 2014 07 h 33

    Mine Arnaud accusée de manquer de transparence

    Les études sont payées en parti par nos impots puisque le gouvernement est majoritaire dans ce projet. C'est mauvais au point que le peuple et les citoyens ne doivent pas connaitre les résultats ? Déja selon le Bape il est impossible pour Mine-Arnaud de respecter les normes environnementales, certaine limite sera dépassé de plus de 2 fois le maximum. Définitivement je ne suis pas rassuré.

  • Pierre Bernier - Abonné 31 juillet 2014 07 h 50

    Intolérable !

    Camouflage et bricolages d’une entreprise privée, avec notamment des fonds publics : intolérable !

  • Guy Desjardins - Inscrit 31 juillet 2014 08 h 38

    Il faudrait une personne très influente!

    Sur la Côte- Nord, je vois qu'un seul homme pour régler le problème. Bernard Gauthier (Rambo) qui a à coeur la santé de ses travailleurs, pourrait avoir beaucoup d'influence sur les dirigeants de Mine Arnaud de Sept- Îles.

  • Serge Clement - Inscrit 31 juillet 2014 08 h 47

    Les conditions du changement

    J'aime bien lire les chroniques telles celle-ci. On y retrouve les opinions généralement avisés de personnes conscientisées, dotées d'une vision globable et pensant généralement long terme "développementalement" parlant.
    Cependant, je suis inquiet car j'ai le sentiment que le Devoir est un des rares médias populaires qui traite de la chose socio-écolo. Il y a bien 1000 jours pour la planète et quelques autres documentaires forts intéressants (sans en faire le recensement). Malheureusement, force est de constater que ce genre d'émission reste un parent pauvre des cotes d'écoute, et pourtant ...
    Pour que la population change et devienne, si ce n'est engagée, à tout le moins conscientisée, il me paraît nécessaire de marteler mur à mur le message socio-écologique et je crois que cela appartient à tous les média qui prétendent faire de l'information. Qu'en est-il?
    Le changement ne viendra pas de nos policitiens, mais de la population, si tant est qu'elle accepte d'aller vers et d'assumer sa maturité.