Les grands singes s’approchent de l’extinction

Les comportements sociaux des chimpanzés ont été étudiés pendant un demi-siècle par la primatologue Jane Goodall.
Photo: Desirey Minkoh La Presse canadienne Les comportements sociaux des chimpanzés ont été étudiés pendant un demi-siècle par la primatologue Jane Goodall.

Nairobi — Les grands singes sont menacés d’extinction d’ici quelques décennies, a averti mardi Jane Goodall, spécialiste mondialement reconnue des chimpanzés, appelant à des mesures pour sauver les plus proches cousins de l’Homme.

 

« Si nous ne prenons pas de mesures, les grands singes vont disparaître en raison à la fois de la destruction de leur habitat et du trafic », a expliqué Jane Goodall dans une interview à l’AFP à Nairobi.

 

Au cours des 50 dernières années, le nombre de chimpanzés est passé de deux millions à 300 000 au plus, répartis dans 21 pays, selon la primatologue britannique, âgée de 80 ans, qui a passé un demi-siècle à étudier ces singes dans le parc national de Gombe, en Tanzanie.

 

« Si nous ne faisons rien, ils vont certainement disparaître, ou il ne leur restera que de petites poches où ils échapperont difficilement à la consanguinité », a expliqué Jane Goodall, première scientifique à avoir observé que les grands singes, comme les hommes, utilisaient des outils.

 

Au rythme actuel, le développement humain aura d’ici 2030 touché 90 % de l’habitat naturel des grands singes en Afrique et 99 % en Asie, estiment des experts dans un rapport publié fin juin par une ONG de défense des grands singes, soutenue par l’ONU.

 

Destruction de l’habitat

 

Le développement des infrastructures et l’exploitation des ressources naturelles — bois, minerais, pétrole et gaz — ont dévasté l’habitat des grands singes et poussé chimpanzés, gorilles, bonobos, orangs-outans au bord de l’extinction, selon ces experts.

 

Pour Jane Goodall, la destruction de cet habitat fait partie d’une agression plus large de l’espèce humaine contre la nature : « Si nous ne faisons rien pour protéger l’environnement, que nous avons déjà partiellement détruit, je ne voudrais pas être un enfant né d’ici 50 ans. Ne leur devons-nous pas cela ? »

 

« Nous sommes schizophrènes : nous avons cette intelligence incroyable, mais il semble que nous ayons perdu le pouvoir de travailler en harmonie avec la nature », a-t-elle ajouté.

 

Mme Goodall a estimé que « si nous les perdons [les grands singes], ce sera probablement parce que nous avons également perdu les forêts, et cela aura des conséquences totalement dévastatrices sur le changement climatique ».

 

« Le changement climatique est évident partout. Il y a des dirigeants qui disent qu’ils ne croient pas au changement climatique, mais je ne pense pas que ce soit réellement ce qu’ils pensent, ils sont peut-être juste stupides », a-t-elle lancé.

 

Espèces menacées

 

Toutes les espèces de grands singes figurent sur la liste des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui en classe certaines — comme le gorille de l’Ouest ou l’orang-outan de Sumatra — « en danger critique », le dernier stade avant l’extinction à l’état sauvage, puis l’extinction. « Les gens ont perdu la connexion avec le monde de la nature, estime Goodall, on pourrait penser que les créatures les plus intelligentes de la planète penseraient à mieux que de détruire leur seule maison, mais nous détruisons la planète très, très vite. »

 

« Nous dépendons des ressources naturelles de cette planète et elles ne sont pas infinies. Or nous les utilisons comme si elles devaient durer pour toujours », a-t-elle rappelé.

 

La scientifique, qui dirige une fondation à son nom, appelle les gens à agir au lieu de désespérer. « Le changement climatique menace la moindre partie de la planète et nous ne pouvons pas l’arrêter. Mais si nous agissons ensemble, nous pouvons ralentir les effets », selon elle.

4 commentaires
  • Daniel Guibord - Inscrit 30 juillet 2014 08 h 31

    L'espèce humaine : créatures intelligentes, mais la vaste majorité d'entre elles ont des problèmes psychiatriques


    « Les gens ont perdu la connexion avec le monde de la nature, estime Goodall, on pourrait penser que les créatures les plus intelligentes de la planète penseraient à mieux que de détruire leur seule maison, mais nous détruisons la planète très, très vite. »

    L'espèce humaine : créatures intelligentes, mais la vaste majorité d'entre elles ont des problèmes psychiatriques, p.ex. : délires collectifs (croyances religieuses), dénie de la réalité (p.ex., dénie des différents niveaux d'évolution des races humaines), etc.

    « Il y a seulement deux choses qui sont infinies, l'univers et la stupidité humaine. Et je ne suis pas certain au sujet de la première » — Albert Einstein

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 30 juillet 2014 15 h 35

      À tout le moins, Einstein croyait à la survie de l'humanité, car comment la stupidité humaine pourrait-elle continuer d'exister s'il n'y a plus, au pire du déclin, toujours un minimum de vrais humains sur terre.

  • Marie-France DOUCET - Inscrit 30 juillet 2014 09 h 03

    Et nous serons les prochains...

    Quant à la stupidité des décideurs, ils ont peut-être tout simplement un revolver sur la tempe... Quand on voit un président comme Obama réouvrir la côte Est des États-Unis aux hydrocarbures, sachant tout ce que l'on sait sur les méfaits de l'exploitation des énergies fossiles, de l'état des océans et des conséquences sur le climat de la planète, il y a une autre raison que la stupidité pour expliquer un tel comportement.

  • André Michaud - Inscrit 30 juillet 2014 09 h 22

    Priorité africaine ?

    Avec Ebola, le SIDA, les famines, les guerres..l'afrique pense à sauver se enfants avant les grands singes..qui disparaitront comme les humains disparaitront aussi...