Un million de tonnes de poissons jetés par-dessus bord

À l’échelle du globe, les prises non désirées représenteraient grosso modo 10 % de toutes les captures.
Photo: Rodrigo Abd Associated Press À l’échelle du globe, les prises non désirées représenteraient grosso modo 10 % de toutes les captures.

Alors que tous les indicateurs scientifiques font état d’une baisse dramatique des stocks de poissons dans les océans, les prises accidentelles constituent toujours un gaspillage majeur de ressources alimentaires.

 

Un nouveau rapport produit par l’organisme Oceana conclut qu’à elle seule, l’industrie américaine de la pêche jette carrément plus d’un million de tonnes de poissons chaque année. Il s’agit habituellement d’espèces qui sont prises accidentellement dans les filets ou qui viennent mordre aux hameçons.

 

Ces poissons, le plus souvent rejetés morts à la mer, constituent « une perte importante pour l’industrie de la pêche, mais aussi pour les océans. Cela nuit à la capacité des ressources de se renouveler », souligne la chercheuse Amanda Keledjian, coauteure du rapport. Mais selon elle, ces pratiques destructrices ne changent pas en raison du manque de mesures économiques pour inciter les pêcheurs à le faire.

 

Dans le cas de certaines espèces, comme le thon vendu en conserve, les techniques de pêche sont aussi destructrices pour les mammifères marins, les oiseaux et les tortues. Le rapport d’Oceana évalue que plus de 300 000 animaux meurent ainsi chaque année.

 

À l’échelle du globe, les prises non désirées représenteraient grosso modo 10 % de toutes les captures. Dans le cas du recours à des techniques comme le chalutage, ce taux peut grimper jusqu’à 40 %.

 

Chute des stocks

 

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que les données sur l’état des stocks mondiaux de poissons démontrent une raréfaction généralisée partout sur le globe.

 

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, de plus en plus d’espèces sont soumises à des pressions de pêches excessives. En fait, 80 % des espèces sont « pleinement exploitées » ou « surexploitées ». De ce nombre, au moins 30 % en sont au stade de l’effondrement total.

 

En fait, la situation est à ce point critique que le Programme des Nations unies pour l’environnement a souligné dès 2010 que les océans auront été complètement vidés de leurs ressources halieutiques d’ici 2050. Preuve de l’hécatombe en cours, pas moins de 90 % des gros poissons ont disparu entre 1950 et 2010.

 

Malgré l’épuisement accéléré des poissons jusque dans les grandes profondeurs, les quantités de poissons débarqués à quai se maintiennent autour de 80 millions par année depuis plus de 20 ans. Un tel « exploit » est possible en raison de l’augmentation de la pression de pêche partout sur la planète. Quelque 20 millions de bateaux tendent filets et lignes dans les océans.