Pesticides et mauvais temps, cocktail funeste pour les abeilles

Les chercheurs ont collé des micropuces électroniques sur le thorax de près d’un millier d’abeilles afin de suivre leurs déplacements.<br />
 
Photo: Thomas Bresson / CC Les chercheurs ont collé des micropuces électroniques sur le thorax de près d’un millier d’abeilles afin de suivre leurs déplacements.
 

Paris — Le phénomène de désorientation observé chez les abeilles, sous l’effet de certains insecticides très utilisés en agriculture, est plus important par mauvais temps et dans un paysage varié, montre une étude française publiée jeudi dans Nature Communications.

 

L’équipe de Mickaël Henry, de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), et Axel Decourtye, de l’Association de coordination technique agricole (ACTA), avait déjà montré, en 2012, que de faibles doses d’un insecticide de la famille des néonicotinoïdes — le thiaméthoxame — pouvaient perturber l’orientation des abeilles et les empêcher de retrouver leur ruche, entraînant la mort d’un grand nombre d’entre elles.

 

Dans une nouvelle étude, ils ont reproduit l’expérience, mais en prenant en compte cette fois deux critères environnementaux : les conditions météorologiques et la variété du paysage.

 

Les chercheurs ont collé des micropuces électroniques sur le thorax de près d’un millier d’abeilles afin de suivre leurs déplacements. Certaines d’entre elles avaient au préalable été exposées à des doses non mortelles de thiaméthoxame.

 

Les butineuses ont ensuite été relâchées à 1 km de leur ruche, dans des paysages différents (paysage de bocage ou de plaine), et dans des conditions météorologiques plus ou moins favorables (ciel dégagé et températures supérieures à 28° ou au contraire ciel nuageux et températures entre 15 et 20°).

 

« Les résultats montrent une influence notable des conditions météorologiques et de la complexité paysagère sur la sensibilité des abeilles à l’insecticide », relève l’INRA dans un communiqué.

 

Les scientifiques ont ainsi pu établir que le risque moyen de non-retour à la ruche induit par le pesticide passe de 3 % dans des conditions météorologiques favorables à 26 % lorsqu’elles deviennent mauvaises. Ce dernier taux est de plus modulé par le paysage : il atteint 35 % dans les paysages de bocage, contre 18 % dans les paysages ouverts.

 

Les chercheurs expliquent que pour rentrer à la ruche, les abeilles s’orientent grâce à la position du soleil et à des repères visuels (arbres, haies…) qu’elles ont mémorisés.

 

Par mauvais temps, elles utilisent davantage les repères du paysage, mais l’étude montre qu’elles ne semblent plus y parvenir si elles ont été exposées à l’insecticide. « L’exposition à de faibles doses d’insecticide semble ainsi altérer leur capacité à faire appel à leur mémoire spatiale », explique l’INRA.

4 commentaires
  • Diane Veilleux - Inscrite 11 juillet 2014 11 h 30

    Bees, butterflies and Blooms, BBC

    Il y a quelques semaines, tout à fait par hasard, je suis tombée sur une série de trois émissions produites par la BBC, 'Bees, butterflies and Blooms' traitant justement de la cause des problèmes des abeilles (des pollinisateurs) au Royaume Uni et les moyens d'y remédier et bien que les pesticides soient les coupables évidents, ils ne sont pas les seuls. On y découvre que nos standards de beauté, notre désir d'uniformisation et de standardisation de la nature sont également au banc des accusés. Les manipulations génétiques, les hybridations ont créé des plantes et de fleurs n'ayant aucune valeur nutritives pour les pollinisateurs. Ces mêmes critères et standards d'esthétisme favorisant l'aseptisation de notre environnement ont favorisé la mode des espaces manucurés, exempts de 'mauvais herbes' qui en réalité ne sont que la faune indigène au profit des ces créations stériles. Résultat, non seulement avons nous réduit la quantité d'espaces fleuris mais en plus nous en avons réduit la variété et aujourd'hui on se demande pourquoi, les abeilles, papillons, libellules, demoiselles, etc. se font de plus en plus rares et sont même menacés d'extinction. Si nous avions fait à l'homme ce que nous avons fait aux pollinisateurs, nous serions tous en aussi mauvais état. Nous avons réduit l'éventail de leur alimentation de façon significative et combiné aux effets dévastateurs des pesticides, avons affaibli leur système immunitaire, les rendant vulnérables aux maladies et aux parasites. Documentaire à voir absolument.

    • Michel Vallée - Inscrit 11 juillet 2014 12 h 55


      En débit de cette hécatombe entomologique, il m’est malheureusement permis de constater que les maringouins tirent remarquablement bien leur épine du jeu…

  • Djosef Bouteu - Inscrit 12 juillet 2014 03 h 31

    OGM sécrétant leurs propres pesticides.

    On prend bien soin d'ignorer l'éléphant dans la pièce :

    De nombreuses cultures d'OGM sont artificiellement pourvues de gênes leur faisant sécréter leurs propres pesticides. Ils sont très efficaces pour dérouter les insectes indésirables, notamment en les désorientant pour qu'ils ne trouvent pas la plante à dévorer.

    Des insectes désorientés, ça vous rappelle le contenu de l'article? Normal.

    Ces pesticides ne touchent évidemment pas uniquement les insectes indésirables, les abeilles et autres pollinisateurs en sont aussi victimes.

    D'autres «charmants» effets de cultures OGM incluent diverses perturbations du système endocrinien. Là aussi les insectes indésirables n'en sont pas les seules victimes.

    • Damien Tremblay - Inscrit 14 juillet 2014 22 h 00

      Merci M. Bouteu de nous sensibiliser au fait que, très souvent, ce type de problème biologique trouve son origine dans les apprentis sorciers qui fabriquent les OGM.

      Ils sont les rois et maîtres de la planète. Personne ne semble capable de les arrêter. Quand l'humanité va-t-elle mettre ses culottes pour empêcher ces mécréants, ces vandales, d’opérer dans le monde de la biologie?