L’exploitation du gaz de schiste provoquerait des tremblements de terre

Selon les chercheurs, les activités de fracturation hydraulique et l’injection de liquides de forages dans le sous-sol sont directement liées à l'augmentation marquée des séismes dans au moins deux états américains.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon les chercheurs, les activités de fracturation hydraulique et l’injection de liquides de forages dans le sous-sol sont directement liées à l'augmentation marquée des séismes dans au moins deux états américains.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science conclut que la hausse récente et fulgurante du nombre de tremblements de terre en Oklahoma serait directement liée à l’exploitation du gaz de schiste.

 

Selon cette étude pilotée par des chercheurs de l’Université Cornell, l’État américain de l’Oklahoma connaissait en moyenne un seul tremblement de terre d’une magnitude de 3,0 ou plus chaque année avant 2008.

 

Depuis, la production de gaz de schiste a littéralement explosé, comme dans plusieurs autres États américains. Et cette hausse soutenue de la production est allée de pair avec une croissance exponentielle du nombre de séismes de plus de 3,0 sur l’échelle de Richter, souligne l’étude rendue publique dans Science. À titre d’exemple, pas moins de 230 secousses sismiques ont été enregistrées jusqu’à présent cette année.

 

Or, l’Oklahoma n’est pas un État reconnu pour son activité sismique intensive, précise Geoffrey Abers, co-auteur de l’étude. « C’est tout simplement sans précédent de voir autant de tremblements de terre dans cette région », souligne-t-il.

 

L’étude établit ainsi un lien direct entre ces séismes et l’exploitation du gaz de schiste. Les chercheurs soulignent notamment que les secousses sont liées aux activités de fracturation hydraulique et à l’injection de liquides de forages dans le sous-sol.

 

Séismes en Ohio

 

Cette nouvelle étude n’est pas la première à établir un lien entre l’exploitation gazière et les tremblements de terre, un phénomène que l’industrie de l’énergie fossile a toujours nié.

 

En avril dernier, des géologues de l’État de l’Ohio ont établi un lien entre l’activité sismique dans l’est de l’État et la fracturation hydraulique. Cinq faibles secousses avaient été enregistrées en mars, et une enquête a conclu à un lien probable avec la fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste. Un puits d’injection profond pour les eaux usées de la fracturation avait déjà été lié à des séismes dans la région en 2012.

 

Dans le cadre d’une étude publiée l’an dernier par la revue Geology, la chercheure Katie Keranen, de l’Université de l’Oklahoma, a pour sa part analysé la séquence d’événements ayant précédé et suivi un séisme survenu dans la ville de Prague, en Oklahoma.

 

L’auteure a conclu à un lien causal entre l’injection de fluides de fracturation usés dans le sous-sol et ce tremblement de terre. ll faut dire que la ruée vers le gaz de schiste produit des quantités immenses d’eaux usées. Ces liquides, chargés de substances toxiques, ne peuvent habituellement pas être traités par les usines d’épuration municipales. Ils sont donc souvent réinjectés dans de vieux puits.

 

Risques pour la santé

 

Par ailleurs, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a statué plus tôt cette année que l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste posent des risques bien réels de contamination des eaux souterraines et d’aggravation de la pollution de l’air, en plus de nuire à la qualité de vie des populations qui vivent près des sites où s’implante l’industrie.

 

En se basant sur les conclusions de 18 nouveaux documents, l’INSPQ a ainsi conclu que « les possibilités de contamination des eaux souterraines sont réelles ».

 

Le rapport publié en janvier précise que des mesures effectuées depuis trois ans près des sites d’exploitation gazière « permettent de prévoir des augmentations locales des concentrations de certains polluants de l’air ». C’est le cas des particules fines, mais aussi de composés organiques volatils (qui sont des gaz à effet de serre).

 

Il est cependant difficile d’évaluer le potentiel d’exposition des populations aux produits chimiques utilisés dans les liquides de fracturation. Les informations concernant la nature, les quantités, les procédures de manipulation et le transport de ces substances « demeurent encore incomplètes ».

11 commentaires
  • Michel Vallée - Inscrit 9 juillet 2014 21 h 42

    Le progrès progresse…


    Afin de se prémunir des séismes sismiques en prévision de l’exploitation du gaz de shiite, il n’y aurait qu’à asseoir les habitations et autres immeubles sur des ressorts à boudin, et en ce qui touche la probable contamination des nappes phréantiques il n’y a qu’à assurer un approvisionnent suffisant en eau embouteillée puisque c’est ce que l’on boit dorénavant.

  • Mario Jodoin - Abonné 9 juillet 2014 22 h 22

    Créer de la richesse...

    ...en fait, faire augmenter le PIB, ça peut aussi faire diminuer la qualité de vie. Le PIB devient de plus en plus étranger au bien-être (notons qu'il n'a jamais été un bon indicateur, mais ça s'empire), surtout parce que les externalités négatives à sa croissance augmentent sans cesse...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 juillet 2014 08 h 44

      Et quelle externalité négative on a ici?

      Que des sismographes détectent plus séismes?

      Mais de quel genre de "séismes" on parle au juste, quel dommage subit?


      Et remarquez que le sujet n'est pas de faire augmenter le PIB comme que d'utiliser ses propres ressources plutôt que d'aller sur le marcher international acheter celles des autres.

    • Michel Vallée - Inscrit 10 juillet 2014 11 h 07

      @Jean-Yves Arès

      << (...) Mais de quel genre de "séismes" parle-t-on au juste ?

      (...) Utiliser ses propres ressources plutôt que d'aller sur le marché international acheter celles des autres. >>

      L’article se réfère à des secousses sismiques (i.e. tremblements de terre).

      Pour le reste, une fois que les nappes phréatiques vont être durablement contaminées à force d’injecter dans le sol des substances délétères, il va bien falloir aller acheter les ressources aquifères des autres...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 juillet 2014 13 h 46

      Oui, bien, on comprend qu'un séisme c'est un tremblement de terre. Mais il y a bien des variantes et la qualification et la notification d'un phénomène sismique se fait de façon multiple. A titre d'exemple il y a plusieurs échelles d'évaluation, et plusieurs types de magnitude. Comme la référence de l'article est un article de la revue 'Science' on peut présumer que l'auteur a spécifié la chose, ce qui aiderait à pouvoir mettre en perspective.

      Là la seule perspective qui nous est présentée est un sous-entendue de danger et de catastrophe, -et rien d'autre. Ce qui nous ramène a une information plus que primaire qui n'a pas vraiment d'autre objectif d'apeurer.


      «une fois que les nappes phréatiques vont être durablement contaminées à force d’injecter dans le sol des substances délétères»

      Sauf qu'il se fait de la fracturation depuis longtemps au sud et l'ouest de nos frontières sans trace de contamination de nappe phréatique signifiante.

      Ici on se retrouve donc dans le même mode: faire peur, et avoir peur d'avoir peur avec les évocations, poussées boucle dans nos médias, et ici en particulier, de grandes catastrophes en tout genre.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 10 juillet 2014 15 h 40

      À vous lire, M. Arès, les gaz de schistes n'auraient, en réalité, aucune répercussion sur l'environnement (ils seraient même bons pour l'environnement!). Selon vous, tous les environnementalistes et scientifiques seraient dans le panneau, à l'exception de ceux payés par les compagnies gazières, évidemment, qui sont les seuls à pouvoir profiter, pour leur part, d'une éthique irréprochable.

      À vous lire, les portes-parole des compagnies gazières seraient frappés d'une vertue économico-environnementale unique, quasi dogmatique.

      C'est votre commentaire, pour ma part, que je trouve épeurant.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 10 juillet 2014 13 h 59

    «Environ cent mille séismes sont enregistrés chaque année sur la planète»

    «de très nombreux séismes tous les jours, mais la plupart ne sont pas ressentis par les humains»

    Pour un peu de perspective et d'information, autre que la seule évocation associée aux grandes catastrophes, une description du vaste sujet des frissons terrestres, dont ceux spécifiquement d'origine artificielle, et bien connus depuis longtemps,

    http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme

  • Michel Vallée - Inscrit 11 juillet 2014 00 h 32

    @Jean-Yves Arès

    En 2012, la <<US Geological Survey>> a démontré qu'en Oklahoma, en Arkansas, au Texas, en Ohio et au Colorado, où se déroulent des opérations d'injections et de fracturations, il y a eu un accroissement notable des tremblements de terre supérieures à 3 sur l’échelle de Richter entre 2009 et 2011, par rapport au demi-siècle précédent.

    De la liste de publications scientifiques qui sont consacrées à ce sujet, je retiens :

    La United States Geological Survey confirme que la fracturation est la cause des récentes activités sismiques en Oklahoma :

    http://www.usgs.gov/newsroom/article.asp?ID=3819

    De même que la publication GEOLOGY de la <<Geological Societe of America>>, laquelle relève de la <<National Academy of Science of the United States of Science>>, publiait à l’été 2013 :


    Gas injection may have triggered earthquakes in the Cogdell oil field, Texas :


    http://www.pnas.org/content/110/47/18786.full

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 juillet 2014 14 h 21

      @ Michel Vallé, je ne doute pas que des activités sismique soient associées a l’industrie pétrolière, mais pour bien informer le publique il faut détailler l’information assez pour que le publique puisse comprendre le niveau de risque associable. Pour le grand public ce que l’on appel tremblement de terre est facilement associable au plus grandes catastrophes connues par l’homme. Si on ne le fait on ne fait provoquer craintes et épurement.

      «La United States Geological Survey confirme que la fracturation est la cause des récentes activités sismiques en Oklahoma »

      Votre lien dit le contraire,
      «That foreshock occurred near active waste-water disposal wells»
      et
      «The earthquakes have not been directly linked to hydrofracturing»

      Sur le lien suivant, issu du vôtre, donne ceci
      «Hydraulic fracturing, commonly known as “fracking,” does not appear to be linked to the increased rate of magnitude 3 and larger earthquakes»
      http://earthquake.usgs.gov/research/induced/

      Votre autre lien qui fait état d’observations entre séisme et injection de CO2 à des magnitudes de 3 et plus. Et on spécifie, pour le différencier, le niveau de séisme observé avec la fracturation,
      «Thus, the injection-induced earthquakes of concern are not the tiny events accompanying hydrofracturing that have magnitudes of 1.5 or smaller; rather, they are the larger-magnitude earthquakes sometimes caused by injection for water flooding, enhanced production, or waste» http://www.pnas.org/content/110/47/18786.fulldispo
      Pour mettre en perspective ce que veut dire « tiny » Wiki donne «Micro tremblement de terre, non ressenti», Dans version anglaise Wiki donne «Microearthquakes, not felt, or felt rarely by sensitive people, Continual/several million per year».

      Ces liens lèvent toutes inquiétudes sismiques liées à la fracturation. Ils en donnent pour d’autres types d’injection et ainsi ajoute un argument de plus pour l’utilisation du propane pour fracturer.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 juillet 2014 14 h 26

      modif: "Si on ne le fait pas, on ne fait que provoquer craintes et épeurement"


      Et puis, une description de la graduation des magnitudes,
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Magnitude_d'un_s%