Des épreuves de motocross aux portes d’une réserve naturelle

Le 26 juin dernier, la municipalité du comté de Potton a dévoilé en assemblée publique la teneur d’un règlement qui vise à rendre possible la tenue de quatre événements sportifs commerciaux par année.
Photo: Doug Beghtel Associated Press Le 26 juin dernier, la municipalité du comté de Potton a dévoilé en assemblée publique la teneur d’un règlement qui vise à rendre possible la tenue de quatre événements sportifs commerciaux par année.

La décision de la municipalité de Potton de donner le feu vert à des « événements commerciaux » de motoneiges et de motorisés à deux jets de pierre de la plus grande réserve naturelle privée à l’est de la Saskatchewan soulève craintes et préoccupations chez bon nombre de résidants et d’écologistes.

 

Créé en 2004 grâce à des fonds publics et privés, ce territoire décrété réserve naturelle par le ministère de l’Environnement en 2010 totalise aujourd’hui 6500 hectares englobant le massif des monts Sutton et ses flancs jusqu’à Mansonville. La réserve naturelle des Montagnes-Vertes constitue, avec le Parc du mont Orford, un des seuls espaces sauvages de cette amplitude dans le sud du Québec.

 

Or le 26 juin dernier, la municipalité du comté de Potton a dévoilé en assemblée publique la teneur d’un règlement qui vise à rendre possible la tenue de quatre événements sportifs commerciaux par année, destinés aux amateurs de courses de motoneiges et de véhicules tout terrain dans un secteur presque enclavé dans la réserve.

 

Un projet décrié

 

Le projet s’est rapidement attiré les foudres d’un groupe de résidants qui se sont fait entendre lors d’une première séance, assez houleuse. Regroupés au sein du « Groupe des 21 », ces propriétaires, dont la plupart habitent la vallée Ruiter, craignent que ce projet commercial nuise aux efforts investis depuis des décennies pour constituer et préserver cette réserve naturelle.

 

« Ce n’est pas un cas de résidants qui ne veulent pas de ski-doo dans leur cour. Les enjeux sont beaucoup plus grands. On parle d’une réserve à protéger pour sa biodiversité, dont l’intégrité est menacée », soutient Ariane Cordeau, l’une de ses résidantes.

 

Conservation de la nature Canada (CNC), propriétaire de cette vaste réserve constituée au fil des ans grâce aux dons de plus de 20 millions obtenus de fonds privés et publics, dont le gouvernement du Québec, ne cache pas non plus son inquiétude. Le hic, c’est que les pouvoirs de CNC, comme ceux du ministre de l’Environnement, s’arrêtent aux limites de réserve. « On ne souhaite pas de confrontation, mais nous sommes heureux que des gens expriment leurs préoccupations face à ce projet. Nous ne sommes pas contre ces activités, mais invitons la municipalité à choisir un autre site », a défendu mercredi Joël Bonin, porte-parole de CNC au Québec.

 

Joint par Le Devoir, le maire de Potton, Louis Pierre Veillon, élu par 10 voix de majorité en novembre 2013, convient que le projet soulève la controverse, mais s’engage à ce que « tout le monde soit entendu ». À la lumière des critiques formulées, le maire s’engage d’ailleurs à présenter un règlement modifié lors d’une prochaine séance, le 7 juillet prochain. « On va essayer de satisfaire le plus de personnes, notamment pour ce qui est de la fréquence ou de la durée. Mais on va de l’avant. Ce sera au conseil municipal de voter », a soutenu le maire.

 

Des animaux tolérants aux bruits

 

Visiblement, certains résidants n’ont toujours pas digéré la création de la réserve, il y a dix ans, qui leur impose diverses restrictions, notamment en ce qui a trait à la motoneige et à la chasse. « On a perdu 8000 acres de terrain développables en zone blanche lors de la vente de terrains de la Domtar à Potton et on n’a jamais été consultés là-dessus. Quand on enlève 50 % des terrains à une communauté, ça fait mal », a expliqué le maire, qui dit devoir être à l’écoute de ses concitoyens.

 

« Il y a des limites à cette réserve. On veut être capable de gérer notre territoire. Les montagnes sont là pour tout le monde. Des terrains ont été loués à des étrangers alors que les gens d’ici n’ont plus le droit de passer. On veut redonner l’accès aux gens d’ici »,plaide-t-il.

 

Interrogé sur l’impact du bruit et de l’activité humaine que pourrait avoir ce type d’événements à deux pas de l’aire protégée, Louis Pierre Veillon affirme que le site sera éloigné de toute habitation, et que les « animaux sont capables de tolérer le bruit ». Selon lui, l’expérience passée a démontré que les animaux s’accommodent du bruit, notamment dans les zones d’exploitation forestière.

 

Mais selon Joël Bonin, de CNC, le nombre de décibels et une imposante présence humaine sont incompatibles avec la mission de la réserve, qui abrite plusieurs espèces animales et végétales rares, dont le faucon pèlerin et la grive de Bicknell. « Certaines aires contiennent même des forêts très anciennes, qui n’ont jamais été coupées », a-t-il ajouté, pour illustrer le caractère unique de ce territoire.

 

L’organisme qui veille à la protection de la réserve naturelle des Montagnes-Vertes et patrouille ses quelque 125 km de sentiers est lui aussi troublé par l’attitude de la municipalité . « Il a déjà des incursions fréquentes de motorisés dans la réserve. Ça ne va qu’attirer davantage une clientèle dont les pratiques ne sont pas conformes avec l’endroit », déplore Mélanie Lelièvre, directrice générale de Corridor appalachien.

11 commentaires
  • Louis Lamarre - Abonné 3 juillet 2014 07 h 39

    À contre-courant...

    Quand je pense que ç'a été la croix et la bannière pour obtenir un permis de réparation de notre étang situé dans la même municipalité J'imagine que le ministère de l'Environnement viendra aussi vérifier l'impact de ces véhicules cracheurs de décibels, dégouttants d'huile et ravageurs de ruisseaux sur «le bassin versant» ? Quelle décision minable et indigne d'un schéma de développement moderne.

  • Guy Beausoleil - Abonné 3 juillet 2014 07 h 45

    Richesse

    Alors M. le Maire on veut créer de la richesse? À qui? Au propriétaire de la station d'essence et au restaurant du coin?
    C'est le risque de donner le pouvoir de développement régional à de petits rois inconséquents.

  • Richard Taschereau - Abonné 3 juillet 2014 07 h 54

    Une de plus

    Et bien voilà une autre grande décision des élus municipaux....bravo voilà des gens qui ont des idées , une vision...des projets....quoi de mieux que des motoneiges bruyantes rugissantes et polluantes pour faire rayonner sa région ? ...et bien ajoutons les motocross durant l'été question d'attirer la fleur du tourisme ...ajouter un dollarama et un Boston pizza et voilà l'économie est repartie. Ne vous manque qu'un peu d'exploitation de gaz de schiste monsieur le maire et on vous invite à un dîner de cons!

  • francois landry - Inscrit 3 juillet 2014 08 h 50

    tenez donc...

    « Il y a des limites à cette réserve. On veut être capable de gérer notre territoire. Les montagnes sont là pour tout le monde."

    Tiens donc il veux de l'indépendance tout en gardant ses montagnes.

  • Catherine Cecile DUBUC - Inscrite 3 juillet 2014 09 h 30

    Pas croyable

    Les bras m'en tombent
    Ah! Avoir 3 ans et «faire des crises» pour avoir ce que l'on veut!!!
    Manifestement, ça marche longtemps, cette stratégie intimidante...
    Gageons que si ces motorisés tout acabit étaient rapides mais sans bruit, ils n'en voudraient pas! «FAUT le vacarme voyons: ça fait partie de l'affaire!»
    Et voila.
    Bon vacarme, alors !
    CCD Québec

    • Patrick Lépine - Inscrit 3 juillet 2014 10 h 41

      Il commence à y avoir des modèles électriques, et certains semblent tellement performants, qu'ils doivent être munis de contrôleurs électroniques pour pouvoir en faire un bon usage.

      Les problèmes d'ajustement de classes et catégories, se font aussi sentir, puisque de petits modèles, sont aussi puissants que les plus gros à essence.

    • Patrick Lépine - Inscrit 3 juillet 2014 10 h 52

      Je suis tombé sur cette page, on voulant sortir un court catalogue des modèles existants sur le marché, ou en développement, et je suis tombé là-dessus...

      http://www.aveq.ca/actualiteacutes/ktm-canada-nous


      Ça explique pas mal de choses je pense.