Washington s’inquiète du déclin des abeilles

Les abeilles ont connu des pertes considérables dans leur population ces dernières années.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Les abeilles ont connu des pertes considérables dans leur population ces dernières années.

Prenant finalement acte des risques importants associés au déclin marqué des colonies d’abeilles aux États-Unis, l’administration Obama vient d’ordonner une évaluation des effets des pesticides sur ces insectes. Une décision qui survient alors que la mortalité est telle que leur survie à long terme n’est plus assurée.

La Maison-Blanche a donc annoncé vendredi qu’elle a demandé à l’Agence de protection de l’Environnement (EPA) « d’évaluer l’effet des pesticides, y compris des néonicotinoïdes, sur la santé des abeilles et autres pollinisateurs, et de prendre des mesures le cas échéant » dans les 180 jours. Pour le moment, l’EPA précise sur son site Internet que les États-Unis « n’interdisent actuellement pas, ni ne restreignent sévèrement, l’usage de pesticides néonicotinoïdes ».

Le décret signé par le président Obama appelle également à la mise en place, dans les six prochains mois, d’une stratégie globale entre les différentes agences gouvernementales afin de protéger les pollinisateurs en améliorant leur habitat.

« Ces dernières décennies, il y a eu des pertes significatives parmi les pollinisateurs, y compris les abeilles à miel, les abeilles indigènes, les oiseaux, les chauves-souris et les papillons », a déclaré M. Obama. « Il s’agit d’un grave problème qui nécessite une attention immédiate », a-t-il souligné.

Déclin inquiétant

Il est vrai que les États-Unis sont de plus en plus confrontés à un déclin marqué des colonies d’abeilles. En fait, les pertes sont si importantes que leur survie à long terme n’est plus du tout assurée, soulignait le mois dernier un rapport gouvernemental américain.

Selon les données publiées par le ministère américain de l’Agriculture (USDA), la mortalité a éliminé pas moins de 23,2 % des colonies au cours de l’hiver dernier. Ce taux est cependant légèrement moins élevé que celui de l’hiver précédent, au cours duquel 30 % des colonies avaient disparu.

Reste que selon l’USDA, les taux de mortalité des dernières années sont tellement élevés qu’ils compromettent littéralement la survie des abeilles à long terme. Sans que les experts s’accordent sur un facteur déterminant, quelque 30,5 % en moyenne des colonies d’abeilles meurent chaque année depuis l’hiver 2006-2007.

Le risque que cela représente pour la population est d’ailleurs bien réel, puisque pas moins de 25 % des cultures américaines dépendent directement de la pollinisation des abeilles. La Californie, l’État le plus gourmand en abeilles, est la plus touchée par ces pertes. Pour sa seule production d’amandes, cet État de l’ouest des États-Unis a besoin de 1,5 et 1,7 million de colonies, soit 60 % des abeilles élevées dans le pays.

Insecte essentiel

Les abeilles, dont le nombre disparaît dangereusement, sont responsables, par leur pollinisation, de plus d’un tiers de notre alimentation. Au total, ce sont 80 % des plantes à fleurs qui sont pollinisées par les insectes comme les abeilles, les bourdons ou encore les papillons.

Mais depuis quinze ans, le nombre d’essaims disparaît mystérieusement sur toute la planète, un phénomène baptisé Syndrome d’effondrement des colonies. Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30 % chaque année depuis 2007 en Europe. Et le phénomène prend aussi de plus en plus d’ampleur en Amérique du Nord.

Ce processus a été imputé à tout un faisceau de causes, à commencer par les pesticides, d’où la décision de la Commission européenne d’en interdire plusieurs l’an dernier.

En 2011, le programme des Nations unies pour l’environnement avait dénombré douze facteurs pouvant expliquer la mortalité des abeilles, surtout dans l’hémisphère nord industrialisé : outre les pesticides, il pointait surtout du doigt la pollution de l’air, la réduction du nombre de plantes à fleurs et un parasite mortel (le varroa). D’autres spécialistes blâment l’extension de la monoculture, qui amenuise la diversité de la flore nécessaire aux abeilles, et du même coup leur résistance immunitaire.


Avec l’Agence France-Presse

8 commentaires
  • Danielle - Inscrit 20 juin 2014 16 h 33

    C'est dingue comment les gens s'inquiètent du fait des abeilles ou autres organismes vivants dont les humains. Les autorités s'inquiètent alors que bien des scientifiques ont vu venir l'affaire il y a déjà un bon moment. L'être humain est comme ça semble t'il. On lui dit qu'il doit intervenir rapidos dans tel domaine au risque d'une dérioration. Il n'en fait rien et quand la détérioration arrive, renverser la vapeur est beaucoup plus difficile. On est des drôles de bébittes nous les humains. C'est toujours très très long avant que l'on comprenne quelque chose et souvent il est trop tard.

  • Claude Lachance - Inscrite 20 juin 2014 16 h 40

    Le réveil rural de big brother? Et Monsanto?

    • Gilles Théberge - Abonné 21 juin 2014 12 h 06

      En effet et c'en est presque risible. Monsanto est un acteur de premier ordre dans le déclin des abeilles. Et Monsanto est un fleuron de l'industrie agro alimentaire américaine.

      Obama n'a pas pu réussir à fermer Guantanamo malgré une déclaration officielle dès sa première élection. Est-ce qu'il y a des naïfs dans la salle qui pensent que les américains vont faire ce qu'il faut pour sauver les abeilles?

  • Roland Guerre - Inscrit 21 juin 2014 09 h 23

    Maya

    Immortalisée par la série Maya l'abeille, notre amie est en danger, depuis des décennies. Une politique vigoureuse de sauvetage, de protection, s'impose. Ne négligeons pas l'avertissement d' Einstein : après la disparition desabeilles, notre espèce n'aura que quatre ans, avant de disparaître à son tour. La fréquentation de nos jardins témoigne de la raréfaction de nos amies, des pollinisateurs. Quel recul, en quarante ans ! L'urgence est là !

    • Christian Méthot - Inscrit 21 juin 2014 15 h 12

      C'est une citation qui est attribuée à tort à Einstein, malheureusement ! Faites vos recherches...

      D'ailleurs, ce sont loin d'être toutes les plantes qui dépendent des abeilles pour se reproduire.

      La disparition des abeilles est certes un phénomène inquiétant, mais ce n'est pas demain la veille que l'humanité s'éteindra.

    • Pierre Boutet - Inscrit 22 juin 2014 07 h 54

      @ Christian Methot

      Sans prétendre que l'humanité pourrait s'éteindre, une famine, causée par le manque de denrées alimentaires, pourrait être catastrophique.

      Je pense qu'on peut se réjouir que le pays le plus puissant de la planète ait en tête le principe de précaution.

  • Josette Allard - Inscrite 22 juin 2014 07 h 04

    Einstein ou pas...

    C'est préoccupant et nos politiciens et chacund'entrenousdevraient s'en préoccuper. La chasse aux pissenlits par herbicide et à certains insectes par pesticide est dommageable et pourtant nombreux sont ceux qui recourent sa ces moyens pour avoir un "beau gazon".