Ottawa répond aux désirs des géants pétroliers

Le terminal de l’oléoduc doit être construit à Kitimat, dans le nord de la Colombie-Britannique.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le terminal de l’oléoduc doit être construit à Kitimat, dans le nord de la Colombie-Britannique.

Malgré l’ampleur de la controverse soulevée par le projet Northern Gateway, le gouvernement Harper a approuvé mardi la construction de ce pipeline d’Enbridge qui permettra d’exporter du pétrole des sables bitumineux vers l’Asie. Une bonne nouvelle pour l’industrie de l’énergie fossile, mais une décision dénoncée par les partis d’opposition et les groupes environnementaux.

 

Le ministre des Ressources naturelles Greg Rickford a annoncé le feu vert d’Ottawa par la voie d’un simple communiqué publié en fin de journée mardi. Aucun ministre du gouvernement conservateur ne s’est donné la peine d’expliquer de vive voix la décision.

 

Dans sa brève missive, le ministre Rickford a surtout souligné que le gouvernement demande à la pétrolière de se conformer aux conditions formulées l’an dernier par une commission fédérale, et ce, avant la réalisation du projet. « Il incombe maintenant au promoteur du projet de démontrer à l’organisme de réglementation indépendant qu’est l’Office [national de l’énergie] comment il se propose de remplir les 209 conditions », a-t-il écrit.

 

La multinationale Enbridge a déjà accepté de répondre à ces conditions, que les groupes environnementaux jugent peu contraignantes. Il s’agit essentiellement d’élaborer certaines mesures de protection environnementale pour des espèces qui subiront des impacts en raison du projet. La multinationale doit aussi démontrer qu’elle aura des moyens financiers suffisants pour réagir à un déversement pétrolier, dont une couverture d’assurance de 950 millions de dollars. Or, une telle catastrophe provoquée par un pipeline d’Enbridge au Michigan en 2010 a déjà coûté plus d’un milliard de dollars en frais de nettoyage.

 

Du pétrole pour l’Asie

 

Le projet Northern Gateway doit théoriquement être complété d’ici trois ans. La pétrolière albertaine prévoit en fait de construire deux pipelines. Un premier, d’un diamètre d’un mètre, servira à transporter quotidiennement 525 000 barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers un port qui se construit à Kitimat, en Colombie-Britannique. De là, le brut sera expédié vers les marchés prometteurs de l’Asie.

 

D’autres navires doivent venir décharger à Kitimat du condensat de gaz naturel qui sera expédié dans un deuxième pipeline afin de servir à l’exploitation des sables bitumineux. Les évaluations préliminaires indiquent que plus de 200 pétroliers devraient circuler dans ce secteur chaque année lors de l’exploitation des pipelines. Ces navires traverseront un milieu naturel reconnu pour sa grande biodiversité et composé de passages n’excédant pas trois kilomètres de largeur en certains endroits.

 

Le pipeline de la colère

 

La décision favorable d’Ottawa a suscité immédiatement de multiples condamnations, en premier lieu de la part des trois chefs de l’opposition. Autant Thomas Mulcair que Justin Trudeau et Elizabeth May se sont engagés à annuler la construction de ce pipeline si leur formation politique devait être portée au pouvoir en 2015.

 

Selon M. Mulcair, c’est de la « folie furieuse » de faire circuler d’énormes pétroliers le long des côtes virginales de la Colombie-Britannique. « Le NPD a confiance que rien de tout ceci ne sera construit avant l’élection de 2015. Et nous mettrons cette décision de côté [une fois élus]. »

 

M. Mulcair a dit préférer le transport vers l’est plutôt que l’ouest, mais il n’a pas expliqué en quoi le passage de pétroliers pouvant transporter 200 000 tonnes de brut — soit cinq fois la quantité déversée par l’Exxon Valdez en 1989 — sur le fleuve Saint-Laurent serait plus acceptable. Le projet de pipeline vers le Québec piloté par TransCanada transporterait 1,1 million de barils de pétrole par jour. C’est deux fois plus que celui d’Enbridge, dénoncé à plusieurs reprises par le NPD.

 

« Si je mérite l’honneur de servir comme premier ministre, le pipeline Northern Gateway ne verra pas le jour », a pour sa part promis Justin Trudeau. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’aucun pipeline n’aboutirait sur la côte ouest sous sa gouverne, a-t-il reconnu. Selon M. Trudeau, un tel projet doit cependant obtenir un aval de la société civile, ce qu’il n’a pas eu.

 

Les trois chefs ont mis au défi les 21 députés conservateurs de la Colombie-Britannique (sur un total de 36) de défendre cette décision, qui est très contestée dans la province. Même la première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, estime que le projet ne respecte pas les conditions fixées par la province pour l’approbation de tout projet d’oléoduc.

 

Une opposition que n’ont pas manqué de rappeler les groupes environnementaux mardi. « Deux personnes sur trois en Colombie-Britannique n’en veulent pas, les Premières Nations n’en veulent pas et les résidants de Kitimat se sont prononcés contre le projet par référendum », a souligné Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

 

« Cette décision montre encore une fois que le gouvernement fédéral a l’intention d’exploiter les sables bitumineux à tout prix, malgré le fait que cela affectera les communautés, l’environnement et la planète », a ajouté Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada.

 

Production en hausse

 

Mais pour l’industrie pétrolière albertaine, Northern Gateway est un projet essentiel pour permettre la mise en marché de la production croissante des sables bitumineux. Celle-ci doit doubler d’ici la fin de la décennie. Ce projet favorisera donc la croissance de la production d’or noir, responsable en grande partie de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au Canada. Cette hausse doit conduire Ottawa à rater complètement ses cibles de réduction pourtant revues à la baisse depuis le retrait du protocole de Kyoto.

 

Par ailleurs, selon l’Institut Polaris, Enbridge serait responsable de pas moins de 804 déversements en Amérique du Nord entre 1999 et 2010.

 

C’est cette pétrolière qui doit inverser au cours des prochains mois le sens d’écoulement dans son pipeline 9B, vers l’est. Cela permettra de transporter quotidiennement 300 000 barils de brut de l’Ouest jusqu’à Montréal. Ce brut provenant des sables bitumineux et de pétrole de schiste sera raffiné au Québec.

 

Avec Marie Vastel

31 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 17 juin 2014 19 h 16

    Quel suspense !!!

    Était-ce si proche de ne pas être accepté?
    En tout cas, pour un titre pareil "Ottawa dit oui à Northern Gateway, mais sous conditions". Et les conditions??? Que ça rapporte gros dans la poche du groupuscule à cravate ;-)

    • Murray Henley - Inscrit 18 juin 2014 21 h 08

      Que croyez vous que Justin Trudeau va faire avec ce projet de pipeline lorsqu'il sera élu Premier Ministre, dans un peu plus de deux ans?

      Que va t-il dire d'ailleurs de ce projet lors de la prochaine campagne électorale?

      Est-ce quelqu'un croit que M. Trudeau va annuler ce projet? Il va être bien content de faire du millage politique dans l'Ouest canadien et d'encaisser les rentrées fiscales qui résulteront de l'exploitation des ressources pétrolières.

  • Serge Marchand - Inscrit 17 juin 2014 19 h 32

    Une invitation ???

    Le projet Northern Gateway pourrait être une cible des terroristes avec les politiques étrangères d'Harper.

    Si tel pourrait être le cas, les répercussions environnementales pourraient être désastreuses.

    Pour ceux qui croient qu'un tel acte n'est pas possible alors je répondrai que ce genre d'acte c'est produit aujourd'hui en Ukraine.

    http://www.zerohedge.com/news/2014-06-17/ukraine-r

  • Yves Dumouchel - Inscrit 18 juin 2014 00 h 15

    Oleoducs et environmentalistes.

    Pipeline "Enbridge' vient d'etre adopter mais dans l'arrogance des environmentalistes pour faire suivre le "projet comme des 'Pollueurs' et des dechets dans l'ecologie' sinon le petrole faudra le faire venir d'importation mais pour l'exporter fallait des "pipelines' pour l'acheminer, aux petroliers en zone portuaire soit le collecter par transports routiers et l'emmener aux containers, portuaires afin de l'exporter dans des usines de raffinement ,c'est compliquer mais "pour la distance' le pipeline serait de plus de "milliers de Kilometres" et cela coute moins que par route.Enfin c'est de la technologie"Cest astronomique ..semblerait-il attendons de voirla reaction des Premieres-Nations?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 juin 2014 12 h 33

      Que voulez-vous dire : "...dans l'arrogance des environ(ne)mentalistes etc. etc. etc.
      Vous êtes difficile à lire lorsque vous écrivez ainsi...mots provenant de l'anglais tel "environmentalist", phrases trop longues, on ne s'y retrouve plus, etc
      Vous auriez intérèt à utiliser un "correcteur" afin de ne pas heurter les
      lecteurs qui tiennent à une langue française bien écrite et compréhensible.
      Voilà mon commentaire cher monsieur...j'espère que vous comprendrez ma réaction...

  • Serge Marchand - Inscrit 18 juin 2014 04 h 20

    La roulette russe d'Harper

    Le projet Northern Gateway pourrait être une cible des terroristes avec les politiques étrangères d'Harper.

    Si tel pourrait être le cas, les répercussions environnementales pourraient être désastreuses.

    Pour ceux qui croient qu'un tel acte n'est pas possible alors je répondrai que ce genre d'acte semble malheureusement s'être produit produit hier en Ukraine.

    http://www.zerohedge.com/news/2014-06-17/ukraine-r

  • Philippe CAUCHI - Inscrit 18 juin 2014 06 h 31

    UNE MAUVAISE STRATÉGIE.

    Il faut être contre tout projet de pipeline.

    Car ils alimenteront la croissance de la Chine. Et nous devons fermer le robinet du pétrole à ce pays et non pas l’ouvrir.

    Si le Canada se trouve de nouveaux marchés pour son pétrole, son prix va malheureusement augmenter pour les Américains.

    Et de la même façon, contrairement aux mensonges d'Enbridge, le prix de l’essence ne baissera pas pour nous par l’arrivée de ce pétrole polluant d’Alberta. Car pourquoi ce pétrole nous serait-il vendu à rabais alors que les Chinois payeront le gros prix pour lui.

    Sans compter les risques environnementaux.

    • André Michaud - Inscrit 18 juin 2014 10 h 22

      On ne devrait pas vendre de pétrole à la Chine pour empêcher sa croissance?

      Décidément vous n'aimez pas les chinois pour voulir les contenir dans la pauvreté et éliminer des emplois en Chine..

      Pourtant si un jour est disponible une alternative au pétrole qui est efficace et très important abordable pour tous , ça viendra de Chine .