Le salage des routes en hiver écourte la vie des papillons

Alors qu’un accroissement modéré du sel peut avoir des effets bénéfiques, une quantité excessive est toxique et entraîne une plus grande mortalité, selon les scientifiques.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Alors qu’un accroissement modéré du sel peut avoir des effets bénéfiques, une quantité excessive est toxique et entraîne une plus grande mortalité, selon les scientifiques.

Le salage des routes en hiver paraît modifier le développement de certains papillons et écourter leur vie, selon une recherche aux États-Unis publiée, lundi.

 

Le chlorure de sodium, substance la plus économique, est la plus utilisée pour faire fondre la glace et la neige recouvrant les routes. De précédentes études ont déjà montré que le sel routier avait un impact sur l’écosystème des lacs et des rivières.

 

Pour cette étude parue dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) datés du 9 au 13 juin, les auteurs ont analysé le développement des papillons monarques et des papillons blancs qui se nourrissent de laiteron et de ses fleurs, une mauvaise herbe qui pousse très souvent sur le bord des routes.

 

«Les quantités de sel qui sont normalement limitées dans cet écosystème, jouent un rôle important dans le développement» de nombreuses espèces, explique Emilie Snell-Rood, une biologiste de l’Université du Minnesota, principal auteur de cette recherche.


Le monarque touché
 

Elle a surtout étudié le papillon monarque, qui est migrateur et considéré dans ce cas comme un modèle de recherche idéal vu qu’il se nourrit surtout de laiteron.

 

Ces biologistes ont comparé les papillons monarques élevés avec des laiterons ramassés à proximité d’une route dans le Minnesota et les mêmes plantes venues d’une prairie éloignée de toute chaussée.

 

Ils ont constaté que les herbes venant des bords de route peuvent avoir dans leurs tissus une teneur en sel jusqu’à trente fois supérieure à la normale.

 

Quand les papillons se nourrissent de ces herbes, leur taux de sel augmente aussi nettement, avec différents effets selon leur sexe.

 

Ainsi chez les mâles, le sel sur-développe les muscles utilisés pour voler tandis que chez les femelles c’est l’inverse. En revanche ces dernières voient la taille de leur cerveau augmenter, mais pas les mâles.

 

Alors qu’un accroissement modéré du sel absorbé peut avoir des effets bénéfiques chez ces papillons, une quantité excessive est toxique et entraîne une plus grande mortalité, ont constaté ces scientifiques.

 

Le taux de survie des chenilles des papillons monarques nourris de laiteron provenant des bords de route, contenant des taux élevés de sel, était nettement plus faible (40,5%) que chez celles élevées avec des herbes d’une prairie (58,2%).

 

Emilie Snell-Rood estime que des études similaires devraient être effectuées en zones urbaines où des quantités de sel encore plus importantes sont utilisées en hiver sur les chaussées, afin d’en évaluer l’impact sur d’autres organismes.

 

D’autres recherches ont déjà montré que le salage des routes peut brûler le feuillage des végétaux, dessécher leurs racines et modifier les propriétés des sols.

9 commentaires
  • Michel Vallée - Inscrit 9 juin 2014 22 h 40

    <<Les auteurs ont analysé le développement des papillons monarques et des papillons blancs qui se nourrissent de laiteron et de ses fleurs, une mauvaise herbe qui pousse très souvent sur le bord des routes>>



    Le <<laiteron>> en question est sans nul doute de l'Asclépiade (Asclepias syriaca), et ce n'est certes pas une <<mauvaise herbe>>...

    Il faudrait que le reporteur qui a pondu cet article se documente dans une édition de la Flore laurentienne du Frère Marie-Victorin

    • Dominique Cousineau - Abonnée 10 juin 2014 08 h 07

      C'est sans doute un cas de mauvaise traduction... Embêtante: ça n'aide pas les gens à correctement identifier la plante pour la préserver dans leurs jardins à l'intention des monarques. http://www.visoflora.com/photos-nature/photo-ascle

    • Victoria - Inscrite 10 juin 2014 08 h 12

      Exact, les « mauvaises herbes » sont inexistantes. Ce ne sont que des herbes indésirables que l’existence à des endroits spécifiques dérange certaines personnes pour divers motifs.
      Les plantes ont toutes un rôle à jouer à l’intérieur de l’écosystème. Faut faire avec !

      Technicienne agricole biologique

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 juin 2014 08 h 33

      Je pense qu'en anglais on l'appelle communément "milkweed" weed référant à mauvaise herbe...

  • Johanne Dion - Inscrit 10 juin 2014 07 h 56

    Eaux de reflux!

    Plusieurs états aux É.-U. utilisent les eaux usées générées par les fracturations hydrauliques, incluant le reflux, ce qui remonte à la surface après une fracturation. Imaginez les dommages causés par ces saumures qui sont non seulement toxiques, mais souvent radioactives!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 juin 2014 08 h 02

    Salage

    Et le non-salage des routes écourte la vie des automobilistes ! Question de priorité.

    PL

    • André Michaud - Inscrit 10 juin 2014 10 h 06

      Vous m'enlevez les mots de la bouche..

    • Michel Vallée - Inscrit 10 juin 2014 11 h 11

      @Pierre Lefebvre

      << Le non-salage des routes écourte la vie des automobilistes >>

      On ne sale pas les routes ni en Abitibi ni dans les provinces de l’Ouest, et on en meurt pas nécessairement.

      (Le salage des routes est inefficace au-dessous de -10 C° )

    • Simon Chamberland - Inscrit 10 juin 2014 12 h 01

      Il y aurait moyen de mieux saler les routes. Ajouter des résidus sucrés, donc collants, permet de garder plus de sel et plus longtemps sur la route, ce qui permet de réduire les quantités requises. Ça se fait ailleurs en Amérique du Nord, mais étrangement, très peu au Québec.