Le plan Obama pour le climat

Le dôme du Capitole, à Washington, aperçu derrière les rejets émis par l’unique centrale au charbon de la capitale américaine.
Photo: Jim Lo Scalzo Newscom Le dôme du Capitole, à Washington, aperçu derrière les rejets émis par l’unique centrale au charbon de la capitale américaine.

Dans un geste politique pour le moins audacieux pour un président américain, Barack Obama a annoncé lundi son intention de mettre en place de nouvelles normes censées réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques. Une décision qui démontre une volonté de regagner une certaine crédibilité dans les négociations internationales sur le climat, en plus de mettre davantage de pression sur le gouvernement Harper.

 

Selon le plan dévoilé par l’Agence de protection de l’environnement (EPA), les centrales qui produisent l’électricité aux États-Unis devront globalement réduire leurs émissions de 30 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

 

Un tel effort de réduction est d’autant plus important que les centrales du pays génèrent environ un tiers de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Il faut dire que le charbon, considéré comme le pire combustible fossile, est encore largement utilisé chez nos voisins du sud. Il fournit près de 40 % de l’électricité du pays, devant le gaz naturel (30 %) — en croissance en raison du gaz de schiste — et le nucléaire (19 %). L’an dernier d’ailleurs, en raison des prix plus élevés du gaz naturel, les États-Unis ont brûlé davantage de charbon, pour une moyenne mensuelle de 35 millions de tonnes.

 

Le président Obama voit donc dans son plan la pièce maîtresse autour de laquelle doit s’articuler la lutte contre les changements climatiques. « Ces nouvelles normes nous aideront à laisser à nos enfants un monde plus sûr et plus stable », a d’ailleurs lundi déclaré le président américain lors d’une conférence téléphonique.

 

Mais le climat est un dossier politiquement explosif dans un pays où plusieurs élus contestent la réalité des changements climatiques, alors que d’autres s’interrogent sur la responsabilité de l’activité humaine dans la pire crise environnementale de l’histoire. L’administration démocrate a donc décidé de passer par la voie de la réglementation en s’appuyant sur la Loi sur la propreté de l’air (Clean Air Act).

 

L’EPA prévoit de parachever sa réglementation d’ici un an. Chaque État devra ensuite proposer, d’ici juin 2016, son plan d’action détaillé pour atteindre l’objectif fixé. Un État pourra par exemple décider de fermer certaines centrales vieillissantes, d’encourager le développement du solaire ou de l’éolien, ou encore de mettre des mécanismes en place pour réduire la consommation énergétique des ménages. L’implantation de marchés du carbone fait aussi partie du panier de solutions.

 

Signal fort

 

La commissaire européenne au Climat, Connie Hedegaard, a salué la décision en disant qu’il s’agissait de « la plus forte jamais prise par un gouvernement américain pour combattre le changement climatique ». La responsable climat de l’ONU, Christiana Figueres, a pour sa part jugé que ce projet enverrait « un signal positif » aux pays du monde entier, en démontrant que « l’un des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre prend l’avenir de la planète et de ses habitants au sérieux ».

 

M. Obama a effectivement voulu envoyer un « message » à la communauté internationale, affirme Hugo Séguin, spécialiste de la question climatique et enseignant à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. « Depuis des années, les États-Unis sont à la traîne dans la lutte contre les changements climatiques. En fait, ils ne font pas ce qu’ils devraient faire en tant que pays développé, riche et historiquement le premier producteur de gaz à effet de serre. On peut dire qu’ils sont loin de faire leur part, surtout lorsqu’on les compare à l’Europe, par exemple. »

 

Or, Barack Obama souhaite selon lui léguer un « héritage » politique positif sur la question climatique. L’administration américaine espère en outre démontrer sa volonté d’agir, à un peu plus d’un an de la rencontre de Paris. C’est là que les 190 États qui négocient sous l’égide des Nations unies doivent parvenir à un accord sur le climat dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2020.

 

« Ils doivent élaborer ce plan pour demeurer crédibles dans la négociation, estime M. Séguin, qui participe chaque année au cycle de négociations climatiques internationales. Démontrer leur capacité de mettre en oeuvre des mesures de réduction des gaz à effet de serre est une porte d’entrée dans la négociation. »

 

Message à Ottawa

 

Hugo Séguin voit aussi dans le plan Obama un message clair pour le gouvernement de Stephen Harper, qui a toujours dit vouloir suivre les objectifs de Washington dans le dossier du climat. « La décision américaine met de la pression supplémentaire sur le gouvernement canadien pour qu’il s’attaque à notre principale source de croissance des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire le pétrole et le gaz. »

 

À Ottawa lundi, le gouvernement conservateur a toutefois plus ou moins laissé entendre que les États-Unis étaient deux ans en retard sur le Canada. « Nous avons annoncé des règles pour ce secteur il y a deux ans, a lancé M. Harper à la Chambre des communes. Non seulement avons-nous agi, mais en vertu des règlements que ce gouvernement a mis en avant, nos réductions seront 150 % plus importantes que celles des États-Unis. Nous agissons plus tôt, nous agissons de manière plus importante. »

 

Les partis d’opposition ont été prompts à dénoncer ce qu’ils considèrent comme de la malhonnêteté intellectuelle. Bien qu’annoncées en 2012, les mesures canadiennes n’entreront en vigueur qu’en 2015. Mais, surtout, les centrales au charbon n’ont pas, au Canada, l’importance qu’elles ont aux États-Unis. Pour faire un geste d’importance équivalente, font-ils valoir, il faudrait que le Canada s’attaque aux émissions du secteur pétrolier et gazier, ce qu’il ne fait pas et n’a plus l’intention de faire.

 

« Nous n’avons pas de réglementation en ce sens, fait justement valoir Hugo Séguin. Le cadre réglementaire est promis et reporté depuis des années. Or, l’administration américaine vient de démontrer qu’elle est prête à faire un geste sérieux. Est-ce que le Canada est prêt à faire un geste similaire ? C’est la véritable question. »

 

Selon les dernières données disponibles, à moins de consentir des efforts supplémentaires majeurs, le Canada ratera complètement les cibles de réduction de gaz à effet serre pourtant revues à la baisse par les conservateurs. Les émissions devraient plutôt grimper, alimentées par les pétrolières qui exploitent les sables bitumineux albertains.

3 commentaires
  • Odette Bernier - Abonnée 3 juin 2014 07 h 30

    Pour les délinquants..........

    Trop peu, trop tard

  • François Tanguay - Abonné 3 juin 2014 09 h 06

    une seule priorité!

    La seule priorité pour le Canada, s'il doit s'assumer du point de vue des GES: sortir Harper du pouvoir aussi cavalièrement qu'il nous a sorti du protocole de Kyoto. Cet homme ne cesse de détruire le pays, son tissus social. ùle plus beau cadeau pour Paris...anything but Harper!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 juin 2014 21 h 29

    Superbe photo !

    Elle mérite un prix.