Un sursis qui pourrait être dévastateur pour les bélugas

Si les forages sont menés au cours de l’été, les risques seront encore plus importants pour les bélugas. À partir de la mi-juin, la mise bas débute dans ce secteur considéré comme la pouponnière du Saint-Laurent.
Photo: GREMM Si les forages sont menés au cours de l’été, les risques seront encore plus importants pour les bélugas. À partir de la mi-juin, la mise bas débute dans ce secteur considéré comme la pouponnière du Saint-Laurent.

Même si elle estime que seul le gouvernement fédéral a autorité sur son projet Oléoduc Énergie Est, la pétrolière TransCanada accepte finalement d’attendre une décision de Québec concernant ses forages à Cacouna avant d’aller de l’avant. L’autorisation ouvrirait la porte à des travaux qui pourraient être menés au cours de la période la plus risquée de l’année pour les bélugas.

 

L’entreprise albertaine s’est présentée en cour vendredi afin de plaider sa cause face à quatre groupes environnementaux qui ont présenté une demande d’injonction pour bloquer le début des forages en milieu marin. Selon le libellé de la requête, TransCanada devrait absolument obtenir une autorisation de Québec en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement avant de procéder.

 

La pétrolière vient d’ailleurs tout juste d’en faire la demande, a-t-on appris vendredi. En fait, bien qu’elle ait déposé le 9 avril une demande d’autorisation auprès du gouvernement fédéral, une telle démarche n’avait pas encore été menée auprès des autorités provinciales. L’entreprise a finalement demandé un certificat d’autorisation jeudi, soit la veille de l’audience concernant l’injonction déposée par les groupes environnementaux.

 

En attendant la décision du ministère de l’Environnement du Québec, TransCanada a convenu de suspendre le début des travaux pour une période d’au moins 10 jours.

 

Les groupes environnementaux ont salué cette décision à la sortie de l’audience. Mais la bataille juridique risque de se poursuivre. « Paradoxalement, TransCanada demande un permis du Québec tout en continuant d’affirmer que Québec n’a pas juridiction sur son projet. Ce dossier reviendra donc inévitablement devant les tribunaux », a fait valoir l’avocat des requérants, Me Michel Bélanger.

 

Travaux à venir

 

Cette entente ne signifie en rien l’arrêt du projet de port destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux. TransCanada entend bel et bien poursuivre les travaux cette année, a confirmé son porte-parole, Philippe Cannon. « Quand nous aurons l’ensemble des autorisations pour aller de l’avant, nous continuerons d’aller de l’avant », a-t-il également souligné.

 

Qu’adviendra-t-il si Québec refuse le certificat d’autorisation ? « On verra en temps et lieu », a dit M. Cannon. TransCanada estime cependant que la décision définitive concernant son projet Oléoduc Énergie Est revient à l’Office national de l’énergie. « Le projet Énergie Est, puisqu’il traverse six provinces, est sous autorité fédérale », avait souligné Philippe Cannon lors du dépôt de la description du projet, en mars. L’entreprise a néanmoins inscrit 18 lobbyistes au registre québécois relativement à ses projets pétroliers dans la province.

 

TransCanada a déjà obtenu l’autorisation d’Ottawa pour procéder à des forages dans le Saint-Laurent. Celle-ci est valide jusqu’en novembre. Elle couvre donc toute la période de fréquentation de ce secteur essentiel pour les bélugas.

 

Si les forages sont menés au cours de l’été, les risques seront d’ailleurs encore plus importants pour les animaux, estime Robert Michaud, qui étudie ces mammifères depuis plus de 30 ans. Le secteur de Cacouna est considéré comme la pouponnière de l’espèce dans le Saint-Laurent. Or la période de mise bas s’étend de la mi-juin à la mi-août. Cela signifie que non seulement les femelles seront menacées par les travaux, mais aussi leurs jeunes, âgés de quelques jours à quelques semaines.

 

Puisque les chercheurs ont déjà constaté un déclin marqué des bélugas au cours de la dernière décennie, M. Michaud juge qu’il faudrait tout mettre en oeuvre pour protéger les secteurs très fréquentés, comme Cacouna. « Il ne faut pas construire un port pétrolier en plein coeur de cette zone essentielle », plaide le scientifique. Mais selon M. Cannon, Cacouna est le seul choix de la pétrolière albertaine.

 

Le projet de pipeline Énergie Est permettra de transporter dès 2018 plus d’un million de barils de pétrole chaque jour vers le Nouveau-Brunswick, en passant par le Québec. C’est dans ce cadre que sera construit un port à Cacouna afin de charger des navires de pétrole en vue de l’exporter. Ces pétroliers pourraient transporter jusqu’à un million de barils de pétrole.

2 commentaires
  • Marie Saint-Arnaud - Abonné 26 mai 2014 18 h 48

    Surveillance citoyenne

    On voit bien que la surveillance citoyenne, conjuguée aux efforts des groupes environnementaux et des scientifiques est essentielle pour protéger le fleuve et ses espèces en situation précaire. Sinon, qui le fera?... alors que le gouvernement Harper a délaissé ses responsabilités en la matière et qu'on attend la position des libéraux à Québec. Notre devoir et notre pouvoir de citoyens réside également dans la réduction de notre consommation de pétrole. Il faut s'y mettre!

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 27 mai 2014 09 h 08

    Dix ans bientôt !

    Ce port déjà construit en eau profonde depuis plus d'une trentaine d'années, fait l'objet d'études, depuis 2004, afin de servir..., a remplir son rôle économique, y compris le marché des hydrocarbures, à condition bien sûr de respecter les normes prévus pour l'environnement. La surveillance, citoyenne comme celle des autorités, se doit d'être plus technique que d'être émotive, point à la ligne...