Strateco s’en prend au président de la commission d’enquête du BAPE

Louis-Gilles Francoeur préside la commission du BAPE qui se penchera sur l'exploitation de l'uranium.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Archives Louis-Gilles Francoeur préside la commission du BAPE qui se penchera sur l'exploitation de l'uranium.

La minière Strateco veut la tête du président de la commission d’enquête du BAPE sur les enjeux de la filière uranifère, Louis-Gilles Francoeur. Elle attaque en fait directement son travail de journaliste lorsqu’il était à l’emploi du Devoir.

 

« Il nous apparaît évident que Monsieur Francoeur n’a ni la neutralité ni même la légitimité requise pour présider les travaux de la commission. Les commentaires exprimés à maintes reprises par monsieur Francoeur alors qu’il était en poste au journal Le Devoir ne laissent aucun doute sur sa partialité », a déclaré Guy Hébert, président et chef de la direction de Strateco, par voie de communiqué.

 

« Alors que le gouvernement de Philippe Couillard a clairement indiqué son intention de relancer le Plan Nord, il nous apparaît essentiel de rebâtir la crédibilité du Québec en s’assurant de se distancer des nominations faites par l’ancien ministre Daniel Breton avant qu’il ne soit obligé de démissionner dans l’embarras », a ajouté Guy Hébert.

 

À défaut que le BAPE n’obtempère à la demande de Strateco, « des procédures seront entreprises devant la Cour supérieure afin d’obtenir la récusation de M. Francoeur ».

 

Remarquable carrière

 

Louis-Gilles Francoeur a oeuvré comme journaliste au quotidien Le Devoir depuis 1973. Au moment de son départ du Devoir, il était le doyen des reporters en environnement au Canada et l’un des premiers journalistes en Amérique du Nord à couvrir ce secteur sur une base régulière. C’est également le premier à avoir amené au Québec le concept de gestion par bassins versants, un principe aujourd’hui reconnu de tous.

 

Il a suivi tous les dossiers qui sont passés devant le BAPE, du Suroît aux gaz de schiste, en passant par Orford et les grands projets hydroélectriques. Il a reçu de nombreux prix pour son oeuvre journalistique et a été nommé, en 2000, au cercle des Phénix de l’environnement.

 

Arrêt des travaux du BAPE

 

L’entreprise Strateco demande en outre la fin de l’évaluation environnementale de l’uranium qui vient de débuter sous l’égide du BAPE « en raison de son inutilité ». La minière estime aussi que cet examen de la controversée filière uranifère coûtera trop cher.

 

Ce BAPE vient à peine de débuter ses préconsultations à Montréal. La commission, présidée par Louis-Gilles Francoeur, se déplacera ensuite dans une douzaine de villes de la province, de Mont-Laurier à Kuujjuaq en passant par Chibougamau, Sept-Îles et Québec.

 

D’ici la mi-juin, la commission donnera l’occasion aux citoyens, aux groupes de la société civile, mais aussi aux entreprises minières de faire part de leurs opinions sur l’exploitation de l’uranium au Québec. Cet automne, une période de « questionnement et d’information » est aussi prévue et plus tard dans l’année, il y aura « la présentation des mémoires ».

 

Hypothéquer l’avenir

 

Mardi soir, le président de Coalition canadienne de la responsabilité nucléaire, Gordon Edwards, a signalé que l’exploitation de l’uranium risquait d’hypothéquer l’avenir des prochaines générations. « Il faut savoir que 85 % de la radioactivité contenue dans le minerai reste dans les résidus d’uranium, et ces substances sont plus dangereuses que l’uranium en soi. Alors qui risque de payer la note ? », a demandé M. Edwards, qui est l’une des sommités en physique nucléaire au pays.

 

Pour le moment, aucune mine d’uranium n’est exploitée au Québec. En mars 2013, l’ancien ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet avait décrété un moratoire sur l’uranium le temps de permettre au BAPE d’évaluer « les impacts environnementaux, sociaux et économiques » de ce minerai. Cette mesure a été dénoncée par la compagnie Ressources Strateco, dont le projet Matoush, situé dans les monts Otish, est le plus avancé à l’heure actuelle. L’entreprise a d’ailleurs lancé des procédures judiciaires contre le gouvernement.