L’oubli guette le débat sur le gaz de schiste

Alors que le rapport de l’évaluation environnementale stratégique a été dévoilé en février, la balle est maintenant dans le camp du BAPE, qui se penche pour une seconde fois sur la filière du gaz de schiste.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alors que le rapport de l’évaluation environnementale stratégique a été dévoilé en février, la balle est maintenant dans le camp du BAPE, qui se penche pour une seconde fois sur la filière du gaz de schiste.

Les chercheurs qui ont alimenté l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur le gaz de schiste craignent que leurs études tombent dans l’oubli.

 

« Le risque, c’est qu’on prenne des décisions en contradiction avec les données scientifiques », déplore Gilles Côté, du Secrétariat international francophone pour l’évaluation environnementale.

 

Plusieurs des chercheurs à l’origine des 73 études produites dans le cadre de l’EES sur le gaz de schiste étaient réunis à l’occasion d’un colloque dans le cadre du congrès de l’Acfas, jeudi.

 

« Le problème majeur, c’est que l’information est peu utilisée pour alimenter le débat social, selon M. Côté. C’est le côté tragique, nous avons mis beaucoup d’énergie et d’argent dans ces études, mais rien ne dit qu’elles se refléteront dans les décisions », dit Jean-Philippe Waaub, professeur au Département de géographie de l’UQAM.

 

« C’était tout de même la première fois au Québec que les scientifiques étaient sollicités pour une EES, c’est donc, tout de même, un moment historique même si nous ne savons pas ce que le gouvernement en fera », dit Christiane Gagnon, de l’UQAC.

 

Alors que le rapport de l’EES a été dévoilé en février, la balle est maintenant dans le camp du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui se penche pour une seconde fois sur la filière du gaz de schiste. Les audiences, qui ont débuté en mars, se poursuivent en juin. « Le défi, ce sera maintenant d’arrimer tout ça pour que le BAPE et le gouvernement sachent quoi en faire », selon Mme Gagnon. Le rapport de février ne fermait pas la porte à l’industrie, mais soulignait plusieurs risques liés à cette filière énergétique controversée.

 

Les basses terres, zone sensible

 

La professeure Christiane Gagnon, spécialiste de l’évaluation des impacts sociaux du développement, a produit une carte unique des zones « sensibles » des basses terres du Saint-Laurent pour l’EES. Ces zones sensibles recoupent plusieurs caractéristiques, comme la présence de terres agricoles, de milieux humides, de lieux archéologiques, de zones urbaines, de forêts, par exemple.

 

Sa cartographie montre que des zones de sensibilité « extrême » chevauchent des zones où la présence de gaz de schiste est soupçonnée. « On voit cette occurrence le long du fleuve Saint-Laurent et dans la Vallée-du-Richelieu », relève Mme Gagnon. Les zones très sensibles représentent 9 % du territoire des basses terres, contre 7 % pour les zones « extrêmement » sensibles.

7 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 16 mai 2014 07 h 03

    L'oubli! ?

    L'oubli! ? Nan! La négligence, l'abandon, l'inconscience, l'aveuglement volontaire ou pas mais l'oubli, certainement pas. Le plus logique serait de protéger les seules terres agricoles que nous ayons au Québec mais la cupidité pousse nos bons gouvernements à faire des trous partout, des pipelines, des sous...

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 16 mai 2014 07 h 18

    Une chance...

    On s'est donné un gouvernement Libéral, alors on peut dormir tranquille car un "risque" N'EST PAS une "VRAIE AFFAIRE", donc tous ceux qui craignent, à l'évidence craignent pour rien et retardent le Québec dans sa course à la création de la richesse pour tous; ça tombe sous le sens..

    Y a-t-y quêqu'un qui pourrait me dire combien ça pourrait me rapporter si ils venaient creuser dans ma cour? Où est-ce que je pourrais appeler pour demander une visite des prospecteurs, siouplaît?

    • Danielle Houle - Inscrite 16 mai 2014 09 h 59

      La création de la richesse est un mythe dans le dossier du gaz de schiste au Québec. Tout d'abord, le gouvernement Charest a accordé un congé de redevances pour 5 ans aux gazières. En plus, on octroie un petite subvention aux gazières pour chaque mètre cube de gaz qui est sorti du sol. Alors en bout de ligne, vous et moi on paye pour se faire "forer". Le modèle Albertain et Américain est différent et le propriétaire du terrain peut faire des $$$ car il est propriétaire de son sous-sol. Mais au QUébec le propriétaire d'un terrain ne possède pas les ressources gazières. J'habite à 500 mètres du'un puits et le propriétaire reçoit à peine cinq mille dollars par année pour louer la surface de son terrain (il n'est propriétaire que du premier mètre en profondeur). Par contre il est responsable de la décontamination si la gazière créait un problème environnemental. Quant au risque, il est une vraie affaire. La preuve: les assurances, les garanties, les organismes de prévention comme la CSST, les désastres comme Mégantic qui auraient pu être évités si on avait tenu compte du risque. C'est ça les VRAIES affaires qu'on vous cache.

  • Danielle - Inscrit 16 mai 2014 07 h 37

    La guerre sera déclarée si...

    S'ils reviennent la guerre comme à la guerre. « Le risque, c’est qu’on prenne des décisions en contradiction avec les données scientifiques », déplore Gilles Côté, du Secrétariat international francophone pour l’évaluation environnementale. Je les attend avec plusieurs briques et bien des fanals. La guerre sera ouverte. On ne viendra pas me forer ma vie envore une fois.

  • Danielle Houle - Inscrite 16 mai 2014 08 h 38

    Couillard a les deux mains sur la foreuse

    Rappelez vous l'article du Devoir d'août 2013: "Le gaz et la fracturation hydraulique font rêver Couillard". Les libéraux vont certainement nous dire que le rapport de l'ÉES n'a acucune crédibilité car il est de nature politique (même si c'est les libéraux qui l'ont commandé sous Charest). Pensez-y deux fois avant de mettre votre X dans l'isoloir la prochaine fois. OK ?

  • André Michaud - Inscrit 16 mai 2014 10 h 27

    Plutot le pétrole

    Comme Hydro produit assez d'électricité à bas prix , il n'y a pas de véritable demande pour le gaz de schiste.

    Par contre la demande pour le pétrole grandit chaque jour, avec de plus en plus d'autos, motos, 4 roues, tondeuses...

    Donc l'état ira vers le pétrole pour répondre à la demande croissante, pas vers le gaz..