Les rhinocéros menacés... par les réseaux sociaux

Des touristes photographiant un rhinocéros au Kenya en 2013.
Photo: Herbie Pearthree / CC Des touristes photographiant un rhinocéros au Kenya en 2013.
De plus en plus pourchassés pour leurs cornes, les rhinocéros font face à une nouvelle menace : les réseaux sociaux. Leurs utilisateurs peuvent en effet venir en aide aux braconniers en leur donnant accès à des informations qui permettent de localiser les animaux avec une grande précision.

Les touristes qui prennent part à des safaris en Afrique en reviennent habituellement avec de nombreuses photographies des animaux observés, dont les très prisés rhinocéros. Et grâce aux développements technologiques des dernières années, ces clichés sont désormais pris avec des appareils photos ou des téléphones intelligents comprenant des fonctions de géolocalisation.

Or, une telle option permet d’obtenir les coordonnées GPS précises du lieu où le rhinocéros a été aperçu. Les touristes qui partagent ensuite leurs photos sur Twitter, Facebook ou Instagram donnent ainsi, habituellement sans le vouloir, des données précieuses pour les braconniers qui traquent ces mammifères menacés.

Certains cas recensés dans le parc Kruger — la plus grande réserve animalière d’Afrique du Sud — démontreraient que les chasseurs ont pu utiliser ces informations pour localiser et abattre les animaux en pleine nuit.

L’impact réel des réseaux n’a cependant pas fait l’objet, jusqu’à présent, d’études précises. Mais le phénomène n’en inquiète pas moins les responsables des réserves naturelles. Un utilisateur de Twitter a d’ailleurs partagé cette semaine la photo d’un panneau installé en guise d’avertissement servi aux touristes à l’entrée d’un parc national en Afrique du Sud. On peut y lire : « Merci d’être prudents lorsque vous partagez des photos sur les réseaux sociaux. Elles peuvent conduire les braconniers à nos rhinos. Désactivez l’option de géolocalisation et ne divulguez pas le lieu où la photo a été prise. »

Braconnage en hausse

Cette nouvelle menace technologique est d’autant plus inquiétante que le braconnage des rhinocéros connaît une très forte croissance depuis quelques années. En 2007, 13 animaux ont été abattus en Afrique du Sud. Ce nombre est passé à 448 en 2011, à 668 en 2012 et à plus de 1000 l’an dernier. Au moment de la publication de ces données, en janvier, une quarantaine de bêtes avaient déjà été tuées en 2014.

Selon Traffic, un réseau international de surveillance du commerce des espèces sauvages, au rythme auquel les rhinocéros sont tués, « la population de rhinocéros blancs d’Afrique du Sud de plus en plus proche du point critique où les morts seront plus nombreuses que les naissances, et la population va sérieusement diminuer ».

S’ils ne les tuent pas, les braconniers anesthésient les rhinocéros et leur arrachent la corne à la hache. L’animal se réveille ensuite et meurt en quelques jours des suites de ses blessures. La poudre de corne est vendue essentiellement en Asie pour nourrir le marché de la médecine dite « traditionnelle ». Elle contient pourtant la même matière que les ongles humains, de la kératine.

Relancer le commerce

L’Afrique du Sud est au coeur de la lutte pour la protection de ces mammifères, puisque le pays qui abrite 80 % des rhinocéros de la planète. Le pays souhaite d’ailleurs adopter des mesures extraordinaires pour tenter de les sauvegarder.

Puisque trois décennies d’interdiction de commerce de cornes n’ont pas permis d’arrêter le massacre des rhinocéros, le pays plaide maintenant pour un retour d’un marché légal de cette ressource. L’Afrique du Sud entend ainsi proposer d’« introduire un commerce international réglementé de la corne de rhinocéros » lors de la prochaine réunion de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), en Afrique du Sud en 2016. Si la mesure est acceptée, il s’agirait d’un revirement de situation majeur, puisque le commerce des cornes est interdit depuis 36 ans.

L’objectif est d’alimenter le marché avec des cornes prélevées sur des animaux morts naturellement, et ainsi espérer enrayer la vague de braconnage qui décime les populations de rhinocéros au coeur même des zones qui jouissent théoriquement du statut de réserves naturelles. Il resterait environ 20 000 rhinocéros blancs — le plus gros, avec une longueur qui peut atteindre quatre mètres — en Afrique, et moins de 5000 rhinocéros noirs.

Ce braconnage intensif est de plus en plus lié à des organisations criminelles internationales qui utilisent les fruits de leur commerce pour financer leurs activités, selon le Fonds mondial pour la nature (IFAW).

« Des produits comme la corne de rhinocéros valent parfois plus que l’or ou la cocaïne, avec un retour sur investissement pouvant largement dépasser 1000 %, expliquait Céline Sissler-Bienvenu, la directrice France et Afrique francophone d’IFAW, dans un rapport publié à la fin de 2013. C’est le caractère peu risqué et très rentable du trafic d’espèces sauvages qui incite les criminels à s’y livrer, d’autant que les peines encourues sont peu dissuasives. »

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