Le ministre de l'Environnement refuse de préciser les intentions du gouvernement Couillard

Le nouveau ministre de l'Environnement, David Heurtel, a refusé lundi soir de préciser les intentions des libéraux dans le dossier pétrolier sur l'île d'Anticosti. 

«Le dossier est à l'étude», s'est-il contenté de répéter lorsque questionné par Le Devoir à sa sortie de la première montréalaise du documentaire Anticosti: la chasse au pétrole extrême, réalisé par Dominic Champagne.

Est-ce que le gouvernement libéral pourrait retarder les opérations d'exploration, le temps de mener une évaluation environnementale? «Nous sommes présentement en train d'étudier le dossier», a simplement répondu le nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la lutte contre les changements climatiques.

En campagne électorale, le premier ministre Philippe Couillard avait dit vouloir, si possible, stopper l'exploration pétrolière sur Anticosti, le temps de mener une évaluation environnementale sur toute la filière de l'or noir au Québec. Depuis, rien n'a été précisé par le gouvernement libéral, qui avait cédé en 2008 les droits d'exploration que possédait Hydro-Québec sur Anticosti à l'entreprise Pétrolia.

En fait, de nouveaux travaux d'exploration doivent débuter d'ici quelques semaines sur l'île. Cette année, des forages seront menés pour déterminer les sites où seront forés des puits, avec fracturation, en 2015. Le gouvernement du Québec assume la plus grande part du risque financier dans l'aventure et y investira 115 millions de dollars.

Entendre les points de vue

David Heurtel a par ailleurs dit qu'il tenait à assister au visionnement du documentaire réalisé par le metteur en scène connu pour ses critiques de l'industrie de l'énergie fossile. «C'est un point de vue, et dans le processus de réflexion, je pense que c'est important d'entendre tous les points de vue», a fait valoir David Heurtel. «Je voulais voir et entendre ce que Dominic Champagne avait à dire sur la question», a-t-il ajouté.

M. Champagne a d'ailleurs interpellé directement le nouveau ministre libéral en prenant la parole après la projection de son documentaire. «Il y a une leçon très importante à tirer de l'histoire d'Anticosti. Un jour, des gens ont, au nom de l'intérêt public, décidé de protéger l'intégrité du territoire. Quarante ans plus tard, à l'heure du réchauffement climatique, la notion d'intégrité du territoire prend une toute autre dimension, et qui est très importante.»

En entrevue au devoir récemment, M. Champagne a en outre dit avoir constaté une profonde division chez les insulaires. « Plusieurs personnes m’ont confié sous le couvert de l’anonymat qu’ils sont opposés à l’idée de voir l’industrie pétrolière débarquer sur l’île. Mais ils ne voulaient pas parler devant la caméra. Des gens m’ont bien accueilli, mais d’autres m’ont dit que leur village allait mourir sans le pétrole. »
 
Au lieu de se lancer dans l’exploitation du pétrole de schiste de l’île, Québec devrait selon lui trouver une solution de développement économique durable qui pourrait être utile à d’autres régions éloignées.

Anticostien depuis près de 40 ans, Laurent Parenteau a tenu lundi soir à rappeler que tout l'écosystème qui caractérise la plus grande île du Québec est «extrêmement fragile».

Selon lui, recourir à la fracturation pour tenter d'extraite du pétrole du sous-sol d'Anticosti risque d'avoir des conséquences environnementales majeures.

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche. Des évaluations très préliminaires indiquent que le sous-sol de l’île pourrait renfermer jusqu’à 40 milliards de barils de pétrole. Il s’agirait de pétrole de schiste, une ressource qui doit être extraite par des opérations de fracturation et dont on ignore les impacts environnementaux.
 
Selon une étude menée par l’ingénieur-géologue Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière. Celles-ci sont inexistantes actuellement sur Anticosti

« Cette île est un symbole parce qu’Anticosti nous expose le problème global que nous avons avec le pétrole, a fait valoir le metteur en scène en entrevue au Devoir. La combustion de cette ressource énergétique est en train de bouleverser la vie sur Terre. Et moi, je pense que le débat doit commencer là. La preuve reste à faire qu’il est raisonnable et viable d’aller exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti dans un contexte de changements climatiques. Il faut donc un débat public digne de ce nom. »

 
21 commentaires
  • Veronica Gresini - Inscrite 6 mai 2014 10 h 51

    Nos intentions par rapport au pétrole vont primer.

    ...et ensuite, on verra à planter une coup'e d'éoliennes par ci par là, pour se reverdir l'image à grand renfort de publicité.

    Mais je sais, je sais, je suis si cynique...

    *Dans le Projet St-Laurent de Messieurs Legault/Couillard, y a-t-il des projets "propres" d'hydroélectricité (ex: marémotrice) - ce serait le fun, 'gardez ben :
    1- création de richesse et d'emploi.
    2- production d'énergie verte en vue de la future électrification - progressive - des transports.
    3- sauvegarde d'Anticosti.

    Mais je sais, je sais, je suis si utopiste.

  • Marc O. Rainville - Abonné 6 mai 2014 11 h 53

    Cycles

    Je pense que tout le monde serait d'accord si on extrayait ce pétrole de façon sécuritaire et qu'on le retournait dans le sol par la suite. Tout le monde applaudirait. Le crime organisé blanchit son argent sale. Les pétrolières restent assises sur leurs réserves. Les écolos et la population en général respirent mieux.

    • Isabelle Guillemette-Bilodeau - Inscrite 8 mai 2014 07 h 52

      Retourner le pétrole dans le sol? S'il est utilisé comme combustible, cela risque d'être difficile...

  • Benoît Gagnon - Inscrit 6 mai 2014 12 h 16

    Il promettait d'être transparent

    Quelle farce! Et dire que plusieurs personnes sont tombées dans le panneau!

    Il n'y a aucun dossier à l'étude, sinon probablement un dossier qui s'intitule : "Comment allons-nous faire avaler le projet des pétrolières de force sans que les citoyens ne s'en rendent compte".

    Nous savons déjà tous ce qui se produira... Les pétrolières exploiteront sans vergogne ce coin de pays pendant quelques années (ou même moins), en prenant soin de bénéficier de toutes les subventions possibles et inimaginables, en exportant les richesses et en empochant la totalité des revenus et dividendes, puis une catastrophe sans précédent arrivera. Les pétrolières s'en laveront les mains et nous devrons tous payer pour elles. Voilà ce qui se produira.

    • Albert Labranche - Inscrit 6 mai 2014 17 h 53

      Vous nous dites qu'il faut investir dans les pétrolieres.

    • Nicole Moreau - Inscrite 7 mai 2014 08 h 47

      je partage vos réserves à l'égard de l'exploitation pétrolière sur Anticosti, dans un temps de changements climatiques, d'autant que je suis persuadée que même s'il y avait exploitation pétrolière, collectivement nous n'en profiterions pas et nous aurions à payer pour essayer de "renaturaliser" cette ile qui semble de toute beauté.

      pourquoi l'ÉES promise en campagne électorale semble-t-elle être remise en question? elle est où la transparence tant vantée en campagne électorale de la part du PLQ?

    • Marie-Maude Lalande - Inscrite 8 mai 2014 19 h 05

      Donc, continuons d'être hypocrites et de consommer du pétrole de pays pauvres, sans droits pour les travailleurs, avec des méthodes d'xetraction aux normes minimales. Ahhh que j'aime ça ceux qui préfèrent faire l'autruche ET la morale en même temps.

      Signée une fille qui a vendu sa voiture il y a 8 ans et qui fait tout à pied depuis, avec ses enfants. Mais qui ne veut pas qu'on sous-traite le pétrole et sa pollution en faisant fi de défendre l'environnement ici.

      On a une seule planète...

  • Gaétan Laprise - Abonné 6 mai 2014 13 h 30

    Laurent Who ?

    Anticostien depuis plus de 30 ans, je n'ai jamais entendu parler de Laurent Parenteau. Ou il est TRÈS discret ou il y a erreur sur le nom.
    De qui donc s'agit-il ?
    Merci.

  • Normand Murray - Inscrit 6 mai 2014 15 h 00

    Gouvernance privé.

    La gouvernance a la conservateur le grand frère d'Ottawa lui qui aussi qui est assez nébuleux en ce qui concerne l'environnement. En matière de matière première nous serons les derniers a en bénéficier pour avoir tout donné en connaissance de cause.p.s: Le miracle de l'ouest n'est surtout pas pour l'est et ils vont y voir à ce que ça ne se concrétise jamais.