L’exploitation d’uranium comporte des risques

La coalition Québec meilleure mine estime qu’une nouvelle étude produite par l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) met en lumière «de nombreux risques, impacts et incertitudes» liés à l’exploitation d’uranium. La publication de cette étude, passée relativement inaperçue, survient à quelques jours du début de l’étude de la filière uranifère par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.
 

Le document de plus de 300 pages conclut essentiellement qu’il existe énormément d’incertitudes quant aux impacts sur la santé humaine imputables à l’exploitation d’une mine d’uranium. Une bonne part de ce flou tient au fait qu’il existe très peu de données permettant d’évaluer correctement les effets potentiels des éléments radioactifs.

 

«Les résultats des analyses effectuées ne permettent pas d’affirmer que le fait de résider à proximité d’une mine d’uranium entraîne des problèmes de santé, peut-on lire dans cette étude intitulée Les impacts sanitaires en lien avec les projets uranifères nord-côtiers. Il faut toutefois noter qu’à l’exception des décès par quelques types de cancer, les données disponibles ne permettent pas de conclure et que d’autres recherches sont nécessaires.»

 

À titre d’exemple, «les données recueillies sont trop incomplètes pour permettre de conclure sur la zone d’influence d’une mine d’uranium pour les radionucléides (incluant le radon) et les éléments chimiques». L’étude conclut aussi à la «rareté des données» concernant la présence dite naturelle d’éléments radioactifs dans la zone d’exploitation, c’est-à-dire la présence de ces éléments avant le début d’un projet d’exploration ou d’exploitation d’uranium.

 

Effets redoutés

 

«La présence d’une mine d’uranium peut engendrer une exposition supplémentaire pour la population», souligne néanmoins le document rendu public sur le site de l’INSPQ.

 

Des effets psychologiques sont en outre à redouter. «Spécifiquement en lien avec les mines uranifères, de l’anxiété est ressentie par plusieurs types de personnes, et ce, en lien avec la radioactivité et ses effets (réels ou appréhendés)», précise l’étude.

 

«Quant aux aspects de santé sociale, poursuivent les auteurs, les mines uranifères paraissent directement associées à une altération du climat social et à une perte de confiance des citoyens envers les autorités. Peu importe le type de minerai exploité, des effets socio-économiques négatifs sont relevés et ils sont perçus comme plus importants que les effets positifs, en considérant toute la durée d’un projet minier et son cycle de croissance et de décroissance rapide (effet champignon — boomtown).»

 

On note en outre que certains groupes sociaux sont «plus vulnérables». C’est le cas des autochtones. Ce dernier aspect est particulièrement important dans la mesure où le projet d’exploration d’uranium le plus avancé au Québec se trouve en territoire Cri, au Nord de Mistissini. Il s’agit du projet des monts Otish de l’entreprise Strateco.

 

Risques, impacts et incertitudes

 

Pour la coalition Québec meilleure mine, cette étude «confirme de nombreux risques et impacts de la filière uranifère pour la santé, l’environnement et les populations, notamment des risques de cancers, des risques de contamination toxicologique et radiologique, ainsi que plusieurs impacts psychosociaux».

 

Selon l’organisme, le document « soulève également de nombreuses lacunes dans les connaissances », notamment concernant la prévalence et l’incidence de certaines maladies, de malformations ou de mutations génétiques. Sans oublier l’épineux dossier de la gestion des résidus miniers.

 

«L’étude de la Santé publique n’est pas du tout rassurante et confirme plusieurs des préoccupations et des appréhensions des citoyens, de groupes de médecins et des collectivités face aux impacts des mines d’uranium, premier maillon de la chaîne du nucléaire», affirme Ugo Lapointe, cofondateur et porte-parole de la coalition Québec meilleure mine.

 

Il importe donc, selon lui, de maintenir le moratoire sur les mines d’uranium au Québec tant que l’évaluation des risques ne sera pas terminée. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) évaluera d’ailleurs la filière uranifère au Québec. Le mandat du BAPE s’étend sur un an, soit du 20 mai 2014 au 20 mai 2015.

 

L’étude de l’INSPQ, rendue publique le 25 avril dernier, a été commandée en 2009 par la direction de la Santé publique de la Côte-Nord dans la foulée de la forte opposition d’un projet uranifère à Sept-Îles.

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