Manifestation des opposants au projet de port pétrolier de Cacouna

Les opposants à la construction d’un port pétrolier à Cacouna par la compagnie TransCanada se sont fait entendre, dimanche en journée, pour dénoncer l’impact de certains travaux sur la population de bélugas du fleuve Saint-Laurent.

Dans le cadre du projet de pipeline Énergie Est, TransCanada mène des travaux préparatoires en milieu marin, à un endroit où se trouvent des bélugas. L’entreprise souhaite par ces opérations préciser sa demande d’approbation de projet à l’Office national de l’énergie.

Pour mener ses sondages géophysiques, l’entreprise projette dans le fleuve de multiples secousses, similaires à des coups de canon et atteignant les 230 décibels, dans un secteur déterminé.

Les groupes écologistes soutiennent que ces relevés sismiques peuvent causer la surdité chez les bélugas, une thèse balayée du revers de la main par TransCanada.

Le militant écologiste Roméo Bouchard a participé à la manifestation, afin de «réveiller» les élus qui ont fait leur le message de la pétrolière, selon lui.

«Notre élite régionale a acheté le discours des politiciens et eux ont repris le discours de TransCanada. C’est du copié-collé. Tout le monde se fait avoir par de la propagande éhontée», a-t-il dénoncé, en entrevue avec La Presse canadienne, quelques minutes après la manifestation.

La mise en place du port pétrolier aura un impact environnemental certain, selon lui, et ses conséquences sont sous-estimées dans le discours de l’entreprise. C’est ce qui explique que des centaines de citoyens ont participé à la manifestation, a soutenu M. Bouchard.

Le projet n’offrira par ailleurs, à son avis, que des retombées très minimes et peu d’emplois durables.

«Une fois que tout aura été construit, les emplois, ce n’est pas si considérable. L’entreprise ne parle jamais des déchets qu’il va y avoir. Pourtant, c’est une douzaine de grandes citernes qui seront construites et deux pétroliers par semaine visiteront les nouvelles installations. Ce n’est pas un parc d’amusement!», a soutenu M. Bouchard.

Roméo Bouchard interpelle directement le nouveau gouvernement libéral de Philippe Couillard. «Il a le droit de dire non. Ils doivent écouter tous les organismes qui font entendre leur voix dans ce dossier. C’est plus que de protéger quelques bélugas, c’est pour protéger le fleuve et éviter l’arrivée d’un équipement dont on n’a pas besoin», affirme le citoyen de Saint-Germain-de-Kamouraska.

Un référendum sur la question?

Le président de la Commission régionale du port de Gros-Cacouna et conseiller municipal de la municipalité, Gilles D’Amours, s’est fait critique à l’endroit des manifestants.

«Ce sont des gens de Québec et de Montréal qui sont venus. Je n’ai pas vu grand monde de notre coin. On aime bien le tourisme, mais on va prendre les décisions qui nous concernent par nous-mêmes», a-t-il indiqué, en fin de journée.

L’élu révèle que les autorités municipales sont maintenant prêtes à considérer une consultation populaire sur le projet.

«On est une municipalité de 2005 citoyens et il y aura un comité du oui, un comité du non, et si le conseil municipal le décide, il y aura une consultation populaire et les gens de la place auront leur mot à dire», mentionne Gilles D’Amours, qui souligne que cette option est au coeur des discussions au sein de l’équipe d’élus.

En 2005, les citoyens de Cacouna avaient été invités à se prononcer sur le défunt projet de port méthanier, évalué à un milliard de dollars, qu’ils avaient appuyé dans une proportion de 57 %. L’entreprise Énergie Cacouna avait cependant abandonné ses plans, en raison de la conjoncture économique et de l’état du marché du gaz naturel.

M. D’Amours a soutenu que les démarches de TransCanada sont conformes avec les lois en place et qu’il ne voit rien de mal aux travaux menés actuellement.

«On est d’accord avec leurs prises de données dans le fleuve. Les promoteurs vont devoir passer la batterie environnementale. Un projet de 700 millions, on ne peut pas revirer ça du revers de la main, il faut regarder ça. Des bélugas, ils sont dans le fleuve et je n’en ai pas vu virés sur le top», a-t-il soutenu.

TransCanada dit prendre ses responsabilités

Philippe Cannon, porte-parole du projet Oléoduc Énergie Est de TransCanada, a fait savoir la semaine dernière que l’entreprise est consciente des dangers des sondages géophysiques sur la population des bélugas.

TransCanada dit suivre un processus défini et approuvé par Pêches et Océans Canada et qu’elle a obtenu l’autorisation de Parcs Canada afin d’effectuer la surveillance aérienne des mammifères marins.

L’entreprise assurait, par ailleurs, que les travaux menés allaient être arrêtés temporairement aussitôt qu’un mammifère marin se présenterait dans un périmètre de 500 mètres autour du bateau.

Au terme des travaux préliminaires, qui devaient prendre fin le 30 avril, TransCanada a soutenu qu’une dernière analyse des déplacements des bélugas serait menée.

TransCanada veut construire un port à Cacouna afin de charger dans des navires le pétrole provenant des sables bitumineux de l’Alberta, en vue de l’exporter.

L’Office national de l’énergie est chargé d’évaluer tout le projet de pipeline Énergie Est, qui permettra de transporter dès 2018 plus d’un million de barils de pétrole par jour vers le Nouveau-Brunswick, en passant par le Québec.

Les écologistes, Nature Québec, Greenpeace et l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique entre autres, s’opposent au projet.

Par Étienne Fortin-Gauthier
10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 avril 2014 09 h 31

    Le jour...

    Le jour se rapproche où chacun-chacune de nous nous aurons l'obligation de choisir entre continuer à engraisser les plus nantis du monde ou simplement permettre à nos enfants de vivre.
    Parce que jour-là sera terrible en conséquences, il faut nous lever pour nous opposer à ce projet stupide mais si bien présenté, que plusieurs aveuglés ou désespérés de nous luttent pour s'en approcher.
    Vive le Québec libre et sain !

  • Emmanuel Rousseau - Inscrit 28 avril 2014 09 h 38

    Seul à décider?

    L'activité des pétrolière concerne tout le monde pas seulement les gens de Cacouna. Je ne crois pas que 2005 personnes aient le mandat de décider de l'avenir du St-Laurent, lequel concerne tous les Québecois. Surtout quand l'enjeu c'est un milieu de vie où certaines espèces sont menacées.

    • Gérald Caouette - Abonné 28 avril 2014 21 h 18

      Entièrement d'accord avec vous. Il y a trop d'impacts négatifs possibles sur l'environnement pour que cette décision soit prise par 2005 personnes. Un moratoire devrait être imposé dès maintenant.
      Après une période de débats concernant ce projet et ses impacts, un référendum devrait être proposé aux québécois et québécoises pour décider si nous voulons de ce projet.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 avril 2014 12 h 38

    Mais où est passé l'activisme politique?

    Il y a quelques années, je faisais partie d'un groupe de personnes qui dénonçaient
    la nouvelle lubie des affairistes pétroliers soit le renversement du flux pétrolier sur un pipeline qui passait, et passe toujours, sous le sol du comté que j'habitais et habite toujours, Brome-Missisquoi...
    Nous étions presqu'une centaine à faire un trajet de quelques kilomètres à pied pour témoigner notre refus à un tel projet...On nous avait contactés, mon mari et moi, pour cette marche citoyenne...mais voilà...
    Depuis...rien...silence radio !
    J'ai bien essayé de rejoindre les organisateurs du mouvement mais...je n'ai jamais eu une réponse ...conséquente!
    Mais où est passé l'activisme politique? transféré... aux PPP ?

  • François Beaulé - Abonné 28 avril 2014 15 h 29

    Les conséquences de ce projet dépassent Cacouna

    D'abord le pipeline traverserait le Québec sur des centaines de kilomètres. Ensuite, les risques pour le fleuve ne se limitent pas aux citoyens de Cacouna. Et tous les Québécois ont une responsabilité dans les GES émis par la production et la consommation du pétrole issu des sables bitumineux.

    De 1990 à 2012, les émissions de GES ont augmenté de 18% au Canada soit 103 gigatonnes de plus par année. Et ce, malgré une diminution de 6% au Québec et en Ontario. La majeure partie des émissions supplémentaires provient de l'Alberta et de la Saskatchewan, là où est produit le pétrole avec les sables bitumineux.

    Les Américains reportent constamment leur décision relativement au pipeline XL Keystone et vont probablement le rejeter. La Colombie-Britannique refuse le pipeline Northern Gateway. Le Québec doit lui aussi faire sa part pour stopper le développement de l'exploitation des sables bitumineux.

    En 1990, l'Alberta produisait déjà beaucoup de pétrole. De 1990 à 2012, l'augmentation combinée des émissions de l'Alberta et de la Saskatchewan a atteint 111 Mt (mégatonnes) de GES par année. Le Québec doit refuser de se faire complice de cette augmentation insensée. Ces atteintes à l'environnement dépassent de beaucoup les quelques citoyens de Cacouna.

    • François Beaulé - Abonné 28 avril 2014 18 h 59

      petite erreur: dans le 2e paragraphe, 103 mégatonnes et non pas gigatonnes.

  • Albert Labranche - Inscrit 28 avril 2014 23 h 37

    Pourquoi progresser

    Quand nous pouvons regresser?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 29 avril 2014 08 h 13

      Tout à fait d'accord avec vous, M. Labranche, pour une fois: pourquoi développer l'industrie comme en 1950, alors qu'il est temps d'effectuer le virage vers les énergies propres, à l'instar de la Suède, qui a un plan de sortie du pétrole pour 2020?