Plusieurs établissements montréalais récupèrent désormais une part de leurs déchets organiques

Benoit Rose Collaboration spéciale
Le composteur utilisé chez Gaz Métro
Photo: Gaz Métro Le composteur utilisé chez Gaz Métro

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans une perspective de développement durable, de plus en plus d’entreprises et d’institutions montréalaises s’efforcent de détourner une part grandissante de leurs matières résiduelles des sites d’enfouissement. Si certaines d’entre elles optent désormais pour le tri et la collecte de leurs matières organiques récupérables, tels Aéroports de Montréal et l’ITHQ, Gaz Métro a carrément choisi d’installer un composteur in situ à la cafétéria de son siège social. Celui-ci fabrique du compost destiné aux jardins des employés.

À l’aéroport Montréal-Trudeau, les dizaines de restaurants qui servent quotidiennement des repas aux voyageurs récupèrent désormais, et ce depuis l’automne dernier, les résidus alimentaires générés par leurs cuisines. Après avoir mené un projet pilote prometteur à l’hiver 2013 avec les restaurants Houston, Casey’s et St-Hubert Express, l’administration responsable sur place de la gestion, de l’exploitation et du développement de l’aéroport — la bien nommée Aéroports de Montréal (ADM) — a étendu l’automne dernier la collecte des matières organiques à l’ensemble des entreprises présentes.

 

« Le projet pilote a été très concluant, nous dit Christiane Beaulieu, vice-présidente aux Affaires publiques et aux communications de l’administration aéroportuaire. Et ça ne s’est pas avéré si compliqué à implanter. » ADM a donc investi 200 000 $, notamment pour équiper tous les opérateurs de restaurants de bacs de récupération et pour installer un compacteur commun facilitant la collecte. Si bien que chaque mois, de « douze à treize tonnes de compostage » sont acheminées via la compagnie Matrec vers des installations situées à Berthier. Recyc-Québec a accordé une subvention de 32 000 $ à ce projet.

 

ADM s’est donné comme objectif de récupérer 50 % de ses matières résiduelles d’ici 2017. Les matières organiques, elles, comptent pour environ la moitié de celles-ci. Pour le moment, la clientèle contribue au recyclage, mais pas encore au compostage. Les employés des compagnies d’entretien ménager et des restaurants reçoivent quant à eux une formation adéquate.

 

L’ITHQ s’implique

 

Situé sur la rue Saint-Denis, l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) fait depuis 2009 le tri de ses matières résiduelles. Ce qui n’est pas une mince tâche dans un établissement qui compte une école de formation spécialisée incluant 16 ateliers de cuisine, un hôtel de 42 chambres, un restaurant, trois salles de réunions et de banquets, une salle à manger pédagogique, une cafétéria, un café étudiant, un centre de recherche et des bureaux administratifs. Et pourtant, l’ITHQ s’attend à obtenir la certification de niveau 3 nommée « Performance » du programme Ici on recycle ! de Recyc-Québec.

 

« Un premier diagnostic réalisé en 2012 a permis de bonifier le taux de mise en valeur de multiples matières, surtout les matières organiques, qui représentent 60 % des 244 tonnes de matières recyclables produites annuellement, nous dit Monique Gougeon, coordonnatrice au comité de développement durable. Le dernier diagnostic réalisé en novembre 2013 a démontré une amélioration de plus de 15 % du taux de mise en valeur qui s’établit maintenant à 71,4 %. Les programmes de récupération mis en place couvrent 88,4 % des matières résiduelles générées. »

 

Gaz Métro composte

 

Au siège social de Gaz Métro, voisin du métro Frontenac à Montréal, c’est un composteur in situ qui a été installé tout au fond de la cafétéria fréquentée par environ 800 employés. L’entreprise spécialisée dans la distribution de gaz naturel au Québec et au Vermont serait ainsi la première entreprise privée du territoire montréalais à s’être munie d’une telle machine, à l’automne 2012. Elle a permis de produire 873 kg de compost de première qualité au cours de l’année 2013.

 

C’est à la suite d’une caractérisation des matières résiduelles effectuée en 2009 que Gaz Métro a réalisé le fort potentiel d’une récupération des résidus alimentaires produits à la cafétéria de son siège social, responsable de 64 % des matières putrescibles générées dans le bâtiment. « On aurait pu aller vers une collecte de ces matières par un fournisseur externe qui les traite ensuite sur un autre site, explique Maryse Lemay, conseillère au développement durable. Mais avec le composteur sur place, on fait un double bon coup pour l’environnement en évitant le transport. Et le volet de sensibilisation est très fort, parce que les employés le voient dans la cafétéria, et parce qu’on redistribue le compost qu’ils ont eux-mêmes produit afin qu’ils puissent l’utiliser dans leurs propres jardins. »

 

Grâce à la rigueur des dîneurs qui trient leurs cabarets et à celle des travailleurs de la cuisine — à l’emploi de la compagnie Eurest — qui récupèrent de leurs activités la plus grande part du volume composté, 145 kg de résidus alimentaires se retrouvent chaque semaine dans le ventre de la machine. Ce sont concrètement 6 tonnes de matières organiques, et près de 80 % des matières résiduelles générées par la cafétéria qui sont valorisées sur place chaque année. La réduction des gaz à effet de serre liés au transport des déchets équivaut quant à elle au retrait de deux voitures de la circulation, selon Gaz Métro.

 

Comme c’est le cas pour l’ITHQ, Gaz Métro possède la certification de niveau 2 du programme Ici on recycle !, de Recyc-Québec, et s’attend à recevoir prochainement celle du niveau 3 grâce à ses nouvelles avancées écologiques.

 

Bien que pour l’entreprise les économies réalisées en matière de disposition des déchets soient de 3000 $ par année, la question de la rentabilité de ce projet est marginale, explique Éric Saba-El-Leil, chef de service à la gestion des immeubles, pour qui ce projet est avant tout mobilisateur. Sa collègue Mme Lemay, qui insiste sur ses valeurs sociale et éducative, croit que « tout ce qui est développement durable nous permet aussi d’attirer de nouveaux candidats et d’augmenter la rétention des employés, qui sont fiers de travailler pour une entreprise qui se soucie de son impact sur l’environnement. Et pas seulement dans ses activités commerciales, mais dans ses opérations quotidiennes ».


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