Des millions de litres d’eau contaminée pompés à Lac-Mégantic

Le retour du printemps n’a pas seulement remis en circulation du pétrole qui s’était déposé au fond de la rivière Chaudière à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic. Depuis une semaine, des millions de litres d’eau contaminée ont aussi été pompés sur le site même de la tragédie ferroviaire.

Selon ce qu’a précisé mercredi au Devoir un porte-parole du ministère de l’Environnement, Paul Benoît, «de six à sept millions de litres d’eaux huileuses» ont ainsi dû être récupérés au cours des derniers jours.

Ces millions de litres d’eau contaminée par le pétrole sont pompés à partir des «tranchées de récupération» aménagées pour éviter la migration de la pollution. L’eau est ensuite acheminée vers une unité de traitement sur place, ou encore à un bassin de rétention construit pour contenir les grands volumes de liquides récupérés lors de la fonte ou lorsqu’il pleut.

M. Benoît, qui travaille sur le site depuis des mois, a par ailleurs expliqué que les prochains travaux de décontamination n’ont pas encore été entamés. Un appel d’offres a été lancé mardi. L’entreprise qui sera choisie devra exécuter des travaux de décontamination au centre-ville et entamer l’excavation dans tout un secteur incendié en juillet dernier.

Travaux en mai

Ces travaux majeurs devraient débuter en mai, a indiqué Paul Benoît. Québec avait pourtant annoncé en janvier que les travaux de décontamination du site devaient débuter au plus tard à la fin du mois de mars. Entre 100 000 à 135 000 m3 de sols contaminés devront être traités au cours des prochains mois. Cela équivaut à environ 10 000 camions à benne.

La fin des travaux de réhabilitation est prévue pour décembre 2014. Et malgré les délais, M. Benoît s’est dit confiant, mercredi, de pouvoir respecter les échéanciers annoncés par le ministère de l’Environnement.

La facture totale est évaluée à 190 millions de dollars. Cela n’inclut pas les coûts des mesures temporaires d’approvisionnement en eau des municipalités en aval. Pour le moment, Ottawa et Québec assument entièrement la facture.

Le porte-parole du ministère de l’Environnement a par ailleurs réitéré que du pétrole a été observé «sur les premiers kilomètres» de la rivière Chaudière, qui trouve sa source dans le lac Mégantic. Ce pétrole provient bel et bien du convoi de 72 wagons-citernes qui a déraillé et explosé le 6 juillet 2013, provoquant la mort de 47 personnes. Quelque 5,7 millions de litres de pétrole brut se sont alors déversés dans l’environnement.

Du pétrole dans la Chaudière

Les inspecteurs dépêchés par Québec depuis la semaine dernière ont également constaté la présence d’une «fine couche» de résidus pétroliers dans certaines zones de la rivière. Cette présence serait «modérée», puis «faible», au fur et à mesure qu’on suit le cours d’eau, qui se jette dans le Saint-Laurent à Lévis.

Les municipalités qui puisent leur eau potable dans cette rivière sont d’ailleurs déjà sur un pied d’alerte. Plusieurs réalisent ainsi des échantillonnages fréquents à leurs prises d’eau afin de détecter la présence d’hydrocarbures.

Le ministère de l’Environnement n’est toutefois pas en mesure de fournir des informations concernant l’ampleur de la contamination qui pourrait découler de la remise en circulation du pétrole déversé en juillet 2013 dans la Chaudière. Ce produit brut contenait notamment des substances cancérigènes et de l’arsenic, selon la Société pour vaincre la pollution.

Le porte-parole Frédéric Fournier a simplement réitéré lundi l’information contenue dans un communiqué publié au début du mois. Le ministère y précise qu’«un plan de gestion de la contamination résiduelle de la rivière Chaudière est en élaboration par un comité d’experts au ministère. Il est prévu que ce dernier soit rendu public en mai 2014, en plus des rapports d’analyses et d’autres informations relatives à l’état de la rivière Chaudière».

L’information sera donc rendue publique une fois que la première crue printanière depuis la tragédie de Lac-Mégantic sera terminée. Qui plus est, le plan qui sera alors dévoilé «tracera un portrait de la contamination résiduelle dans la rivière Chaudière tel qu’il était à l’automne 2013». Le plan de Québec ne devrait donc pas tenir compte de la situation engendrée par la crue de ce printemps. Un suivi est prévu au cours des prochains mois.

À voir en vidéo