L’esprit de Milton Parc se répand hors du quartier

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le CEUM chapeaute une série de marches, dites « Promenades de Jane », organisées par des citoyens afin de faire découvrir différents aspects de la ville.
Photo: Source centre d’écologie Urbaine de Montréal Le CEUM chapeaute une série de marches, dites « Promenades de Jane », organisées par des citoyens afin de faire découvrir différents aspects de la ville.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Jour de la Terre

À peine rentrée d’un séjour à Vancouver, Julie Rocheleau apprécie d’autant plus sa ville. « Il faisait très beau à Vancouver. Il y avait des fleurs partout et c’était le vrai printemps ! Pourtant, je me suis rendu compte que j’aime beaucoup mieux Montréal, parce qu’on est dans une ville à échelle humaine. À Vancouver, il y a tant de grandes tours que les gens sont “déconnectés” de leur ville. Il y a aussi cet incroyable fossé entre les gens aisés et ceux du quartier défavorisé — l’un des plus pauvres en Amérique du Nord. Et il manque de végétation à Vancouver… »

 

Celle qui parle ainsi est directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), un organisme citoyen qui s’est donné pour mission d’améliorer la qualité de vie des Montréalais, quartier par quartier.

 

« J’aime Montréal, puisque la montagne fait partie de la ville, que les buildings ne dominent pas le mont Royal,indique Mme Rocheleau. Je trouve que nous avons un bel équilibre et qu’il est intéressant de se promener ici… De retour de Vancouver, je me dis que c’est tout de même pas pire, Montréal ! »


De la place pour tous

 

Le Centre d’écologie urbaine de Montréal cherche à rendre chaque coin de la ville plus agréable et sécuritaire. « Lorsque vous marchez le matin pour aller travailler et que vous vous dites : “Ça n’a pas de bon sens, je vais me faire écraser !”, c’est une bonne indication que votre quartier n’est pas agréable et sécuritaire », illustre la directrice générale.

 

Le CEUM vise donc à faire en sorte qu’on bénéficie de trottoirs assez larges pour qu’on puisse croiser une personne avec une poussette « sans entrer dans une poubelle ! », ajoute-t-elle en riant. Il travaille aussi à créer des intersections où on peut traverser sans risque par l’ajout de saillies aux trottoirs. « Une saillie, c’est une avancée dans la rue qui permet aux automobilistes de voir les piétons et à ceux-ci de voir venir les voitures,explique-t-elle. Ça sert aussi à ralentir la circulation. »

 

Le Centre n’est pas pour autant « antivoiture ». « En fait, nous sommes pour le partage de la rue, indique Mme Rocheleau. On comprend qu’il y a des gens qui ont besoin de se transporter en voiture, mais il faut aussi tenir compte du fait qu’il y a d’autres usagers que la voiture. Il faut donc que les infrastructures soient conçues en conséquence. On peut conserver de la place pour les voitures, mais donnons également plus de place aux piétons et aux cyclistes. »

 

Milton Parc

 

Julie Rocheleau se dit particulièrement fière du fait que son organisme soit né de la mobilisation citoyenne de Milton Parc. « Il y a des décennies, raconte-t-elle,des promoteurs immobiliers ont voulu construire de grosses tours — comme La Cité — partout à travers le quartier. Toutefois, les citoyens se sont mobilisés et ont eu gain de cause. Ils ont ainsi créé la plus grande coopérative d’habitation en Amérique du Nord. » Du coup, ce mouvement citoyen a créé des laboratoires d’expérimentation en écologie urbaine, un journal, ainsi que le CEUM.

 

« Notre premier mandat a été de reverdir le quartier, donc : des toits verts, des murs verts, des devantures de maison et des cours…,précise la directrice générale. Puis, de fil en aiguille, on s’est intéressé au cadre bâti, donc : les trottoirs et les saillies, afin que les résidants puissent se déplacer d’une façon sécuritaire et agréable en ville. »

 

Aujourd’hui encore, le Centre travaille toujours à l’échelle d’un quartier, « mais ce quartier peut être à Montréal ou à l’extérieur, ce qui fait que nous sommes appelés à déployer notre expertise dans d’autres quartiers du Québec, et maintenant à Toronto et à Calgary ».

 

Le CEUM est en outre en train de constituer un Réseau Quartiers verts, qui vise à créer et à réseauter les quartiers verts à travers le Canada. « On a développé plein d’outils qui sont sur notre site Web et nous transférons notre savoir-faire, indique Mme Rocheleau,tout en développant une communauté de pratiques sur l’urbanisme participatif. »

 

Le CEUM collabore également avec la Ville de Montréal, notamment en participant à des comités, dont celui sur l’agriculture urbaine et celui sur le développement durable. « Nous alimentons les réflexions de la Ville par nos idées et nos interventions », précise Mme Rocheleau.

 

Elle souligne au passage que le CEUM se veut une organisation militante, mais apolitique. « On se donne le droit de critiquer la Ville, mais également de souligner les bons coups, dit-elle. On pense qu’il est important, lorsque la ville fait de belles choses, de le dire. Notre rôle se veut avant tout constructif : aider la ville, l’appuyer, la critiquer, la nourrir… »

 

Promenades en mai

 

En outre, le CEUM chapeaute une série de marches, dites « Promenades de Jane » en l’honneur de l’urbaniste Jane Jacobs, organisées par des citoyens afin de faire découvrir différents aspects de la ville. « C’est vraiment l’fun, lance tout sourire Julie Rocheleau. Il y a quelques années, il y avait dix ou douze marches, mais on est passés à une cinquantaine l’an dernier et on en aura une centaine cette année ! »

 

Chaque marche est organisée et pilotée par un citoyen qui raconte une histoire au sujet de son coin de ville. Il s’agit souvent de nous offrir un point de vue inusité, raconte Mme Rocheleau. « L’an passé, dit-elle,des itinérants ont conçu des marches afin d’expliquer leur parcours. On a eu aussi des travailleuses du sexe qui nous ont expliqué comment elles voient la rue. Ce sont des occasions uniques de voir la rue différemment ! »

 

Ces Promenades de Jane auront lieu les 2, 3 et 4 mai, et elles sont répertoriées sur le site du CEUM (www.ecologieurbaine.net). Elles sont gratuites, mais il faut s’y inscrire afin que l’organisateur sache combien de gens il attendra. Généralement, une vingtaine de personnes prennent part à chaque promenade.

 

« Il ne s’agit pas que de marches, mais bien d’une appropriation de la ville par les citoyens », résume Julie Rocheleau.

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