L’héritage toxique refait surface

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe ferroviaire de juillet dernier à Lac-Mégantic, le pétrole déversé dans la rivière Chaudière était bien visible à la surface de l’eau (ci-dessus). Du pétrole a de nouveau été observé dans l’eau au cours des derniers jours en raison de la crue printanière.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Dans les jours qui ont suivi la catastrophe ferroviaire de juillet dernier à Lac-Mégantic, le pétrole déversé dans la rivière Chaudière était bien visible à la surface de l’eau (ci-dessus). Du pétrole a de nouveau été observé dans l’eau au cours des derniers jours en raison de la crue printanière.

La crue printanière remet en circulation la pollution pétrolière majeure qui a frappé la rivière Chaudière dans la foulée de la tragédie de Lac-Mégantic, ce qui pose un risque pour l’approvisionnement en eau potable de milliers de Québécois. Mais il est difficile de prendre la mesure de la menace environnementale puisque Québec ne dévoilera pas d’état de la situation avant le mois de mai.

 

Au ministère de l’Environnement, on a confirmé lundi au Devoir que du pétrole brut avait été remis en circulation en raison de la crue annuelle de la rivière Chaudière. La présence d’hydrocarbures a été « constatée à certains endroits », a indiqué un porte-parole du ministère, Frédéric Fournier. Le ministère la qualifie de « contamination résiduelle ».

 

Selon ce qu’a précisé M. Fournier, « les premiers kilomètres en aval du lac Mégantic » seraient les plus touchés par le rebrassage du pétrole qui s’était déposé au fond de la rivière, contaminée après le déraillement et l’explosion d’un convoi de wagons-citernes en plein coeur de Lac-Mégantic.

 

En suivant le cours de la Chaudière, les inspecteurs dépêchés par Québec depuis la semaine dernière ont également constaté la présence d’une « fine couche » de résidus pétroliers dans certaines zones de la rivière. Cette présence serait « modérée », puis « faible », au fur et à mesure qu’on suit le cours d’eau, qui se jette dans le Saint-Laurent à Lévis.

 

M. Fournier a souligné que le ministère réalisait des échantillonnages afin de « documenter les effets potentiels de la crue sur la contamination résiduelle dans le fond de la rivière Chaudière ». Des « observations visuelles » sont également menées et l’information sera communiquée aux villes concernées.

 

Les municipalités qui puisent leur eau potable dans cette rivière sont néanmoins déjà sur un pied d’alerte. Le porte-parole de la Ville de Lévis, Christian Brière, a ainsi précisé que la municipalité prélève des échantillons d’eau « chaque jour » depuis mercredi dernier, en plus de faire un suivi « olfactif » toutes les quatre heures. « Nous sommes en mode “suivi soutenu”, a illustré M. Brière. Mais pour le moment, nous n’avons aucune raison de croire qu’il y a des hydrocarbures dans notre prise d’eau. » Quelque 55 000 citoyens de Lévis boivent l’eau de la Chaudière.

 

À environ 80 kilomètres en aval de Lac-Mégantic, à Beauceville, le directeur général de la Ville, Félix Nunez, a dit avoir constaté la présence d’hydrocarbures dans la rivière dès samedi dernier. Il a aussi précisé que plusieurs citoyens ont senti de « fortes » odeurs de pétrole près de la rivière. Plusieurs auraient vu des traces de ce pétrole.

 

Enfin, les Villes de Saint-Georges et Sainte-Marie réalisent elles aussi des échantillonnages à leurs prises d’eau.

 

Un plan en mai

 

Lundi, le ministère de l’Environnement n’était pas en mesure de fournir des informations concernant l’ampleur de la contamination qui pourrait découler de la remise en circulation du pétrole déversé en juillet 2013 dans la Chaudière. Ce produit brut contenait notamment des substances cancérigènes et de l’arsenic, selon la Société pour vaincre la pollution.

 

Le porte-parole Frédéric Fournier a simplement réitéré l’information contenue dans un communiqué publié au début du mois. Le ministère y précise qu’« un plan de gestion de la contamination résiduelle de la rivière Chaudière est en élaboration par un comité d’experts au ministère. Il est prévu que ce dernier soit rendu public en mai 2014, en plus des rapports d’analyses et d’autres informations relatives à l’état de la rivière Chaudière. »

 

L’information sera donc rendue publique une fois que la première crue printanière depuis la tragédie de Lac-Mégantic sera terminée. Qui plus est, le plan qui sera alors dévoilé « tracera un portrait de la contamination résiduelle dans la rivière Chaudière tel qu’il était à l’automne 2013 ». Les firmes mandatées pour réaliser ces échantillonnages ont remis leur rapport final en mars 2014.

 

Le plan de Québec ne devrait donc pas tenir compte de la situation engendrée par la crue de ce printemps. Cependant, une nouvelle caractérisation des sédiments est prévue « au cours des prochains mois afin de valider les effets de la crue printanière sur cette contamination résiduelle ». Ces données permettront « d’identifier les zones plus fortement contaminées et d’établir la nature des travaux de nettoyage qui devront être réalisés, le cas échéant, en 2014 ».

 

Inaction de Québec?

 

Porte-parole de la Société pour vaincre la pollution (SVP), Anne-Marie Saint-Cerny redoute depuis plusieurs mois les effets de la crue. « Avec cette première crue depuis le déversement, il devrait y avoir encore plus de pétrole dans la rivière, a-t-elle fait valoir. La pollution est remise en circulation, la contamination recommence à descendre. »

 

Elle a d’ailleurs critiqué l’action du ministère dans ce dossier. « Il y a de la neige chaque année. Donc, tout cela était prévisible et il y aurait dû y avoir un plan mis en place avant la crue pour prévenir cette situation, mais aussi suivre la situation et informer davantage les citoyens. C’est inacceptable que ce ne soit pas fait. » Elle estime aussi qu’il serait nécessaire de vérifier la contamination des sols une fois la crue terminée, de façon à savoir si de nouvelles portions de terrain ont été souillées par des résidus de pétrole.

 

La SVP doute également des évaluations de Québec, qui a estimé que 100 000 litres de pétrole se sont déversés dans la rivière Chaudière. Elle croit plutôt qu’au moins 350 000 litres se sont écoulés, sur la base de calculs réalisés par l’organisme. Au total, 5,7 millions de litres se sont déversés dans l’environnement après le déraillement du train de 72 wagons-citernes

 

Selon Mme Saint-Cerny, il existe par ailleurs un risque réel d’écoulement de résidus de pétrole à partir du site du déraillement, toujours fortement contaminé. Le ministère estime pour sa part qu’il n’y a pas de risque de migration de la pollution. Il n’a toutefois pas été possible lundi d’obtenir de précisions au sujet du site situé à Lac-Mégantic.

 

Québec avait annoncé en janvier que les travaux de décontamination du site devaient débuter au plus tard à la fin du mois de mars. Entre 100 000 à 135 000 m3 de sols contaminés devront être traités au cours des prochains mois. Cela équivaut à environ 10 000 camions à benne. La fin des travaux de réhabilitation est prévue pour décembre 2014.

 

La facture totale est évaluée à 190 millions de dollars. Cela n’inclut pas les coûts des mesures temporaires d’approvisionnement en eau des municipalités en aval. Pour le moment, Ottawa et Québec assument entièrement la facture.


Avec Mélanie Loisel

***

Rivières : la vigilance reste de mise

Les autorités civiles craignent toujours le débordement de plusieurs rivières du Québec en ce mardi. Les précipitations des dernières heures et la hausse des températures ont fait gonfler certaines rivières, notamment celle des Mille-Îles et celle des Prairies dans la grande région de Montréal. En Montérégie, la rivière Châteauguay, dans le secteur d’Huntingdon fait aussi craindre le pire. Hydro-Météo maintient ses avertissements de risques d’inondations alors que de l’eau pourrait s’accumuler sur des routes et des terrains. Lundi, la situation était principalement préoccupante dans la région de la Beauce, où une débâcle a donné lieu à des scènes spectaculaires près de Saint-Lambert-de-Lauzon. Une soixantaine de résidants ont été évacués, mais ils ont tous pu regagner leur demeure quelques heures plus tard.

Mélanie Loisel
 

19 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 15 avril 2014 06 h 21

    Messieurs les Américains, Messieurs les Canadiens:


    À vous, le nettoyage!

    • Odette Larin - Inscrit 15 avril 2014 09 h 26

      Vous voulez dire : Bons citoyens du Québec, c'est à ça que vont servir une partie de vos taxes et impôts. Les MMA de ce monde n'ont même pas à s'inquiéter: à nous les profits et à vous de réparer les dégâts (si seulement ils sont réparables, fions-nous à notre MMDEP et à la Loi d'accès à l'information pour avoir le vrai portrait). Cynique, croyez-vous?

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 15 avril 2014 06 h 39

    oh la la

    Les grincheux!
    juste un peu de pétrole, et puis au moins on a pas à creuser pour se servir, voilà qui va faire plaisir à nos buveurs de pétrole, Harper, Couillard, Bouchard...et puis la pollution quelle blague, cela empoisonnera juste nos enfants, ils n'auront qu'à se débrouiller

  • Francois Parent - Inscrit 15 avril 2014 07 h 05

    Québec attend que le pétrole se dissipe

    Le gouvernement attend que le pétrole se dissipe dans le St Laurent avant d'intervenir et épargner des frais de décontamination. Un an après la tragédie et toujours pas de décontamination effectué. Pas efficace du tout.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 15 avril 2014 14 h 19

      Il est faux de dire qu'il n'y a pas eu de décontamiation.
      Il y en a eu même Greenpeace l'a constasté, et vu le niveau d'alarmisme, ça ne peut être autrement.

      La question légitime néanmoins est : est-ce qu'on a vraiment tout mis en oeuvre, au maximum des capacités à l'automne? Est-ce qu'on a oublié de prendre en charge la crue des eaux? Et la réponse peut être que le maximum a été aussi.

      Il reste cependant que décontaminer une rivière ne se fait pas en criant lapin. C'est du temps, des ressources, et une rivière, c'est tout sauf inactif. Avant de déclarer que le gouvernement n'en a pas fait assez, il faut aussi se souvenir de l'ampleur de cette tragégie! Elle est majeure!

  • Jacques Morissette - Inscrit 15 avril 2014 08 h 09

    Je rêve du jour où des gens socialement responsables mettront fin à la croissance économique.

    Indépendamment de l'impact sur l'environnement, quand vient le temps aux entreprises de partir, elles partent la nuit avec la caisse. Pendant ce temps, dépendant des dégâts, il y a l'environnement qui se meurt. Pour compenser, les gouvernements qui font fî de tout blâme auprès des entreprises, réparent comme ils le peuvent avec l'argent des coffres publics.

    Pendant ce temps, l'argent dans les coffres publics fond comme neige au soleil. C'est-à-dire l'argent des contribuables censer voir à ce que les services publics fonctionnent bien. Pour pallier le manque à gagner, le gouvernement dit souvent devoir être obliger de couper les services, à cause de l'irresponsabilité que nous consentons à donner candidement aux entreprises.

    L'ancienne nouvelle mentalité néolibérale met toujours l'accent aveugle sur la croissance économique. Elle continue encore de le faire au détriment de l'environnement et fait son possible pour mystifier les citoyens, les convaincre qu'il faut payer la casse. Je rêve du jour où des pouvoirs socialement responsables et la population devenue sage mettront fin à la sempiternelle fredaine de la croissance économique.

    • Odette Larin - Inscrit 15 avril 2014 09 h 37

      Bien dit, monsieur.

      Et pendant ce temps, RDI a recommencé à nous bourrer le crâne toutes les 3 minutes avec ses publicités en rafale sur le 'bleu'. C'est tellement bleu qu'on serait porté à croire que c'est top zen, le gaz naturel (de schiste). L'exploration et l'exploitation referont très bientôt surface, il faut exploiter nos ressources naturelles, à n'importe quel prix pour la société et l'environnement, si on veut continuer à s'offrir les services 'tellement trop généreux' pour les petits citoyens que nous sommes. Cynique, dites-vous?

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 15 avril 2014 12 h 55

      D'accord, mais simulons un modèle alternatif et offrons -le visuellement à la population.

  • Real Melancon - Inscrit 15 avril 2014 08 h 17

    Gouvernement impuissant

    Force est de constater que notre bon Gouvernement qui prend la moitié de nos chèques de paie chaque semaine, est impuissant devant ces catastrophes, qu'elles soient naturelles ou accidentelles, ou dues à la stupidité humaine.

    Ou sont les environnementalistes ? Ils devraient être à nettoyer les dégâts non ? Mieux vaut faire des pressions politiques, faire du lobbying, et être payé pour le faire, que de se mettre les mains dans le cambouis.

    C'est à se demander à quoi sert toute cette structure du Ministère de l'Environnement ? Par contre, n'oubliez pas de faire vider la fosse septique de votre chalet, sinon vous aurez des amandes salées, et les odeurs qui viennent avec :)

    • Raymond Lutz - Inscrit 15 avril 2014 09 h 29

      Mais comment les modérateurs peuvent-ils laisser passer un troll pareil?

      Ce sont les écolos qui doivent mopper (au risque de leur santé!) la fiente laissée par les riches entreprises?

      je sais, je sais, "don't feed the trolls"

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 avril 2014 09 h 35

      Quel gouvernement? Le fédéral, responsable des trains et du transport interprovincial, ou le provincial, responsable de réparer les dégâts de l'autre?

      Et sachez que personne ne donne la moitié de sa paie en impôt.

      D'ailleurs, au lieu de vous plaindre, vous pourriez aller nettoyer les dégâts, comme vous le suggérez.

    • Odette Larin - Inscrit 15 avril 2014 09 h 47

      Monsieur Melançon,

      Votre commentaire est pertinent, selon moi. Mais vous pointez dans la mauvaise direction. Vous croyez que ce sont les environnementalistes qui devraient nettoyer les dégâts? Ont-ils causé cette saleté? Ne croyez-vous pas que la MMA et ses dirigeants/actionnaires s'en sont tirés à bon compte? Avec la bienveillance des politiciens/fonctionnaires pro-gaz/pétrole?

      Et oui, vous avez bien raison, c'est tellement plus facile pour le ministère de l'Environnement et les autres ministères de taper sur le petit peuple que sur ceux qui ont les moyens financiers de se défendre!!!

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 15 avril 2014 14 h 27

      Je dois admettre approuver partiellement M. Melançon.

      La sortie de Greenpeace à la fin de l'automne, qui ont prélevés des échantillons à quelques kilomètre d'où en était rendu la décontamination, pour crier au scandal dans les médias et négliger de remettre leurs échantillons au Ministère ... Il y a une très triste réalité qui est que bien des groupes chialent mais n'ont rien à proposer, et ne font rien pour aider, et que ce n'est pas eux qui doivent se battre avec la réalité de la vrai job de bras que nécessites certains dossiers, comme la décontamination d'une rivière dont je n'ose m'imaginer la complexité.

    • Raymond Lutz - Inscrit 15 avril 2014 15 h 31

      "ont négligé de remettre leurs échantillons au ministère" ??? et alors???

      Le ministère en a déjà plein des échantillons! Et le ministère, lui, pourquoi néglige-t-il de nous remettre SES résultats?

      Je suis soufflé! Quel monde à l'envers!

      "Face Palm"

      Deux mots: Shannon TCE

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 17 avril 2014 16 h 53

      M. Lutz ,

      Le ministère a beau mettre à la disposition de la population tous les résultats pris tous les jours... ça changera rien. Il peut y avoir un suivi, des organismes peuvent demander des informations pour en faire le suivi s'ils le veulent (ce qui est même souhaitable). Quand un dossier est à froid, il est à froid et il n'y a pas d'occasion d'en parler. Ça fonctionne ainsi dans les médias.

      Ce dont quoi je faisais allusion est un moment où on a sorti, à l'aide d'échantillons, une "nouvelle", une remise à chaud d'un sujet, en faisant croire que le gouvernement cachait la pollution alors que plein de travaux de décontamination était en cours, sans qu'il y ai de raisons d'en parler chaque jour. Une "nouvelle" créée comme s'il y avait eu des cachette, comme si on avait refusé des demandes d'accès à l'information, alors qu'il y en vait jamais eu. On faisait état de polution méconnue et les résultats n'ont pas été transmis au ministère.

      Le cas est que je parfois oui il faut se demander ce que font ses groupes, à part cherche uniquement à s'autofinancer, comme il avait semblé être le cas cette fois là. Oui je pense que les gens qui les financent aimerait peut-être que leur argent, en cas de catastrophes du genre, serventà ce que ces organismes aident et non "chialent" ...

      Ça n'a rien à voir avec Shannon, qui tient, à mon avis, serait un beau dossier pour l'UPAQ.