La filière des hydrocarbures dans la mire des libéraux

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

S’il est porté au pouvoir lundi prochain, le Parti libéral entend rebrasser encore une fois les cartes dans la filière des énergies fossiles en lançant une nouvelle évaluation environnementale stratégique (EES), cette fois-ci sur l’ensemble des hydrocarbures. Son mandat s’inscrirait directement dans une perspective d’exploitation des ressources pétrolières et gazières.
 

« Le mandat serait de proposer un cadre de développement légal et réglementaire pour les hydrocarbures, qui tient compte des aspects suivants : santé, sécurité, environnement, impacts économiques et acceptabilité sociale », a expliqué mardi au Devoir la directrice des communications des libéraux, Gabrielle Collu.

 

Selon ce qu’elle a précisé, le « panel » chargé de mener cette évaluation serait constitué « d’experts, de chercheurs, de spécialistes en environnement, de membres de l’industrie et des ministères concernés ».

 

Contrairement aux mandats octroyés jusqu’à présent, ce panel devra de plus « quantifier et qualifier les réserves en hydrocarbures » qui pourraient se retrouver dans le sous-sol québécois. Aucune évaluation de ce genre n’est actuellement disponible. Les membres auront aussi la tâche de « recommander au gouvernement les meilleures politiques de partage des redevances et de prises de participations publiques dans les projets ».

 

Une série d’évaluations

 

Près de quatre ans après l’émergence de l’épineux dossier du gaz de schiste, les libéraux souhaitent donc relancer à leur manière un processus d’évaluation qui a déjà connu plusieurs rebondissements.

 

Les libéraux de Jean Charest ont d’abord mandaté le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), en 2010. Un geste qui se voulait une réaction au tollé soulevé par la présence, jusque-là méconnue, de l’industrie du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. Une EES portant sur la filière, et devant théoriquement inclure celle du pétrole, a suivi. Le pétrole en a finalement été exclu. Le rapport de cette EES, rendu public récemment, dénombre plusieurs risques environnementaux liés à l’exploitation de cette ressource.

 

Une fois au pouvoir, le Parti québécois a annoncé son intention de confier à nouveau le dossier gazier au BAPE, ce qui est aujourd’hui chose faite. Le mandat vient de débuter et doit se terminer au plus tard en novembre.

 

Mais pour ce qui de la filière pétrolière, aucune évaluation n’a été annoncée pour l’ensemble du Québec. Le gouvernement Marois a seulement promis de mandater le BAPE pour étudier le cas de l’île d’Anticosti si un potentiel pétrolier est confirmé. Rien n’est prévu pour la Gaspésie et on connaît peu de détails pour le golfe du Saint-Laurent.

 

La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet a toutefois annoncé récemment son intention de présenter deux projets de loi pour les hydrocarbures. Un porterait sur le milieu terrestre et un autre sur le milieu marin.

 

Oui au gaz de schiste

 

En entrevue au Devoir, le député libéral sortant Pierre Arcand, ancien ministre de l’Environnement, a réitéré la volonté de son parti de permettre l’exploration sur Anticosti. Il a cependant répété que ce sont les entreprises privées qui doivent prendre le risque financier, et non l’État.

 

Celui qui était ministre au début du scandale du gaz de schiste s’est montré beaucoup plus prudent en abordant la filière gazière qui pourrait s’implanter entre Montréal et Québec. « Si les projets ont une bonne acceptabilité sociale et qu’on veut faire de l’exploration, c’est quelque chose d’envisageable », a-t-il simplement mentionné.

 

M. Arcand s’est dit conscient des vives réticences des citoyens. « Nous sommes encore au stade de l’opposition. Ce n’est pas nous qui allons ouvrir les offres. Mais si jamais des entreprises sont intéressées, nous allons procéder de façon très ordonnée, dans le respect des citoyens. »

 

Lorsqu’ils étaient au pouvoir, les libéraux avaient laissé l’industrie gazière acquérir des permis d’exploration couvrant de vastes portions du sud du Québec, et ce, sans mener une évaluation environnementale du gaz de schiste. Un congé de redevances avait aussi été prévu pour des puits qui seraient entrés en production avant la fin de 2010.

 

Aucun des trois partis qui peuvent aspirer à prendre le pouvoir au lendemain du 7 avril n’obtient la note de passage en matière de lutte contre les changements climatiques.

 

C’est ce que concluent sept groupes environnementaux à la lumière des réponses reçues de la part des formations politiques à leurs questions. « Les péquistes et les libéraux ont des objectifs de réduction de gaz à effet de serre qui sont ambitieux, mais les mesures pour les atteindre ne sont tout simplement pas au rendez-vous », explique Patrick Bonin, de Greenpeace.

 

Il rappelle que le plan de lutte contre les changements climatiques n’a toujours pas été mis à jour, alors que l’efficacité de celui en vigueur depuis 2006 a été remise en question par le commissaire au développement durable. Les groupes déplorent l’absence totale de débat sur la question climatique au cours de la présente campagne électorale.

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Climat: les partis font piètre figure, selon les environnementalistes

Aucun des trois partis qui peuvent aspirer à prendre le pouvoir au lendemain du 7 avril n’obtient la note de passage en matière de lutte contre les changements climatiques. 

C’est ce que concluent sept groupes environnementaux à la lumière des réponses reçues de la part des formations politiques à leurs questions. « Les péquistes et les libéraux ont des objectifs de réduction de gaz à effet de serre qui sont ambitieux, mais les mesures pour les atteindre ne sont tout simplement pas au rendez-vous », explique Patrick Bonin, de Greenpeace. 

Il rappelle que le plan de lutte contre les changements climatiques n’a toujours pas été mis à jour, alors que l’efficacité de celui en vigueur depuis 2006 a été remise en question par le commissaire au développement durable. Les groupes déplorent l’absence totale de débat sur la question climatique au cours de la présente campagne électorale.

17 commentaires
  • Albert Labranche - Inscrit 2 avril 2014 01 h 48

    Une vraie tribu

    Encore et encore et encore et encore. Le trou de la dette se creuse et on discute.
    BLABLABLABLABLABLABLABLA.
    Pathetique.

  • Albert Labranche - Inscrit 2 avril 2014 01 h 50

    Malheureusement

    Trop tard j'ai voté.

  • Claude Paré - Inscrit 2 avril 2014 04 h 50

    Une évaluation incomplète

    Les luttes écologiques comme les luttes sociales, pour aboutir, doivent être prises en charge par le politique. C'est ce qui est arrivé avec les gaz de schiste. Un parti a appuyé les demandes des citoyens de la Vallée du St-Laurent. Un moratoire a été décrété, l'action des citoyens a donné des résultats. La lutte risque de recommencer et l'exploitation des gaz de schiste reconduite si un gouvernement qui n'a pas appuyé ces revendications est élu.

    Le parti au pouvoir a réalisé quelques-unes des demandes écologiques des groupes de pression et c'est comme si dans l'évaluation que font les groupes de son action, il n'avait rien fait. Cette attitude est dangereuse pour le mouvement écologiste. Il faut accorder du crédit aux partis politiques qui prennent de décision en faveur de l'environnement, et pas seulement les critiquer. Si les partis politiques ne peuvent tirer un bénéfice électoral de leurs actions environnementales, ils ne seront pas portés à promouvoir la cause environnementale.

    Dans leur évaluation, les écologistes mettent la barre bien haute. Ils ne semblent pas conscients que le principal problème est la population elle-même qui achète de plus en plus de VUS. Les positions angéliques et irréalistes de QS font le bonheur des groupes écologistes, tout simplement parce qu'elles sont calquées sur leurs demandes! Même si QS ne peut prendre le pouvoir, il est un citoyen écologique exemplaire. On peut toujours imaginer que QS aura la balance du pouvoir, mais ce n'est qu'une supposition et un gros pari.

    Les groupes écologistes et les citoyens risquent de se retrouver le bec à l'eau avec un parti qui a fait la promotion des gaz de schiste et a construit La Romaine. Mais ce sera en définitive leur choix.

    Entre deux mots, il faut parfois choisir le moindre! Il est plus facile d'influencer le parti au pouvoir actuellement, qui n'est pas inféodé par des les membres des chambres de commerce promoteurs féroce de l'exploitation gazière.

    • Jean Richard - Abonné 2 avril 2014 08 h 56

      « Ils ne semblent pas conscients que le principal problème est la population elle-même qui achète de plus en plus de VUS. Les positions angéliques et irréalistes de QS font le bonheur des groupes écologistes »

      L'achat de VUS est loin, très loin d'être le principal problème. On peut en faire un symbole diabolisé, mais la réalité est différente. Une politique d'aménagement du territoire et des transports peut faire beaucoup plus de différence. Par ailleurs, il faut s'inquiéter de l'incapacité des gouvernements des états à encadrer la production des véhicules à moteur et pire, ou encore du manque de vision qui fait que des politiques sont laissées en plan et donnent des résultats inverses à ceux recherchés.

      Qu'on se rappelle la norme CAFE aux États-Unis il y a quelques années. Les constructeurs étaient tenus à ce que l'ensemble des voitures de promenade vendues ait une consommation moyenne définie. Les constructeurs américains ont alors importé massivement des petites voitures (Geo Metro par exemple chez GM) pour satisfaire aux normes, mais on préparait le coup : les petits camions étaient exclus du programme CAFE et comme aucun ajustement n'a été fait, les GM, Ford et Chrysler se sont mis à vendre des petits camions (camionnettes, fourgonnettes et VUS). Le gouvernement américain était-il complice ? À vous de répondre. Et qui gouverne ? Les gouvernements ou les industries ? À vous de répondre.

      Quant aux positions angéliques et irréalistes de QS, sont-elles plus angéliques et irréalistes que le bonheur et la fortune du pétrole péquiste d'Anticosti ou des mines d'or du nord des libéraux ? Je suis loin de partager à 100 % le programme environnemental de QS, mais que QS soit le seul parti à parler d'environnement pendant la campagne peut nous laisser croire que ce sera également le seul parti à en parler après la campagne. On ne peut pas se permettre de museler cette seule voix. Ce serait irresponsable.

    • Jean Richard - Abonné 2 avril 2014 09 h 07

      « Entre deux mots (sic), il faut parfois choisir le moindre! Il est plus facile d'influencer le parti au pouvoir actuellement, qui n'est pas inféodé par des les membres des chambres de commerce promoteurs féroce de l'exploitation gazière. »

      Entre deux maux, le gaz de schiste et le pétrole de schiste, il se pourrait bien que le moindre ne soit pas le gaz. Bien sûr, entre la vallée du Saint-Laurent, habitée et bien visible, et l'île d'Anticosti, quelque part très loin, où la population des cervidés dépasse largement celle des humains, il y a une différence essentielle, que l'on résume ainsi : loin des yeux, loin du cœur.

      Gaz libéral ou pétrole péquiste ? Le gaz, c'est le pas dans ma cour. Le pétrole, ce qu'on ne voit pas ne fait pas mal. Oui, oui, les sociétés privées qui vont percer le sol de l'île sont très très responsables. Toute menace à la moindre pollution dans le golfe Saint-Laurent est écartée du revers de la main. Les sceptiques seront confondus...

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 2 avril 2014 22 h 04

      À mon avis, l'urgence de la situation environnementale prime sur tout le reste. Suffit de prendre connaissance des conclusions du dernier rapport du GIEC pour réaliser qu'il faut avant tout faire des choix importants pour arriver à éviter l'emballement du climat.

      Un seul parti propose quelque chose de réellement emballant à cet égard, c'est Québec solidaire, qui nous propose rien de moins que de faire du Québec le premier PAYS sur la planète qui s'affranchira progressivement non pas du pétrole produit ailleurs que chez lui, mais bien du pétrole tout court.

      On dira qu'il s'agit là d'un innaccessible rêve, mais à choisir entre l'option « business as usual » et le projet d'un pays qui se positionnera comme un leader mondial dans la lutte au réchauffement climatique, sans parler du programme de QS quant à la santé, l'aide aux aînés et la répartition plus équitable de la richesse, je choisis le projet d'un pays qui se libère du pétrole.

      On me dira que Québec solidaire n'a aucune chance d'être élu, je répondrai que les choses peuvent basculer plus vite qu'on ne le pense. Au dernier sondage, QS est à 13 % des votes. Si chaque personne qui s'apprête à voter QS en convainc deux autres de faire de même, Québec solidaire sera élu avec un gouvernement majoritaire, rien de moins.

      Tous les jours, j'entends des gens qui disent : « ils sont tous du pareil au même, les trois grands partis... »

      Pourtant, il y a un parti propose des choses totalement différentes, mais ces gens ne votent pas pour lui. Qui sont toujours « du pareil au même », les grands partis politiques ou les électeurs ?

      Je pense que je peux convaincre deux personnes. Et vous ?

      Je vote pour un gouvernement Québec Solidaire majoritaire.

  • Albert Labranche - Inscrit 2 avril 2014 08 h 05

    Je n'ai pas les moyens

    de faire vivre la GASPESIE

    • Danielle Houle - Inscrite 2 avril 2014 11 h 04

      Moi non plus je n'ai pas les moyens de faire vivre la Gaspésie car tout mon argent va à faire vivre le Plateau. :-)

  • Albert Labranche - Inscrit 2 avril 2014 09 h 32

    Où est tout le monde?

    Commentaire de M. Micheal Binnion Questerre énergie
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    Depuis longtemps, on prétend qu’il faut s’y prendre différemment pour exploiter le gaz naturel moderne dans la vallée du Saint-Laurent, car il s’agit de l’une des régions les plus peuplées au Québec. On nous l’a répété quand le moratoire du projet de loi 37 a été déposé. Mais si c’est vrai, où sont tous les gens dont on parle?

    J’ai rencontré les représentants de neuf municipalités régionales de comté (MRC) et j’ai beaucoup voyagé dans les basses terres. Je n’y ai pas vraiment vu de populations denses. J’ai donc décidé de me de faire une petite recherche sur les MRC afin de déterminer où sont les habitants. J’ai constaté que la région concernée inclut certains des secteurs les plus peuplés au Canada, mais aussi certains des endroits les moins habités. Vous trouverez ci-joint, pour votre information, un fichier sur les densités de population.

    La ville de Montréal y est incluse, mais on n’y retrouve pas de schiste. On y compte environ 4 000 personnes par kilomètre carré. Plutôt dense, compte tenu du fait que Hong Kong dénombre 6 500 habitants par kilomètre carré.

    À l’autre extrême, la Côte-de-Beaupré, aussi incluse, compte seulement 5,2 personnes par kilomètre carré. Ce chiffre est même légèrement inférieur à la densité de l’ensemble de la population de la province de Québec, qui regorge de grands espaces inhabités.

    La Pennsylvanie renferme le plus important développement de gaz de schiste au monde, et on y retrouve 107 personnes par kilomètre carré. La densité de la population en Alberta est un peu plus élevée que celle de la population du Québec (5,25), soit 5,5 habitants par kilomètre carré. Seules 8 des 33 MRC visées par le projet de loi 37 recensent une population plus dense qu’en Pennsylvanie. La plupart d’entre elles se trouvent dans la région de Montréal.

    D’autre part, 13 d’entre elles enregistrent une densité de population inférieure à Red Deer, Alberta (26,9) ou à Jefferson County, Penns