Le GIEC alerte sur l’insécurité alimentaire et les risques de conflits

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) est formel: les changements climatiques font déjà sentir leurs effets, mais le pire est venir, notamment pour l'agriculture mondiale. Et l'humanité n'est pas outillée pour faire face aux changements majeurs qui sont à prévoir.

«La probabilité d’impacts graves, étendus et irréversibles s’accroît avec l’intensification du réchauffement», soulignent les scientifiques dans un nouveau rapport du GIEC publié lundi et intitulé «Changement climatique 2014: impacts, adaptation et vulnérabilité».

Entre autres choses, les bouleversements du climat provoqués par l'activité humaine ont pour effet de réduire la production alimentaire. Plusieurs cultures alimentaires essentielles, comme le riz, le blé et le maïs, seront d'ailleurs de plus en plus affectées au cours des prochaines décennies. La baisse pourrait de l'ordre de 2 % par décennie, alors que la demande risque de bondir de 14 % d’ici à 2050.

D’après le rapport, ce phénomène aura un effet sur les prix des aliments. L’augmentation des prix des aliments devrait varier de 3 % à 84 % d’ici 2050.

Le document ajoute que le réchauffement se fera sentir dans certaines régions productrices de café en Europe centrale et en Amérique du Sud, ainsi que dans les vergers des États-Unis. La quantité et la qualité du vin produit en Europe, aux États-Unis et en Australie seront aussi réduites.

Les pêcheries mondiales risquent aussi d’encaisser des reculs significatifs. Dans les zones les plus méridionales, notamment, des espèces pourraient carrément disparaître. Déjà, le Programme des Nations unies pour l’environnement prévoit qu’il ne sera plus possible d’exploiter commercialement les poissons des océans d’ici 2050.

Impacts sur les pauvres

Ce nouveau rapport souligne que ce sont les populations pauvres des pays du Sud qui souffriront le plus des changements climatiques. «La part de la population mondiale confrontée à des pénuries d’eau ou affectée par d’importantes inondations va s’accroître avec le niveau du réchauffement au 21e siècle», peut-on lire dans le document.

Les problèmes sanitaires causés par des canicules vont empirer, tout comme — dans les régions pauvres — les maladies liées à la malnutrition ou la mauvaise qualité de l’eau.

Même si les impacts économiques globaux «sont difficiles à estimer», le GIEC estime que le changement climatique va «ralentir la croissance, [...] et créer de nouvelles poches de pauvreté».

Une aggravation des événements climatiques extrêmes va aussi engendrer des déplacements de population, notent aussi les scientifiques. «Moins d’eau et de ressources alimentaires, des migrations accrues, tout cela va indirectement augmenter les risques de conflits violents», met encore en garde le GIEC.

L'urgence d'agir

«Nous ne sommes pas préparés aux risques liés au changement climatique», a d'ailleurs prévenu lundi Vicente Barros, coprésident du groupe onusien. Les groupes environnementaux ont leur part souligné que ce nouveau rapport est un rappel supplémentaire de l'urgence de freiner le réchauffement planétaire, avant qu'il ne soit trop tard pour éviter le pire.

Le rapport doit servir à l’élaboration d’un accord mondial de lutte contre les changements climatiques. L’objectif de la communauté internationale est de parvenir, lors de la Conférence des Nations unies qui se tiendra en 2015 à Paris, à un accord mondial et contraignant permettant de contenir le réchauffement à 2 °C d’ici 2100. Au-delà de ce seuil, les scientifiques estiment que des conséquences dramatiques seront inévitables. Actuellement, la trajectoire climatique place la terre sur un réchauffement de 4 °C à 5 °C.

Le document GIEC, prix Nobel de la paix, est le fruit d’un travail colossal — 12 000 publications passées en revue — et constitue l’état des lieux scientifique le plus complet depuis le rapport de 2007.

 


Avec l'Agence France-Presse

À voir en vidéo