Mine Arnaud pourrait plonger le Québec dans le noir

Si le projet de Mine Arnaud voit le jour, d'importantes lignes de transport d'Hydro-Québec pourraient être menacées. On voit ici celles qui transportent l'électricité provenant de Churchill Falls (sur la gauche) et celles qui serviront à acheminer l'électricité du complexe de la Romaine (sur la droite), actuellement en chantier.
Photo: Lawrence Côté-Collins Si le projet de Mine Arnaud voit le jour, d'importantes lignes de transport d'Hydro-Québec pourraient être menacées. On voit ici celles qui transportent l'électricité provenant de Churchill Falls (sur la gauche) et celles qui serviront à acheminer l'électricité du complexe de la Romaine (sur la droite), actuellement en chantier.

S’il reçoit le feu vert de Québec, le projet Mine Arnaud pourrait représenter un risque qui dépasse de loin la région de Sept-Îles en provoquant une panne d’électricité générale au Québec. Il existe en effet une possibilité bien réelle de glissement de terrain provoqué par les eaux provenant de l’exploitation de la mine, ce qui pourrait endommager d’importantes lignes de transport d’Hydro-Québec.

L’exploitation de l’imposante mine à ciel ouvert nécessiterait la construction d’un barrage sur le ruisseau Clet, situé à l’ouest de la future fosse. Un bassin d’accumulation se formerait derrière ce barrage, de façon à recevoir la majorité des eaux issues de l’activité minière. Sa capacité totale équivaudrait à 480 piscines olympiques.

En aval de ce bassin, le débit du ruisseau serait beaucoup plus important qu’il ne l’est actuellement. Une situation qui a suscité des inquiétudes du côté du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Dans son rapport présenté le mois dernier, l’organisme s’est d’ailleurs dit préoccupé « par l’impact de l’augmentation du débit du ruisseau Clet sur l’érosion des berges et par les conséquences d’un glissement de terrain fortement rétrogressif sur les infrastructures situées en aval, d’autant plus que le risque de cette éventualité à cet endroit n’est pas écarté ».

Or, dans son étude d’impact, Mine Arnaud avait clairement répertorié les conséquences de tels glissements de terrain. Selon le promoteur, rappelle le BAPE dans son rapport, un glissement de terrain en aval des digues et du barrage risquerait d’endommager des lignes électriques importantes du réseau d’Hydro-Québec. Si cela se produisait, les dommages « pourraient entraîner une panne générale d’alimentation pour le Québec ».

Les lignes de 735 kV dont il est question passent à quelques dizaines de mètres en aval du barrage qui retiendrait les eaux du bassin d’accumulation. Ces lignes sont celles qui transportent l’électricité provenant directement du complexe de Churchill Falls, au Labrador. Ce tronçon névralgique du réseau d’Hydro-Québec achemine notamment l’énergie vers les grands centres que sont Québec et Montréal. À cela, il faut ajouter une ligne de 735 kV, déjà en chantier, et qui transportera l’hydroélectricité produite au complexe de la rivière Romaine.

Selon le BAPE, il est donc impératif de documenter « rigoureusement » l’impact de l’augmentation du débit du ruisseau Clet. « Ceci permettrait d’estimer le niveau de risque de glissements de terrain associé à la modification du régime hydrique de ce cours d’eau par les activités minières », peut-on lire dans le rapport.

Dans l’étude d’impact du projet minier produite en 2012, il est par ailleurs précisé qu’une rupture d’une digue du parc à résidus sur le ruisseau Clet pourrait également endommager les lignes d’Hydro-Québec. Un tel événement risquerait « de causer une panne générale d’alimentation électrique pour le Québec avec conséquences économiques ». La probabilité d’un accident de ce genre est toutefois jugée « très basse » dans l’étude.

On recommande néanmoins, dans l’étude d’impact du promoteur, de « construire des enrochements autour de la base des pylônes d’Hydro-Québec pour les protéger contre le flux provenant d’un bris de digue ». Il est aussi question, en cas de rupture de digues ou du barrage, de détourner les eaux vers la fosse où sera exploitée l’apatite.

Hydro-Québec en attente

 

Vérifications faites auprès du BAPE, Hydro-Québec n’a pas présenté de mémoire lors des audiences publiques. Aucun document n’a été communiqué aux commissaires durant le processus.

Le Devoir a aussi demandé à la société d’État si elle a étudié les risques pour ses lignes de transport associés au projet de Mine Arnaud. « Hydro-Québec travaille de près avec le promoteur du projet de la mine Arnaud afin d’analyser l’impact de celui-ci sur les corridors de lignes de transport d’Hydro-Québec et de déterminer les risques potentiels. Hydro-Québec est en attente de certains rapports de la part de la mine Arnaud », a-t-on répondu par courriel.

En plus des risques pour les lignes de transport d’électricité, les eaux provenant de l’exploitation minière pourraient, s’il se produisait un glissement de terrain, interrompre la circulation sur la route 138. Cela « isolerait la ville de Sept-Îles et les agglomérations situées plus à l’est », note le BAPE dans son rapport.

Ce rapport du BAPE conclut que le projet Mine Arnaud est inacceptable dans sa forme actuelle. L’organisme y souligne que les impacts environnementaux ont été très mal évalués. Il constate aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

Si elle voit le jour, la mine d’apatite — qui sert à la fabrication d’engrais — sera la plus importante mine à ciel ouvert en milieu habité au Québec. Le principal actionnaire du projet est Investissement Québec. Si la construction de la mine est lancée, elle nécessitera des investissements de plus de 750 millions de dollars, dont une majorité de fonds publics.

Aucune décision n’a encore été prise quant à la suite des choses. Avant le déclenchement des élections, le gouvernement a toutefois voté un décret qui indique que le ministre de l’Environnement a 21 mois pour soumettre le dossier final.

À voir en vidéo