L’humanité risque l’effondrement d’ici quelques décennies

Notre civilisation risque l’effondrement d’ici à peine quelques décennies en raison de la surexploitation chronique des ressources de la terre et de l’accroissement des inégalités. C’est ce que conclut une nouvelle étude de trois chercheurs universitaires, Safa Motesharrei et Eugenia Kalnay de l'Université du Maryland et Jorge Rivas de l'Université du Minnesota. 

 

Cette étude — dont la publication vient d’être acceptée par le Elsevier Journal Ecological Economics — se base sur la dynamique historique qu’entretiennent les civilisations par rapport à la nature, mais aussi à l’intérieur même de leurs structures sociales. Le modèle de recherche est donc multidisciplinaire.

 

Les chercheurs ont ainsi mis en évidence les raisons qui ont contribué à la chute des civilisations au cours des derniers millénaires. Selon leurs travaux, une série de facteurs liés entre eux sont à prendre en compte, parmi lesquels le climat, la population, l’eau, l’agriculture et l’énergie.

 

Ces facteurs peuvent mener à un effondrement de la civilisation s’ils convergent vers une « rareté des ressources provoquée par une trop grande pression exercée sur les capacités de la nature » et une « stratification économique entre riches et pauvres ». Ces phénomènes combinés « ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins au cours des cinq mille dernières années », concluent-ils.

 

« Déficit écologique »

 

Le fait que l’humanité surexploite la majorité des ressources terrestres vitales pour sa survie fait de moins en moins de doute. À preuve, le « déficit écologique » annuel de l’humanité survient de plus en plus tôt chaque année, selon le Global Footprint Network, qui regroupe des scientifiques, des universitaires, des municipalités et des entreprises de partout dans le monde.

 

L’an dernier, le jour du dépassement est survenu le 20 août. En 1993, il y a donc à peine 20 ans, il est survenu le 21 octobre. Ce point de dépassement le moment, dans l’année, où la population mondiale a consommé l’ensemble des ressources que la planète était en mesure de produire pour l’année en cours.

 

Au rythme actuel, le Global Footprint Network évalue que « la demande de l’humanité en ressources et services écologiques exigerait une fois et demie la capacité de la Terre pour être satisfaite ». Selon ces mêmes calculs, « nous aurons besoin de deux planètes d’ici 2050 si les tendances actuelles persistent ». Si tous les Terriens consommaient comme les Canadiens, il nous faudrait l’équivalent de trois planètes et demie pour assurer notre subsistance.

 

Les pêcheries mondiales constituent un bon exemple de la surexploitation des ressources mondiales. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, il pourrait être impossible d’exploiter commercialement les poissons des océans d’ici 2050.

 

Qui plus est, les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine risquent d’aggraver les choses. Selon la Banque mondiale, de graves pénuries alimentaires sont ainsi à prévoir si le réchauffement planétaire poursuit sur sa lancée actuelle. Cela risque d’aggraver le problème de la faim dans le monde. Déjà, malgré une croissance marquée de la production agricole et une kyrielle d’engagements politiques, la faim dans le monde n’a pratiquement pas reculé, selon le rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter. Les stratégies censées permettre de lutter contre ce fléau ont lamentablement échoué, en plus de nuire à l’environnement.

 

Les scientifiques prédisent aussi un accroissement du niveau des océans qui affectera de plus en plus de populations côtières, des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents ainsi que des effets irréversibles sur la biodiversité mondiale.

 

Les élites et le statu quo

 

Dans une telle dynamique, les citoyens les plus privilégiés sont toutefois prompts à refuser tout changement, soulignent les chercheurs qui ont mené l’étude. Ils sont en effet moins affectés que les plus démunis par « les effets de la détérioration de l’environnement ». Ils peuvent donc se contenter du statu quo beaucoup plus longtemps avant d’être forcés d’agir.

 

L’étude souligne par ailleurs que le développement technologique n’est absolument pas en mesure de permettre à l’humanité d’éviter le pire. « Les changements technologiques augmentent l’efficacité des ressources, mais aussi la surconsommation », peut-on lire dans le document.

 

Si l’effondrement paraît, en l’état actuel des choses, « difficile à éviter », les scientifiques mettent en avant la nécessité urgente de « réduire les inégalités économiques afin d’assurer une distribution plus juste des ressources, et de réduire considérablement la consommation de ressources en s’appuyant sur des ressources renouvelables moins intensives et sur une croissance moindre de la population ».

 

Avec Le Monde

78 commentaires
  • Danielle - Inscrit 19 mars 2014 15 h 30

    Manger de l'argent.

    ''Dans une telle dynamique, les citoyens les plus privilégiés sont toutefois prompts à refuser tout changement, soulignent les chercheurs qui ont mené l’étude financée par la NASA. Ils sont en effet moins affectés que les plus démunis par « les effets de la détérioration de l’environnement ». Ils peuvent donc se contenter du statu quo beaucoup plus longtemps avant d’être forcés d’agir.''

    Lorsque la planète sera morte, les plus riches devront se contenter de manger de l'argent!

    • Louise Lefebvre - Inscrite 23 mars 2014 21 h 07

      Les plus riches ne pourront survivent à ce type de pollution humaine ...ils en mourront aussi tôt ou tard.
      https://www.facebook.com/groups/stopponsleschemtrailsauquebec/

  • abderrahmane oucible - Inscrit 19 mars 2014 16 h 01

    Pourquoi pas quelques années!?

    L'étude des impacts de la pollution en général ( liquide solide gazeuse radioactive et autre) n'admet pas de normes ou de calculs pour estimer tel ou tel prochain événement catastrophique pour notre survie, il est donc trés probable que nous allons subir d'autres catastrophes 10 fois ou 100 fois plus grandes que les précédentes dans le courant de cette decennie.

  • François Beaulé - Abonné 19 mars 2014 16 h 07

    Excellente nouvelle!

    Le plus vite notre civilisation s'effondrera, le mieux ce sera pour la survie de la biosphère. Notre planète pourra enfin se débarasser de son dangereux prédateur. Plus vite notre civilisation d'effondrera, plus les chances que quelques groupes d'hommes puissent survivre et démarrer une nouvelle civilisation augmentent.

    Hourra! Merci à la NASA pour cette bonne nouvelle!

    La civilisation américaine n'a pas ménagé ses efforts pour accélérer la survenue de l'effondrement salvateur de notre mode de vie. Nous lui devons une fière chandelle.

    • Simon Chamberland - Inscrit 19 mars 2014 19 h 37

      Civilisation américaine ?

      La civilisation communiste a fait un plus gros gâchis avec moins de moyens et en moins de temps.

    • Patrick Lépine - Inscrit 20 mars 2014 08 h 58

      Bien oui Cuba en est le parfait exemple...

    • Patrick Lépine - Inscrit 20 mars 2014 09 h 03

      @Simon Chamberland Et Cuba en est la vitrine parfaite de ce gâchis!?

      Les visions du communisme ne se ressemblent pas toutes on dirait...

    • Simon Chamberland - Inscrit 21 mars 2014 15 h 31

      @Patrick Lépine : Si jamais vous allez à Cuba, sortez des complexes de villégiatures 5 étoiles. Vous pourriez être surpris. La désertification avance à grands pas sur l'île, la nappe phréatique est de plus en plus impropre à la consommation et la biodiversité chute. De grâce, ne sortez pas l'excuse facile de mettre ça sur le dos de l'embargo.

    • Benoît Leblanc - Inscrit 21 mars 2014 15 h 49

      En fait, d'après le World Wildlife Fund, Cuba est le seul pays du monde dont l'économie est écologiquement durable.

      Cependant, cette étude ne signale pas l'effondrement de la civilisation occidentale. Ce seront même fort probablement les pays les plus riches qui seront les derniers à souffrir; ce qui empirera d'abord, ce sera leur comportement prédateur face au reste du monde.

  • Gilles Théberge - Abonné 19 mars 2014 16 h 23

    Ils ont tout faux!

    Ainsi, « Selon leurs travaux, une série de facteurs liés entre eux sont à prendre en compte, parmi lesquels le climat, la population, l’eau, l’agriculture et l’énergie.».

    Ben voyons! C'est la cupidité qui détruit les sociétés. La violence, le désir de domination des uns par les autres, tout cela nourri par l'orgueil et la vanité des puissants. C'est ça qui tue les sociétés et les civilisations.

    Ça prend des américains pour se promener les yeux grand fermés et pontifier en oubliant un facteur majeur : c'est qu'ils appartiennent justemenr à cette société que dis-je, cet Empire américain dont la capacité de destruction et la turpitude se perpétue, et constitue justement un élément destructeur majeur des sociétés qu'il domine, et de diverses manières asservit selon son bon vouloir.

    Quelle société répand dans le monde entier le poison de la surconsommation et pour y parvenir use de surexploitation? Quelle société encourage la surpêche? Quelle société détourne l'économie de sa véritable nature et de sa fonction fondamentale pour la transformer dans les excès de la financiarisation et de la spéculation? Ben oui c'est ça, réduire les inégalités économiques!

    Je pense qu'on est mieux de se préparer au pire. Mais avait-on besoin d'eux pour le savoir? Pas vraiment, on s'en doutait. C'est de solutions dont on a besoin, et ça passe par le politique. Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir...?

    Et après les frémissement d'une nouvelle agitant la planète média, cette belle étude retombera comme une feuille d'automne sur le parquet de l'impuissance dans la tour de Babel de la géopolitique mondiale.

    Business as usual!

    • Damien Tremblay - Inscrit 19 mars 2014 20 h 17

      Cher M. Théberge,

      Vous venez de faire là une très beau commentaire d'une dramatique exactitude; car ceux-là même qui souffrent de cécité pondent des études pour mettre en garde l’espèce humaine.

      Ceux qui ont les deux mains sur le volant de notre vaisseau planétaire ne sont rien d'autre qu'un groupe de psychopathes dont le mode de pensée et d'agir sont TOTALEMENT coupés de la réalité.

      Ce sont des intégristes adorateurs de l’argent et du pouvoir, écrasés par un égoïsme incommensurable. Ils mènent l’humanité et une partie du règne animal et végétal tout droit vers l’extinction. Heureusement, après la disparition de l’homme, la planète va se rétablir rapidement.

      Jean Henri Fabre, ce penseur et visionnaire de la fin du XIXème début XXème, voyait venir l’échec de notre espèce : « L'homme succombera tué par l'excès de ce qu'il appelle la civilisation. »

    • Raymond Chalifoux - Abonné 22 mars 2014 13 h 44

      Anne, ma soeur Anne, verrais-tu "Occupy" quêque part? (...)

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 mars 2014 04 h 55

      Voici l'exemple concret de ce que je répète toujours : Le succès est toujours porteur de sa propre défaite !

      Bonne journée.

      PL

  • Djosef Bouteu - Inscrit 19 mars 2014 16 h 50

    Exemple concret.

    Voir l'histoire de la civilisation des Rapas Nuis, sur l'Île de Pâques, pour comprendre comment la surexploitation peut mener à l'effondrement d'une société.

    Ce peuple avait une culture riche et avait développé l'écriture. La destruction des ressources par la surexploitation a causé un effondrement démographique et des pans entiers de leur culture, dont l'écriture, tomba dans l'oubli brutalement.

    • Michel Richard - Inscrit 19 mars 2014 21 h 21

      Des exemples concrets y'en a des douzaines. Et c'est certain que notre civilisation changera ou s'éteindra. La question est "quand ?" dans 20 ans ?, deux cents ans ?, deux mille ans ? ou vingt mille ans ?

      Y'a aussi des dizaines et des dizaines de charlatans qui ont annoncé la fin du monde. Des fois même avec un vernis scientifique, comme ici.

    • Danielle Caron - Inscrite 20 mars 2014 09 h 30

      @Michel Richard

      Une étude aussi sérieuse mise sur le même pied que des "dizaines de charlatants"? Je pense qu'il vous faut relire l'article une deuxième fois, sinon une troisième pour bien saisir son contenu. Il est plus que temps de se sortir la tête du sable, ne croyez-vous pas?
      Un mode de vie qui consiste à rouler à fond de caisse avec le pied soudé à l'accélérateur, ça ne peut plus fonctionner. C'est ça que cette étude crie à tue-tête.
      Le maître bouddhiste Thich nhat hanh résume, lui aussi, très bien la situation dans sa dernière allocution donnée en Californie l'automne dernier devant 35 000 personnes en disant que la façon dont les habitants des pays riches vivent, en consommant sans arrêt, équivaut à manger les enfants des pauvres dans les pays sous-développés. Une image qui en a fait sursauter plus d'un, mais qui ne saurait être plus juste, à la lumière de ses explications.
      Il y a extrême urgence. L'homme doit faire preuve de plus de souplesse afin d'être en mesure de modifier entièrement ses habitudes de vie, laisser tomber ses gros chars, tous ses gadgets électroniques dont il ne peut se passer... son individualisme à outrance, etc. etc.
      Et se faire à l'idée que si nous ne prenons pas tous des mesures pour changer les choses immédiatement, il est absolument certain que notre civilisation ne sera plus là dans deux cent, mille ans, encore moins vingt mille.
      Et nos chers partis politiques, avec leurs promesses de forage pétrolier, de pipelines et de plan nord n'ont pas encore pigé. Ça, c'est encore pire que tout. Ya vraiment pas de quoi être fiers d'être Québécois (ou Canadiens, peu importe) en ce moment.

    • Danielle Caron - Inscrite 20 mars 2014 09 h 39

      @M. Rivard

      "Ya aussi des dizaines et des dizaines de charlatans qui ont annoncé la fin du monde".
      Je crois que, dans les circonstance, il serait préférable que vous relisiez l'article une ou deux fois pour bien vous faire une idée de son contenu.

    • Michel Richard - Inscrit 22 mars 2014 18 h 21

      Mme Caron, J'ai non seulement lu l'article, mais l'étude dont on parle, en avez vous fait autant ? l'avez vous même lue, l'étude, pour dire qu'elle est sérieuse ? L'auteur principal est étudiant à l'Université du Maryland, un autre était au Minnessota. Ils ont monté un modèle théorique qui se résume à quatre équations mathématiques pour prédire l'avenir. Ça me semble simplet.

      L'étude est datée de novembre 2012 et viendrait d'être acceptée par Ecological Economics. Un an et demi pour trouver une revue qui accepte de publier ? et pas une revue de premier ordre.
      Sur quoi vous basez-vous pour dire que l'étude est "si sérieuse" à part le fait que la conclusion correspond à ce que vous aimez entendre . . .

    • Lambert Joël - Inscrit 23 mars 2014 22 h 01

      Je suis d'accord avec M. Richard quant à la difficulté de prédir l'avenir à partir de 4 simples équations mathématiques.

      De plus, l'article a une faiblesse méthodologique évidente. Les auteurs affirment, et donnent des exemples, que les effondrements de civilisations sont communs. Ils élaborent par la suite un modèle sensé expliquer ce phénomène. Cependant, au lieu de le tester avec les exemples cités au début de l'article, ils passent directement à l'analyse des répercussions de leur modèle et affirment que notre civilisation devrait s'effondrer si nos politiques ne changent pas.

      Bref, les auteurs annoncent l'apocalypse avec un modèle qu'ils n'ont pas vérifiés avec les nombreux cas historiques qu'ils mentionnent...