La tension est plus vive que jamais à Sept-Îles

Sept-Îles — Est-ce qu’une énorme mine à ciel ouvert a sa place dans un milieu habité, alors que le projet est jugé inacceptable par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement ? À Sept-Îles, le débat fait rage depuis des mois et la tension est plus vive que jamais entre partisans et opposants au projet de Mine Arnaud, dont le gouvernement du Québec est le principal actionnaire.

 

Où que l’on aille dans cette ville de la Côte-Nord étroitement liée au secteur minier, l’épineux dossier de la mine d’apatite suscite des discussions tendues dès que les points de vue divergent. Les attaques parfois très virulentes se déclinent aussi à travers des textes ou des pages de publicités dans les journaux de la région. Même dynamique d’affrontements sur les réseaux sociaux.

 

Pour le maire Réjean Porlier, élu en novembre dernier, le constat est clair : « La tension est palpable ». « C’est un peu malsain, explique-t-il au Devoir. Mais c’est toujours la même dynamique. Il y a des gens d’affaires qui disent que l’économie ne va pas bien et qui voient le projet comme une porte de sortie. Ils sont tous convaincus qu’il faut aller de l’avant. Et de l’autre côté, il y a des gens qui ne veulent pas aller de l’avant avec un projet qui est inacceptable. »

 

Rapport critique

 

Le BAPE a effectivement conclu que le projet de mine d’apatite « n’est pas acceptable » dans sa forme actuelle, dans un rapport particulièrement critique publié le mois dernier. L’organisme y souligne que les impacts environnementaux du projet de Mine Arnaud ont été très mal évalués. Il constate aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

 

Il s’interroge enfin sur la rentabilité du projet, alors que les prix du phosphate (l’apatite est constituée de phosphate) sont appelés à reculer fortement au cours des prochaines années, selon les prévisions de la Banque mondiale. Or, le développement de la mine nécessiterait des investissements de 750 millions de dollars, dont une majorité de fonds publics. Ce rapport, très attendu à Sept-Îles, représente d’ailleurs toute une rebuffade pour Investissement Québec, principal bailleur de fonds de Mine Arnaud.

 

Pour les opposants rencontrés sur la Côte-Nord, dont certains militent depuis plus de trois ans contre l’implantation de la mine, le document en signe tout simplement l’arrêt de mort. Une bonne nouvelle, font-ils valoir, en rappelant l’ampleur de la mine qui serait exploitée tout près de la vaste baie de Sept-Îles. Au cours de son développement, elle générerait des centaines de millions de tonnes de résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.

 

Vers une mine

 

Chez les partisans, le rapport de l’évaluation environnementale est plutôt présenté comme une étape dans un long processus. Ils ont d’ailleurs organisé une manifestation vendredi dernier dans le but d’appuyer Mine Arnaud. La députée péquiste sortante, Lorraine Richard, y était, de même que les candidats libéraux et caquistes.

 

Pour Émilie Paquet, directrice générale de la chambre de commerce de Sept-Îles, « le promoteur a encore du travail à faire », mais il est possible d’en faire un « projet exemplaire ». Il faut dire que des emplois ont été supprimés au cours des derniers mois par des entreprises minières à Sept-Îles. Mine Arnaud pourrait en créer trois cents.

 

La direction du cégep de Sept-Îles et de la Commission scolaire du Fer ont aussi pris position en faveur du développement de la mine. Une situation qui, selon nos informations, a créé des tensions au sein des établissements d’enseignement.

 

La division qui règne au sein de la population se transpose aussi à chacune des réunions du conseil municipal. La forte majorité des conseillers ont réitéré leur appui au projet après la parution du rapport du BAPE. En fait, seul le maire Réjean Porlier n’a pas pris position en faveur du projet. Une situation qui lui vaut de nombreuses attaques des «pro-mine». « J’ai été identifié comme étant contre le projet, mais en fait, j’ai toujours dit qu’il ne fallait pas aller de l’avant avec un projet qui soit inacceptable. Je souhaite aussi qu’il y ait un certain consensus, et je ne vois pas de consensus dans la population à l’heure actuelle. »

 

M. Porlier estime d’ailleurs que Québec devrait intervenir, de façon à calmer le jeu à Sept-Îles. « Plus quelque chose traîne, plus ça se salit. Si le gouvernement veut en bout de ligne laisser tomber le projet, le fait de laisser traîner, ça ne peut que pourrir le climat. Il faudrait que le gouvernement nous dise où il s’en va. »

 

Chez Investissement Québec, l’organe gouvernemental qui pilote le projet et a déjà investi 25 millions de dollars dans l’aventure, le tout suit son cours. Il n’est pas question de reculer. « Le projet est toujours bien en vie. On travaille sur les façons de se conformer aux avis du BAPE », fait valoir la porte-parole, Chantal Corbeil. Selon elle, il n’existe « aucun enjeu majeur dans les avis du BAPE ». Investissement Québec ne précise pas d’échéancier pour effectuer une éventuelle révision du projet.

7 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 18 mars 2014 07 h 02

    Malartic

    Allez demander aux résidents de Malartic.

    • André Michaud - Inscrit 18 mars 2014 10 h 34

      La majorité à Malartic appuient la mine car ils sont sortis du BS et de la misère. Il ya déjà eu un excellent reportage à ce sujet au téléjournal de RC.

      Ce sont surtout ceux qui habitent à coté de la mine qui sont contre car ils ont voulu que la compagnie leur achète leur maison à très gros prix et n'ont pas réussis.

    • Guy Vanier - Inscrit 18 mars 2014 19 h 22

      <Ce sont surtout ceux qui habitent à coté de la mine qui sont contre car ils ont voulu que la compagnie leur achète leur maison à très gros prix et n'ont pas réussis.>

      Ils ont bien raison leur maison a perdue toute se valeur......
      Ou demeuré vous monsieur Michaud?

  • Robert Eichenberger - Inscrit 18 mars 2014 09 h 05

    750million /300 jobs =

    2 500 000$ PAR JOB Au lieu, donnez-donc un million chaque à 300 personnes qui veulent partir une PME et créez plus d'emplois en sauvant 450 millions aux contribuables.

  • Éric Turenne - Inscrit 18 mars 2014 15 h 20

    Becquerel

    L'extraction de se minerai n'est pas sans périls
    il est constituer entre autre de polloniun 215 et d'uranium 238
    L'extraire en milieu urbain relève
    De quoi dites moi?

    • Guy Vanier - Inscrit 18 mars 2014 19 h 26

      Si je me souviens bien les médecins sont contre cette exploitation de l'uranium...... Ils ont changé le nom pour l'apatite..... Pourquoi? Pour endormir le bon peuple.

  • Ginette Trudel - Inscrite 18 mars 2014 19 h 07

    Je trouve dommage le jugement de Monsieur André Michaud.Est-ce qu'il connait notre histoire de voisinage avec Osisko?Est-que vous êtes certain que cette minière nous a sorti de la misère?? Quand il y a un manque de respect des lois (infractions). Imaginez-vous de vivre à coté de la minière?Moi, voisine de cette mine.Les tensions de Sept-ILes sont très stressantes pour les gens déjà la qualité de vie s'éffrite ....