Mine Arnaud: les citoyens se rangent du côté du BAPE

Selon les résultats d'un nouveau sondage Léger obtenus par <em>Le Devoir</em>, un total de 76 % des Septiliens ont «assez» ou «très» confiance dans le BAPE, mandaté par Québec pour étudier ce projet d'exploitation d'apatite, qui souhaiterait se développer dans les limites de la ville.
Photo: Source IOC Selon les résultats d'un nouveau sondage Léger obtenus par Le Devoir, un total de 76 % des Septiliens ont «assez» ou «très» confiance dans le BAPE, mandaté par Québec pour étudier ce projet d'exploitation d'apatite, qui souhaiterait se développer dans les limites de la ville.
Sept-Îles — Une forte majorité de la population de Sept-Îles a confiance dans le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui a récemment jugé inacceptable le controversé projet Mine Arnaud. Celui-ci entraînerait la construction de la plus importante mine à ciel ouvert en milieu habité du Québec.

Selon les résultats d'un nouveau sondage Léger obtenus par Le Devoir, un total de 76 % des Septiliens ont «assez» ou «très» confiance dans le BAPE, mandaté par Québec pour étudier ce projet d'exploitation d'apatite, une ressource composée de phosphate et utilisée dans la fabrication d'engrais.

Les conclusions de l'organisme concernant le projet Mine Arnaud — dont Investissment Québec est le principal actionnaire — sont sans équivoque. Dans un rapport rendu public le mois dernier, le BAPE blâme sévèrement le promoteur derrière ce projet. «La commission ne peut que constater que l’ensemble du dossier est incomplet et ne répond pas adéquatement aux enjeux relatifs à la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi qu’aux risques de glissement de terrain et de tassement de sol», écrivent les commissaires dans ce document de quelque 200 pages.

C’est le cas par exemple pour la baie de Sept-Îles, située tout près du site projeté. Le BAPE estime qu’«entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants» pourraient migrer vers la baie tout au long des 30 années d’exploitation prévues. Or, «même si la baie est largement reconnue comme un territoire d’intérêt écologique doté d’une grande biodiversité», les promoteurs n’ont mené «aucune évaluation» des impacts du projet sur la baie.

Le document critique aussi les façons de faire du promoteur en ce qui a trait à la présentation de son étude d’impacts. Au final, le BAPE «constate l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne».

Le rapport recommande donc de mener des «évaluations complémentaires», puisqu’il est impossible de mesurer les impacts réels du projet sans des données supplémentaires.

Retenue des élus réclamée

Le sondage Léger révèle par ailleurs que 63% des citoyens demandent aux élus du conseil municipal de ne pas appuyer le projet Mine Arnaud à ce stade. «De toute évidence, le rapport du BAPE n’a pas rassuré la population. Une forte proportion de Septiliens demandent à leurs élus de respecter le rapport du BAPE et de ne pas appuyer le projet dans l’état actuel des connaissances», a fait valoir Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition Québec meilleure mine, qui a mandaté la firme Léger pour ce sondage.

Les élus n'ont toutefois pas suivi la volonté de leurs commettants. Lors du dernier conseil municipal, le 24 février, une très forte majorité des conseillers municipaux ont donné leur appui au projet de Mine Arnaud, a constaté Le Devoir. «Une ville où je veux habiter, où je veux élever mes enfants et mes petits-enfants, ça doit être une ville en santé. Mais pour moi, c'est clair aussi que la santé passe par la santé économique. Et actuellement, je pense qu'un projet comme la Mine Arnaud, ça ferait du bien à notre ville», a notamment affirmé la conseillère municipale Charlotte Audet. Mme Audet siège également au conseil d'administration de la Caisse d'économie des Mines, métaux et services publics chez Desjardins.

De nombreux partisans du projet, essentiellement issus du milieu des affaires de la région, ont applaudi chacun des conseillers qui se sont prononcés en faveur de la construction de l'imposante mine un peu au nord de la baie de Sept-Îles. Les partisans du projet minier achètent depuis des mois des publicités vantant Mine Arnaud dans les journaux de la région. Vendredi, ils doivent tenir une manifestation à Sept-Îles. Plusieurs ont appelé à la fermeture des commerces de la ville pour cette marche.

Selon eux, le projet doit permettre de relancer l'économie de la région, après certains reculs dans le secteur minier. La rentabilité du projet est toutefois loin d'être assurée. Selon les plus récentes analyses de la Banque mondiale, le prix du phosphate avoisine présentement les 100 $ la tonne. Or, selon le scénario présenté par Mine Arnaud, le seuil de rentabilité de la future mine se situerait à 120 $ la tonne. La Banque mondiale prévoit en outre que les prix du phosphate continueront de reculer au cours des prochaines années, pour se situer à environ 70 $ en 2025.

Neutralité du maire

Seul le maire élu en novembre dernier, Réjean Porlier, n'a pas pris position dans le dossier. Selon lui, la mine ne devrait pas voir le jour si elle rejetée par le BAPE. Lors de la campagne électorale de l'automne dernier, il a promis d'organiser un référendum sur le projet. Une pétition de 5000 noms — sur une population de 30 000 personnes — réclamant une telle consultation populaire a déjà été soumise à l'administration municipale. Ce référendum n'a pas encore été annoncé, mais certains conseillers municipaux s'y opposent.

C'est Investissement Québec qui est le principal actionnaire du projet de Mine Arnaud. Jusqu’à présent, quelque 40 millions de dollars ont été investis dans le développement de ce projet de mine à ciel ouvert sur le territoire de Sept-Îles, dont 25 millions provenant des coffres de l'État. Mais pour développer le projet d’exploitation d’apatite, les investissements nécessaires sont évalués à plus de 750 millions de dollars, dont une bonne part de fonds publics.

Depuis la parution du rapport du BAPE, Mine Arnaud n'a jamais remis en question la réalisation de ce projet. Au cours de sa durée de vie, la mine d’apatite générerait des centaines de millions de tonnes de résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.

Le sondage Léger a été réalisé par voie téléphonique auprès de 300 personnes du 4 au 6 mars derniers et comporte une marge d’erreur de 5,6%, 19 fois sur 20.
2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 10 mars 2014 11 h 35

    Mine à ciel ouvert.

    Pour faire une comparaison, si vous avez le temps et l'intérêt de regarder quelque chose d'intéressant. La rencontre de 2 mondes, en Alaska, d'un côté des autochtones habitués à vivre de la pêche aux saumons sauvages Sockeys et de l'autre une minière qui veut prospecter une mine de cuivre, d'or, et de molybdène qui, selon eux, rapportera $500 milliards.

    Le problème, la mine sera à ciel ouvert et grande au point que la plus grande des mines aux USA ne remplirait pas le ¼ du trou de cette mine, si on pouvait la mettre dans le trou de celui projetée. Le problème, c'est que le saumon est renouvelable et la mine produira des déchets qui seront encore là dans 10000 ans. Il y a aussi les dangers que ces réservoirs débordent de leurs bassins dans l'environnemnent sont très loin d'être négligeables.

    Comme dit l'un des spécialistes payés par la minière, les immenses réservoirs d'eaux résiduelles pollués qui résulteront de l'exploitation de cette mine seront comme de l'acide de batterie de voiture. Ce documentaire est à voir, pour savoir les raisons du pourquoi des gens plus évolués n'en veulent pas. Quelques rares autochtones veulent de la mine pour "pourovir travailler et mettre du gaz dans leur ski doo et aussi leur camion," comme ils disent. Ça dure 1 heure de votre temps:

    L'OR BORÉAL
    Mercredi 5 mars / 21 h, Jeudi 0 h et 11 h / dimanche 18 h 30

    Autres diffusions : lundi 17 h, mardi 7 h et mercredi 15 h

    http://ici.exploratv.ca/emissions/or-boreal

  • Benjamin Galipeau - Inscrit 10 mars 2014 12 h 28

    Faux

    Je cite: "Le sondage Léger révèle par ailleurs que 63% des citoyens demandent aux élus du conseil municipal de ne pas appuyer le projet Mine Arnaud à ce stade."

    C'est complétement faux. Voici la vrai réponse du 63%, dont je fais également partie: "Demander des modifications et réexaminer le projet ensuite".

    C'est exactement ce qui est écrit dans le sondage qui peut être lu ici: http://www.quebecmeilleuremine.org/sites/default/f

    Bon travail de recherche pour vérifier les faits. Je suis impressionner par tant de rigueur.

    La réponse officielle du groupe Citoyens pour Mine Arnaud peut être consulter sur leur page facebook.