Les espoirs déçus des écologistes

Steven Guilbeault, directeur général et cofondateur d’Équiterre
Photo: Martine Larose/Éditions druide Steven Guilbeault, directeur général et cofondateur d’Équiterre

Après avoir promis de placer l’environnement parmi ses priorités, le gouvernement Marois s’est finalement avéré « très décevant », affirme Steven Guilbeault, sommité du milieu écologiste québécois. Dans le livre Le prochain virage, qu’il cosigne avec l’environnementaliste François Tanguay, il soutient même que le Parti québécois a choisi de devenir « le complice » de la pire forme d’exploitation pétrolière en s’enthousiasmant pour les projets de pipelines.

 

« Dans des dossiers comme celui de l’énergie ou du climat, nous sommes sur la voie d’accotement, explique le cofondateur d’Équiterre. Pourtant, dans le dossier pétrolier, le gouvernement a avancé très rapidement. Plusieurs ont été surpris de ce virage pro-pétrole et pro-pipeline. En fait, la communauté écologiste a été déçue de voir comment les choses se sont déroulées. »

 

Selon M. Guilbeault, l’inversion du flux de l’oléoduc 9B d’Enbridge illustre bien la déception de ceux qui avaient placé beaucoup d’espoir dans le discours « vert » du Parti québécois lors de l’élection de 2012. « Nous avons perdu beaucoup de temps. Québec a attendu un an avant de tenir une commission parlementaire. La commission s’est faite à la va-vite, en seulement six jours. En fait, le rapport était écrit pendant la commission. »

 

La première ministre, Pauline Marois, n’a jamais caché son enthousiasme envers ce projet qui fera couler 300 000 barils de brut de l’Ouest jusqu’à Montréal d’ici à la fin de 2014. Québec a invoqué à maintes reprises le fait que cela permettra d’assurer la compétitivité des deux dernières raffineries de la province. Après l’approbation du projet par Ottawa, jeudi dernier, Mme Marois a affirmé qu’un Québec indépendant aurait pu imposer ses conditions à la pétrolière albertaine.

 

Dans Le prochain virage, MM. Guilbeault et Tanguay affirment toutefois que le Québec a choisi de participer à un « jeu tordu », qui ne changera rien au déficit commercial et ne générera pas les emplois que fait miroiter le lobby favorable aux sables bitumineux.

 

La province risque d’ailleurs de prendre une part plus active dans le développement pétrolier albertain avec le projet d’oléoduc Énergie Est, piloté par TransCanada. Ce nouveau pipeline, souligne le livre à paraître mercredi, fera du Québec un simple point de transit pour l’or noir de l’Ouest. Il est en effet conçu essentiellement comme un moyen d’exporter une production en pleine croissance.
 

L’erreur de l’or noir

 

Steven Guilbeault et François Tanguay s’interrogent en outre sur la volonté ferme du gouvernement péquiste de lancer le Québec sur la voie de l’exploration pétrolière. « Miser sur le pétrole à long terme n’est pas une option, c’est une folie !, écrivent les coauteurs du Prochain virage. Nos priorités doivent être ailleurs, loin de la spéculation sur les réserves hypothétiques d’énergie qui ne font que nourrir les scénarios prévoyant une hausse continue de la consommation. »

 

Contrairement à ce qu’affirment les ministres péquistes des Ressources naturelles et de l’Environnement, Steven Guilbeault estime qu’il est incohérent d’investir dans la recherche de pétrole et prétendre réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

 

Selon lui, il est toujours difficile de voir l’orientation que Québec souhaite donner au développement énergétique. « Selon le budget du ministre, Nicolas Marceau, le gouvernement va injecter 250 millions de dollars dans l’industrie, mais sans espoir de revenus à court ou moyen terme. C’est un montant qui s’approche de ce qu’on met dans l’électrification des transports. C’est dur de voir un virage clair du gouvernement Marois vers l’électrification. »

 

Le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques, dévoilé récemment par Le Devoir, insistait justement sur la nécessité d’opérer un virage très ambitieux dans notre façon de consommer l’énergie, un virage qui passe par une réduction draconienne de notre dépendance aux énergies fossiles. Plusieurs des pistes de solutions évoquées dans le rapport, dont le frein à l’étalement urbain et la nécessité d’investir dans l’efficacité énergétique, sont d’ailleurs élaborées dans Le prochain virage.

 

Il y a effectivement urgence à agir, affirme M. Guilbeault. Il est plus que temps de viser « un ralentissement sérieux » des émissions de gaz à effet de serre, sans quoi la crise climatique pourrait entraîner la planète sur une pente extrêmement dangereuse.

 

Le cul-de-sac d’Ottawa

 

Le directeur général d’Équiterre s’adresse bien sûr au gouvernement Marois, qui n’a toujours pas présenté de Plan de lutte contre les changements climatiques. Mais il déplore aussi la totale inaction d’Ottawa dans le dossier. « Le Canada demeure un paria dans le club des parias internationaux. Il continue de jouer à l’autruche. Il est complètement isolé. D’ailleurs, nous avons peu parlé du Canada dans le livre, parce qu’il n’y a rien à faire avec le gouvernement Harper. Il faudra voir ce qui se produira lors des prochaines élections. »

 

Au fil des ans, M. Guilbeault dit constater une volonté à « géométrie variable » de nos dirigeants dans le domaine environnemental. « Mais plus les gens vont s’intéresser aux questions environnementales, comme celle du climat par exemple, plus les discours creux et les faux-fuyants seront difficiles à tenir. C’est pour cela que notre livre a été écrit. »

***


Steven Guilbeault en cinq dates

1970: Naissance à La Tuque.
1997: Il se joint à Greenpeace, dont il sera le porte-parole québécois jusqu’en 2007.
2001: Arrêté alors qu’il escalade la tour du CN pour dénoncer la position des États-
Unis et du Canada sur les changements climatiques.
2007: Il se joint à Équiterre, dont il est aujourd’hui le directeur principal.
2014: Publication du livre Le prochain virage, aux Éditions Druide.

Le prochain virage

Steven Guilbeault et François Tanguay

20 commentaires
  • Pierre Couture - Inscrit 10 mars 2014 06 h 56

    Déception équivoque

    Si l'on se souvient que M. Guilbeault a accepté beaucoup de contrats rétribués de la part de divers ministres libéraux du temps du régime Charest, on peut trouver ambigüe sa déception présente, compte tenu du fait que le gouvernement actuel a moins rétribué ses services de conseiller...

    • Paul Gagnon - Inscrit 10 mars 2014 09 h 33

      Il serait peut-être temps d'exiger des OSBL qui reçoivent de l’argent des gouvernements, donc de nous tous, qu'elles publient des états financiers limpides et complets, incluant les salaires de leurs dirigeants. Après tout, aujourd’hui, c’est de plus en plus la norme.

    • lise pelletier - Inscrit 10 mars 2014 09 h 35

      et aussi dernièrement avec Coderre et autres maires de la Rive Nord, il approuvait l'inversion d'Enbridge, alors sa déception face au Parti Québécois, on repassera..

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 mars 2014 11 h 02

      Vous pouvez préciser de quels contrats vous parlez au juste m. Couture ?

    • Dale Robertson Equiterre - Abonné 10 mars 2014 11 h 57

      Vous mentez M. Couture; j'ai accepté de présider, de façon bénévole, un comité sur les renouvelables et de siéger, également bénévolement, sur le comité aviseur sur les changements climatiques. J'ai participé au même comité sous le P.Q.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 10 mars 2014 11 h 59

      Transporter l'équivalent de 18 wagons DOT 111 par heure ( à 10 KM/h ) pour combler les besoins des 2 seules raffineries québécoises selon les exigences d'Équiterre et de Coderre pour une vingtaine d'années c'est un moindre mal que de laisser aller le projet Énergie EST de TCPL qui n'est pas requis pour les besoins québécois.
      Si le pétrole qui transite par le E 9 B est préraffiné et dégazé, si les détecteurs de fuites et les valves de contrôles sont bien entretenus il y a moins de risques que le transport par bateaux et par trains.
      En conclusion si l'oléoduc est bien géré et entretenu, cela, bien surveillé par un organisme indépendant, il y a des chances qu'en 2035 les besoisn québécois seront réduit de plus de 75 % et qu'au lieu de 48 M litres / jour nos besoins seront de 12 ML ou 75,000 barils... Ça reste à voir !

    • Dale Robertson Equiterre - Abonné 10 mars 2014 13 h 42

      Vous mentez M. Couture; j'ai présidé un comité, sur les énergies renouvelables et j'ai participé à un autre comité sur les changements climatiques sous les libéraux mais dans les deux cas, j'ai agit à titre de bénévole.

      J'ai d'ailleurs participé au même comité sur les changements climatiques sous le PQ, toujours de façon bénévole.

      Est-ce que je peux être partisan à la fois pour le PQ et les libéraux?

      Steven Guilbeault

  • Jacques Moreau - Inscrit 10 mars 2014 11 h 06

    Que de beau discourt...

    Les écolos et leurs avertissements de réchauffement de la planète. On a vue ça cet hiver; on n'a pas autant gelé de mémoire d'homme que cet hiver. Il faut en prendre, mais faut pas tout prendre de leurs discourts. Entre geler et faire un peu de fumé, il y a un choix à faire. On peut transporter le pétrole au seau, au baril, en camion, par train, bateau, pipeline. Chacun a ses avantages, désavantages et risques.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 11 mars 2014 16 h 44

      Mr. Moreau,
      Le réchauffement climatique se mesure comme une tendance à long terme sur des siècles et decennies et prends en compte l'ensemble de l'année.

      De plus, l'effet du réchauffement climatique ne se résume pas à un hiver +/- froid, mais tient aussi compte de l'intensité des changements de température et des événements climatiques résultants... c'est pourquoi on l'englobe maintenant sous l'égide des "changements climatiques". Qu'avez vous pensé des vagues de chaleur des 5 derniers étés ? des tempêtes pluviales plus fréquentes ? des événements dans les pays proche de l'équateur (lattitude) ? des inondations ?

      Ce n'est pas qu'un hiver froid qui définit que les changements climatiques n'ont pas lieu... il y a beaucoup plus a regarder et à comprendre.

      Par contre, il est vrai qu'il n'y a pas de solution énergétique magique.

      Jérémie Poupart Montpetit

  • J-Paul Thivierge - Abonné 10 mars 2014 11 h 49

    Sous juridiction fédérale de l'ONE

    Guilbault ou Tanguay peuvent prétendre tous ce qu'ils veulent mais tant que le Québec n'est pas un pays souverain la juridiction sur les oléoducs est Canadian.
    De plus si on utilise le Enbridge 9 B selon les 18 conditions de Coderre et d'Équiterre pour vingt ans pour combler les 300,000 barils requis pour la consommation Québcoise cela devient un argument majeure et incontournable pour refuser et s'opposer fermement contre la construction de l'énorme oléoduc d'Énergie EST de TCPL de part en part du territoire québécois, inutile pour nos besoins juste pour les profits de IRVING oil et pour exporterdu Suncor [Desmarais] aux raffineries Françaises de Total [Desmarais]. Ils est primordial et fondamental de prendre tous les moyens de bloquer le projet Énergie EST. Puis permettre l'exportation du sale bitumineux fera que ce produit atteindra le prix mondial comme la réalisation du Northern Gateway via Kitimat BC pour exporter vers l'Asie par pétroliers géants.

  • Albert Labranche - Inscrit 10 mars 2014 13 h 17

    La glace qui recouvre

    les grands lacs est a un record depuis 1979. Le niveau seras a son plus haut niveau aussi.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 10 mars 2014 16 h 53

      Un peu hors sujet, monsieur Labranche. Les retombées économiques presque nulles de cette exploitation sauvage et de ce transport de matières sales et dangereuses à travers le pays sont en aval des préoccupations climatiques.

    • Yvan Dutil - Inscrit 11 mars 2014 07 h 10

      Oui, mes en même temps en Europe du NOrd, les records de chaleur sont battus. La fonte des glaces artiques pousse le pôle de froid de notre coté du monde.

  • Maxime St-Jacques - Inscrit 10 mars 2014 19 h 50

    C,est à cause du protocole de Kyoto et d'Hydro-Québec

    Tout le monde sait que le Premier ministre Stephen Harper a été le premier à se rétracter comme un vers de l'engagement canadien du protocole de Kyoto au monde.

    La raison en est simple, et Hydro-Québec le sait bien aussi ; les définitions terminologiques afférentes aux puits et réservoirs de dioxide de carbone (Co2) sont erratiques et n'apportent pas une vision dynamique de la problématique environnementale. Or tous les projets peuvent être brevetés...

    On a qu'à dire que les rapports environnementaux manquent de rigueur devant le sappage que fait l'électricité dans l'environnement ainsi que la pollution pétrolière...
    N'oubliez pas que l'électricité emprunte la voie du sel et la détruit sans plus.

    Merci et bonne chance, Maxime St-jacques de Drummondville

    • Yvan Dutil - Inscrit 11 mars 2014 07 h 12

      J'ai du mal à comprendre votre propos. On dirait que votre billet a été généré par un programme automatique.

    • Stéphane Lahens - Inscrit 11 mars 2014 09 h 39

      Maxime St-Jacques : êtes-vous certain d'aller bien...? mdr