À Ottawa de donner le feu vert, dit TransCanada

TransCanada entend construire près de 1000 kilomètres de pipeline en sol québécois dans le but de faire transiter ici plus d’un million de barils de pétrole albertain chaque jour. Et si la multinationale devait participer à une éventuelle évaluation environnementale menée par Québec, elle affirme que la décision d’autoriser le projet appartient uniquement à Ottawa.

L’entreprise de Calgary TransCanada Corporation a transmis mardi la description de son projet Oléoduc Énergie Est à l’Office national de l’énergie et au gouvernement du Québec. Ce projet est conçu pour faire couler 1,1 million de barils de brut vers le Nouveau-Brunswick, en traversant le Québec.

Cet oléoduc de 12 milliards de dollars serait plus important que le très controversé Keystone XL — autre projet de TransCanada —, que le président américain tarde à autoriser. En fait, avec ce pipeline, le Québec deviendra un joueur clé pour l’exportation du pétrole des sables bitumineux. Selon les informations diffusées mardi, l’or noir coulerait dès 2018.

Les documents transmis par la pétrolière précisent également le tracé proposé par la multinationale pour cet oléoduc de plus d’un mètre de diamètre. Il doit arriver au Québec en passant par Lachute, puis au nord de Terrebonne et plus à l’est, au nord de Trois-Rivières. Uniquement pour cette portion du tracé, cinq stations de pompage devront être construites.

Avant de passer par Lévis, le pétrole albertain coulera dans un tuyau qui passera au fond du fleuve Saint-Laurent. Le pipeline poursuivra ensuite sa route vers le Bas-Saint-Laurent. TransCanada prévoit d’ailleurs la construction d’un terminal maritime à Cacouna, dans un écosystème fragile qui est aussi la pouponnière de bélugas du Saint-Laurent. Ce terminal permettra de charger des pétroliers qui serviront à exporter le pétrole de l’Ouest. Un autre terminal est prévu au Nouveau-Brunswick pour exporter du pétrole par bateau.

Décision à Ottawa

 

Dans le cadre d’une conférence téléphonique tenue mardi, TransCanada a fait valoir que l’entreprise participerait à une évaluation environnementale qui serait menée par le gouvernement du Québec. « TransCanada a eu de nombreuses discussions avec le gouvernement du Québec en vue de déterminer une approche pour l’examen public du projet qui permettra aux Québécois de formuler des commentaires et d’obtenir de l’information de la manière la plus efficace possible », a expliqué son porte-parole, Philippe Cannon.

Selon ce qu’il a précisé, la pétrolière entend se soumettre « volontairement » à une évaluation environnementale qui serait menée pour le projet de terminal maritime à construire à Cacouna. Cette évaluation pourrait être confiée au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), a précisé M. Cannon. L’organisme pourra par ailleurs se pencher sur l’oléoduc lui-même, a déclaré le porte-parole de TransCanada. Dans ce cas, les travaux du BAPE permettront selon lui de « nourrir la réflexion » de l’Office national de l’énergie.

Mais il n’est pas question que la décision d’autoriser le projet revienne au gouvernement du Québec. Philippe Cannon a ainsi souligné que la pétrolière est « uniquement réglementée par l’Office national de l’énergie ». « Le projet Énergie Est, puisqu’il traverse six provinces, est sous autorité fédérale », a-t-il dit.

Aux yeux de l’entreprise, ce sera donc au gouvernement en place à Ottawa de prendre la décision concernant ce projet conçu pour faciliter la commercialisation internationale du pétrole extrait des sables bitumineux albertains.

Le gouvernement de Pauline Marois n’a pas officiellement commenté le dépôt des documents de TransCanada mardi. La première ministre a cependant déjà manifesté son enthousiasme pour ce projet cher au gouvernement de Stephen Harper. Dans une réponse envoyée mardi par courriel au Devoir, le ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet a dit que « les grandes lignes qui sont rendues publiques suggèrent que ce projet devra être soumis au processus d’évaluations environnementales et de consultations publiques du BAPE ».

Au-delà des affirmations de TransCanada, le règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement semblent indiquer que le gouvernement du Québec aurait bel et bien son mot à dire sur la construction de ce nouvel oléoduc. Le règlement précise en effet que tout oléoduc de plus de deux kilomètres est soumis à ce type d’évaluation.

 

Projet dommageable

 

Greenpeace demande au gouvernement du Québec de lancer rapidement une évaluation environnementale de l’ensemble du projet. Selon ce qu’a expliqué Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat de l’organisme, cette évaluation devrait tenir compte de la hausse des émissions de gaz à effet de serre liées au projet. 

Selon un rapport de l’Institut Pembina publié le mois dernier, « la production de brut nécessaire pour remplir Énergie Est pourrait générer annuellement jusqu’à 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre en plus ». Cela équivaut à toute la production annuelle de gaz à effet de serre du transport routier au Québec.

M. Bonin a aussi soutenu que dans le cas de l’inversion du flux de l’oléoduc 9B d’Enbridge, le gouvernement Marois a tardé à se pencher sur le projet. En fait, le gouvernement a tenu une commission parlementaire de six jours, et ce, alors que le processus de l’Office national de l’énergie était déjà complété. Ottawa doit normalement autoriser cette semaine ce projet qui fera couler 300 000 barils de brut jusqu’à Montréal chaque jour avant la fin de l’année.

Patrick Bonin juge par ailleurs qu’en disant oui au pipeline de TransCanada, le Québec se trouverait à assumer tous les risques environnementaux liés à ce type d’infrastructures, et ce, pour plusieurs décennies. Il rappelle que les pressions sont fortes sur Québec, alors que TransCanada a 17 lobbyistes inscrits au registre de la province.

Malgré le poids de l’industrie pétrolière au pays, le porte-parole de Greenpeace estime que ce nouveau projet d’oléoduc a toutes les chances de provoquer un tollé au Québec. « TransCanada souhaite profiter du démantèlement des protections environnementales par le gouvernement Harper pour faire passer son projet au Québec. Or, la mobilisation s’organise déjà et TransCanada frappera un mur si elle pense trouver un accueil favorable auprès des populations qui verront leur eau potable et le climat menacés. Il faut être clair : dire oui à ce pipeline reviendrait à signer l’arrêt de mort de la lutte contre les changements climatiques. »

14 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 5 mars 2014 05 h 35

    Comme pour les bateaux et les camions

    La voie maritime a permis à Toronto de prospérer et au port de Montréal de végéter.
    Mais on peut voir des bateaux passés.
    La transcanadienne a permis d'ouvrir les marchés maritimes aux ontariens.
    Mais on peut voir passer les camions sur la 20.
    L'oléoduc permettra à l'Alberta d'exporter son pétrole vers les véritables marchés: Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Washington. Pétrole qui, dans sa plus forte proportion, sera raffinée au ouveau-Brunswick.
    Mais nous profiterons des fuites.
    Et nous n'aurions rien à dire?????

    • Raymond Lutz - Inscrit 5 mars 2014 21 h 13

      j'ai lu sur The Tyee (Michael Byers): " The Gulf of Mexico coast is the only place in the world with any significant capacity for handling bitumen. That's because it has refineries equipped to handle heavy oil from Venezuela" .

      Cette saloperie est tellement dégeu que seul le Texas est équipé pour le raffiner. Donc rien pour les autres, N-Brusnwick inclu, sinon des fuites. C'est corrosif en plus.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 mars 2014 18 h 02

      M. Ricard..Vous êtes injuste vraiment...

      En passant sur le pont interprovincial du QC vers l'Ontario, et passant sur King Edouard puis Rideau street, il y a un défilé ininterrompu de camions avec plaque de licence québécouse, passant par le coeur d'Ottawa vers le Queensway vers l'ouest avec leur exportations..

      Ces camions endommagent gravement ces rues et personne ne s'est jamais plaint!

  • Raymond Lutz - Inscrit 5 mars 2014 06 h 17

    "le pétrole albertain coulera"

    Mais pourquoi l'auteur utilise-t-il le futur plutôt que le conditionnel ? Pour fabriquer le consentement ?

    Et c'est du dilbit! PAS du pétrole qui est produit par le Mordor albertain, cessez de tromper les lecteurs. Si vous ne faites pas la distinction, aussi bien écrire que c'est du sirop d'érable qu'ils veulent faire passer dans ces gros tuyaux...

    Je clos avec cette déclaration de Hansen:Tar sands development means 'game over for climate'.

    Et game over pour l'humanité aussi.

    • Julie Carrier - Inscrite 5 mars 2014 10 h 58

      Vous avez bien raison, de la pure et simple folie........Que faire devant cette profonde cupidité..?

    • Raymond Lutz - Inscrit 5 mars 2014 21 h 40

      Je m'interoge surtout sur la réponse que je donnerai à ma fille dans 20 ans quand elle me demandera

      "Et toi, papa, que faisais-tu quand tu as appris tout ça et qu'il n'était pas encore trop tard?"

      "Moi? euh... Je... je suis allé au Jour de La terre à Montréal avec Dominique Champagne! Et... et... j'écrivais des commentaires dans Le Devoir!"

  • Jean Richard - Abonné 5 mars 2014 08 h 38

    Environnement et campagne électorale

    Québec part en campagne électorale. Plusieurs prévoient déjà que l'environnement sera plutôt absent des débats, les vieux partis, le PQ en tête, préférant qu'on n'en parle pas.

    Un projet comme celui de TransCanada pourrait, en pleine campagne, obliger ces vieux partis à prendre position. Il y a d'une part l'aspect politique, quand le promoteur prétend que la décision de traverser le territoire québécois n'appartient qu'au fédéral, et d'autre part, la croyance qu'on va pouvoir échapper à l'évaluation environnementale qui devrait être menée par le Québec.

    À suivre...

    • Louise Lefebvre - Inscrite 6 mars 2014 20 h 33

      L'environnement est le sujet tabou des élections alors que c'est le sujet le plus important...il faut que les journalistes initient les débats concernant l'environnement...

  • Marcel Bernier - Inscrit 5 mars 2014 09 h 04

    Le fédéralisme à la sauce pétrolière...

    Nos élus-es du Québec ont été, jusqu'à maintenant, complètement irresponsables concernant la question du pétrole et du pouvoir qui vient avec. Il n'y a qu'à constater comment Gasprom, en Russie, monopolise la fourniture des hydrocarbures aux pays limitrophes et permet aux dirigeants russes de bafouer les plus élémentaires droits à l'autodétermination de l'Ukraine pour comprendre que nous donnons les clés du pays du Québec à une puissance étrangère.

  • Christian Fleitz - Inscrit 5 mars 2014 09 h 13

    Et pourtant....

    La protection de l'environnement, dans la mesure où elle conserve pour les générations futures un écosystème en bon état, dégageant celles-ci des coûts de réhabilitation du milieu naturel doit être un acte majeur de gouvernance. Quand, de plus, les nuisances inhérentes à un tel projet ne sont pas compensées par de réels et intéressants profits pour le Québec, alors on peut s'interroger ? Quel intérêt ? Quelles garanties ? Enfin, l'approche d'un tel projet serait moins problèmatique si la désinvolture des compagnies dont les activités comportent des risques environnementaux n'était pas systématique quand un accident se produit. Il faut sortir de la formule ''les gains pour le ''privé'', les coûts de remise en état pour le ''public''.