Chicago envisage des mesures extrêmes pour stopper la carpe asiatique

La Ville de Chicago redoute plus que jamais la carpe asiatique, une espèce de poisson invasive qui a fait des ravages aux États-Unis et qui menace désormais les Grands Lacs. Le péril est tel que des mesures drastiques sont envisagées pour affronter le fléau, selon ce qui ressort d’une rencontre tenue à Chicago.

Dans une prise de position jamais évoquée auparavant, la Ville a dit songer à fermer complètement le canal qui permet de relier les Grands Lacs au fleuve Mississippi. Cela permettrait de stopper les carpes et ainsi éviter qu’elles envahissent tout le système des Grands Lacs, jusqu’au Canada, et éventuellement le Saint-Laurent.

Une telle option est cependant très mal perçue par les milieux d’affaires, en raison des impacts majeurs appréhendés sur le commerce, qui dépend beaucoup du canal qui traverse Chicago. Un représentant de la Maison-Blanche a d’ailleurs mis en garde les autorités municipales contre une fermeture de cette voie navigable très importante pour le commerce transfrontalier.

D’autres, dont des restaurateurs de la région de Chicago, suggèrent tout simplement de développer des mets faits à base de carpe asiatique et de pêcher jusqu’à la dernière carpe pour éliminer la menace.

Au sortir de la rencontre tenue ces derniers jours à Chicago, aucune option n’a été retenue. Les différents scénarios doivent toujours faire l’objet de discussion, a dit un représentant de la Ville. Chose certaine, la menace nécessite une action rapide, selon ce qui se dégage des propos des élus.

Mesures inefficaces

Il faut dire que jusqu’à présent, les gestes posés par les autorités américaines pour arrêter l’invasion se sont avérés inefficaces. Washington a financé au début des années 2000 la construction d’une barrière électrique dans le canal de Chicago. «Une défaillance de cette simple barrière permettrait aux carpes asiatiques d’envahir les Grands Lacs, et il ne faut pas oublier que les espèces envahissantes peuvent également entrer au pays de plusieurs autres façons», souligne cependant Nick Mandrak, spécialiste des pêches en eau douce du Laboratoire des Grands Lacs pour les pêches et les sciences aquatiques, à Burlington.

D’ailleurs, les recherches menées dans les dernières années ont permis de détecter de l’ADN de carpe asiatique jusque dans le lac Michigan. En 2010, une carpe adulte a même été repêchée bien au-delà de la barrière censée l’arrêter. Des carpes de roseau ont aussi été capturées dans les lacs Huron, Érié et Ontario. Rien n’indiquerait qu’il existe des populations établies et autoreproductrices dans ces lacs. Ce n’est toutefois qu’une question de temps avant que les carpes soient en mesure de coloniser un nouveau territoire.

Le Canada est lui aussi préoccupé par l’arrivée de ce poisson venu d’Asie. «Si ces espèces s’établissent au Canada, peu d’options s’offriront à nous, souligne Nick Mandrak. […] Le seul espoir semble être de les empêcher d’entrer au pays.»

Invasion extrême

La carpe asiatique, ce sont en fait quatre espèces de carpes introduites dans les années 70 dans les exploitations piscicoles du sud des États-Unis, notamment en Louisiane. Les propriétaires de ces entreprises les utilisaient pour contrôler la croissance de la végétation dans leurs bassins. Mais ces poissons se sont retrouvés dans le bassin du Mississippi à la suite d’inondations. Les carpes ont alors réussi à remonter le mythique fleuve et à envahir les cours d’eau rattachés à celui-ci sur une distance de plus de 1500 kilomètres. Tout cela en moins de 20 ans.

Leur capacité d’adaptation a d’ailleurs été phénoménale. La carpe argentée, par exemple, est parvenue à annihiler les autres espèces de poissons dans certains secteurs. Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, elle représente à certains endroits la quasi-totalité de la biomasse animale du cours d’eau.

Prédateur indélogeable, une telle bête peut mesurer jusqu’à un mètre, dépasser les 45 livres et vivre plus de 20 ans. Elle pèse au moins deux livres après sa première année de vie, ce qui fait qu’elle ne peut être une proie pour d’autres espèces. Elle mange chaque jour l’équivalent du tiers de son poids. Enfin, cette carpe peut tolérer de grands écarts de température et vivre dans des eaux peu oxygénées.
7 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 18 février 2014 18 h 10

    Solution mal perçue

    Mal perçue par qui? Je vous le donne en mille... Les milieux d'affaires. Ben coudonc, quand tous nos écosystèmes seront complètement devenus disfonctionnels, Ben on demandera aux milieux d'affaires de résoudre l'équation.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 18 février 2014 23 h 03

      Vive la Chambre de commerce!

  • François St-Pierre - Abonné 18 février 2014 18 h 29

    "Pêcher jusqu'à la dernière carpe"

    Aussi aisé que de régler le problème des maringouins au Québec en les écrasant tous.

    Une fois de plus, l'homme a joué à l'apprenti sorcier en faisant fi de la force de la nature.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 18 février 2014 18 h 47

    Mesure extrême

    La mesure la plus évidente et prometteuse en ce moment, est de permettre d'inscrire la carpe asiatique au menu des restaurants asiatiques aux État-Unis et ailleurs.

    Ils en raffolent !

    Qu'on donne des permis et que des entrepreneurs se pointent.
    Le marché est là. C'est d'ailleurs de Chine qu'il est venu, ce problème.
    Juste retour des choses.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 18 février 2014 19 h 03

    Patrimoine écologique

    Il me semble que j'ai vu un reportage très interessant réalisé par la Semaine Verte.
    Dans ce reportage, on traitait de la carpe asiatique ou de la tanche, je crois qu'une de ces espèces envahissantes est déjà dans le fleuve ou un de nos cours d'eau majeur. La tanche ou la carpe menace nos espèces indigènes, notre patrimoine écologique.
    C'est grave.

  • Claude Kamps - Inscrit 18 février 2014 20 h 03

    Allez contre nature

    c'est aller à contre courant. S'adapter à la nouvelle donne, trouver des prédateurs qui comme pour les moustiques meurent apres avoir manger tout les oeufs présent...
    Une carpe bien préparée remplace bien de la viande qui est beaucoup plus chère à produire...