Des impacts sur la santé des Madelinots?

«Je croyais que les sacs avaient été sortis des îles et traités, mais quand j'ai su qu'on les avait enterrés sous les dunes et qu'on marchait probablement tous les jours dessus sur la plage sans même le savoir, ça m'a révolté. Je le suis encore, d'ailleurs.» — Roberto Chevarie, résidant des îles de la Madeleine
Photo: Source Attention Fragiles «Je croyais que les sacs avaient été sortis des îles et traités, mais quand j'ai su qu'on les avait enterrés sous les dunes et qu'on marchait probablement tous les jours dessus sur la plage sans même le savoir, ça m'a révolté. Je le suis encore, d'ailleurs.» — Roberto Chevarie, résidant des îles de la Madeleine

Devant le haut taux de cancer qui prévaut aux îles de la Madeleine, des citoyens s’inquiètent de l’impact de la présence de tous ces polluants et craignent une migration dans les nappes phréatiques. Mais la santé publique se fait rassurante, affirmant que les sacs dans les dunes n’ont aucun impact sur la santé des Madelinots.

 

Roberto Chevarie avait 11 ans lors du naufrage de la barge Irwing Whale en 1970. Il se souvient d’avoir joué avec ses amis dans les flaques de mazout qui souillaient la plage. « Ça ressemblait à de grosses crêpes, il y en avait d’un bout à l’autre, tous les dix mètres. On marchait dedans, c’était dégueulasse », raconte l’agriculteur de Pointe-aux-Loups.

 

Il se souvient également d’avoir vu des hommes ramasser le sable et le mazout à la pelle et ensacher le tout. « Pour moi, l’affaire était close. Je croyais que les sacs avaient été sortis des îles et traités, mais quand j’ai su qu’on les avait enterrés sous les dunes et qu’on marchait probablement tous les jours dessus sur la plage sans même le savoir, ça m’a révolté. Je le suis encore, d’ailleurs. »

 

C’est par un pur hasard, au gré d’une marche sur la plage il y a quelques années, que Roberto Chevarie a découvert que les sacs avaient été enterrés sous les dunes. « J’ai vu des petites pépites, comme un reste de feu de camp. Puis, j’ai vu des sacs déchirés. Ça ressemblait à ce que j’avais vu il y a 40 ans. »

 

Les recherches de la Garde côtière ont permis de découvrir plus de 700 sacs sur le site, tout près des résidences de Pointe-aux-Loups. Roberto Chevarie a fondé le groupe Madelinots en alerte. Il craignait que le mazout et les BPC, dont l’effet cancérigène est reconnu, n’aient migré dans le sol pour contaminer les puits artésiens des résidants. Il ne pouvait s’empêcher de faire le lien avec le taux de cancer qui est, selon la santé publique, 33 % plus élevé aux îles de la Madeleine qu’ailleurs au Québec. « La santé publique nous dit que c’est à cause des mauvaises habitudes alimentaires, mais moi je me dis que tous ces polluants-là, ça ne doit pas aider. C’était mon inquiétude et j’étais outré qu’on ne fasse rien pour nous protéger. »

 

La santé publique affirme que la présence de sacs de mazout et de BPC enterrés sous les dunes n’a « aucun impact que l’on connaît » sur la santé des Madelinots. « Nous, on n’a jamais fait d’étude particulière parce qu’on estimait que la population n’était pas exposée. C’est rare que les gens vont manger du sable. Et habituellement, à l’exception des sacs qui sont mis à nu lors de tempêtes, les gens ne manipulent pas ce sable-là »,affirme Marie Chagnon de la direction de la santé publique de l’Agence de santé et des services sociaux de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.


Analyses

 

En 2009, à la suite de la pression populaire, la Garde côtière a engagé une firme pour procéder à l’analyse de l’eau potable à Pointe-aux-Loups. « Il n’y avait aucune présence de BPC », résume Martin Blouin de la Garde côtière canadienne.

 

Par ailleurs, les analyses sur les nodules de mazout contaminés aux BPC démontrent que les contaminants y sont très élevés, mais que ceux-ci sont stables et ne se dégradent pratiquement pas. « Il n’y a pas d’évidence que le contenu des sacs, notamment les BPC, contamine l’environnement immédiat des dunes où les sacs ont été enfouis ni l’environnement marin adjacent », écrit la Garde côtière dans son rapport de 2010.

 

Ces études ont rassuré Roberto Chevarie, mais il reste sceptique. « Même si c’était démontré à 100 % qu’il n’y a aucun lien entre ces sacs et le taux élevé de cancer aux îles de la Madeleine, ça ne veut pas dire qu’il faut laisser faire. Car l’histoire démontre souvent que ce qu’on n’arrive pas à prouver aujourd’hui peut devenir une évidence demain. »

11 commentaires
  • Mario Leroux - Inscrit 15 février 2014 05 h 24

    33% plus de cancers.

    La Santé publique attribue ce taux aux mauvaises habitudes alimentaires des Madelinots.Je suis surpris moi qui croyait que les Madelinots avaient un régime alimentaire à base de poissons et de fruits de mer.Il est vrai que les fruits et légumes sont possiblement moins disponibles qu°à Montréal ou Québec!J°aimerais bien lire les commentaires d°un ou plusieurs Madelinots quant aux conclusions de la Santé publique.

    • fabiola renaud - Inscrite 15 février 2014 19 h 27

      Des mauvaises habitudes alimentaires!
      Il est vrai que l'on parle du % de cancer, sans vraiment comprendre.

      Quand j'étais petite (début 70) , on mangeait des navets, des carottes, des patates et du chou toute l'année. Ces légumes poussaient chez nous et se conservaient bien. De bons légumes tout de même. Et la viande provenait du troupeau... alors que la mer donnait le poisson!

      On achetait un quart de pommes pour passer l'lhiver... les bananes et les oranges étaient des cadeaux!!! Mais on ramassait plein de canneberges, de bleuets, de fraises des champs et autres fruits sauvages...

      Je trouve qu'on mangeait, et qu'on mange encore pas mal «bio aux îles: le veau à Nataël, le pied de vent de la fromagerie, les petits cochons tout ronds, et j'en passe... avec tous les légumes bio de plusieurs jardins.

      J'espère pour nous que le poisson est encore bon!

    • Marc Bergeron - Inscrit 16 février 2014 00 h 21

      Vive l'indépendance alimentaire. Je regrette mais la Santé publique semble avoir aucun pouvoir, aucune colone main et pied lier. Que des répartiteurs d'argent pour le système.

    • Guy Vanier - Inscrit 16 février 2014 08 h 52

      Moi je regarderais du côté, des poissons et fruits de mer que nos madelinots consomment en grande quantité......
      Pour le reste ils consomment les même légumes et fruits aspergés de pesticides que nous et les même viandes bourrés d'hormones et antibiotique qui nous......

    • Mario Leroux - Inscrit 16 février 2014 09 h 40

      Merci Mme Renaud de votre commentaire instructif et j°espère pour vous aussi que le poisson est encore bon!

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 15 février 2014 08 h 08

    C'est le comble.

    Bonjour,

    Il est déconcertant d’apprendre qu’une telle solution de plusieurs complices put être utilisé pour éliminer une substance aussi dangereuse et de créer ainsi une situation encore plus nocive.

    Ici il y a supercherie tout au moins de tous ceux qui participé dans cette entreprise. Découverts, la chose prend une nouvelle vie. Les autorités civiles doivent agir et sévir!

    Prétendre qu’il n’y a pas de solution est un faux-fuyant arrogant, inacceptable, spécialement quand il y a des sociétés qui se spécialise dans le domaine de la remédiation ou inertisation. Cela coute cher, nos morts aussi!

    Merci.

  • Gaston Langlais - Inscrit 15 février 2014 08 h 41

    Une saloperie de A à Z...

    Bonjour,

    D'abord une barge construite en 1966 coule en pleine mer en 1970. Est-ce un vice de construction? Puis la pollution des plages des Iles de la Madeleine par la fuite d'une partie de sa charge au moment du naufrage et le renflouement de l'épave en 1996. Les informations furent diffusées au compte gouttes sur cette catastrophe au fur et à mesure que les Madelinots menaient une lutte afin d'en apprendre un peu plus sur cette affaire.

    Dans ce genre d'accident, les assureurs entrent habituellement en action, se substituent au propriétaire et versent au bénéficiaire un dédommagement égal à la valeur assurée des biens perdus. Mais la barge repose sur le fond avec une cargaison contenant plusieurs tonnes de BPC. Ce n'est que 26 ans plus tard que le Gouvernement fédéral décida de l'enlever de son lieu de "repos". Qu'arrive t-il des frais de 42 millions $ payés avec nos taxes et nos impôts? Mais il y a bien pire.

    Sur les plages des Iles de la Madeleine, 200 000 sacs de plastique furent enfouis après le nettoyage des plages. Des sacs contenant des BPC que la mer découvre en emportant les sables. Mais qui donc a eu cette brillante idée d'ensabler ces dizaines de milliers de sacs, dans un milieu aussi fragile, qu'il faudra maintenant retrouver d'urgence? D'un bout à l'autre de cette histoire c'est une horreur environnementale. Bonne chance à nos amis Madelinots.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Annie Arsenault - Inscrite 16 février 2014 06 h 47

    BPC

    C'est beau mettre dans les sacs et de cacher le tout .....mais le pire c'est de ne pas le dire et de deux ....la désintégration des sacs ...... La ma questionà moi...

  • Danielle - Inscrit 17 février 2014 11 h 41

    Santé publique.... mon oeil

    La même santé publique qui me disait il y a un peu plus de 3 ans que l'industrie des gaz de schiste c'était très bien!!! Récemment, ils ont changé d'avis...

    Alors, ce sera la même chose pour les sacs de plastiques fabriqués avec du pétrole et ce sera la même chose lorsque les dégats des industries de gaz et pétrole de schise se dévoileront dans très peu d'années. Aucune confiance en la santé publique.