Le fantôme de l’Irving Whale

Les opérations de renflouage de l’Irving Whale ont été menées en 1996 par le gouvernement fédéral. En 1970, la barge avait sombré à 67 mètres de profondeur, à 60 km de l'Île-du-Prince-Édouard et à 100 km des îles de la Madeleine.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Les opérations de renflouage de l’Irving Whale ont été menées en 1996 par le gouvernement fédéral. En 1970, la barge avait sombré à 67 mètres de profondeur, à 60 km de l'Île-du-Prince-Édouard et à 100 km des îles de la Madeleine.

Alors que les compagnies pétrolières et gazières lorgnent du côté des îles de la Madeleine, le fantôme de l’Irving Whale hante les Madelinots qui payent encore, 40 ans plus tard, pour les erreurs du passé.

 

« Les pratiques ont évolué, mais l’historique est là et la population est en droit de poser des questions, résume Yves Martinet, qui siège à la Table de consultation sur les hydrocarbures des îles de la Madeleine. On ne peut pas avoir 80 km de plages souillées, vivre encore avec ces vestiges et faire comme si ça n’existait pas. Pour la majorité des gens, tant que le dossier des sacs de mazout n’est pas réglé, c’est inquiétant. Les gens se disent : si on n’a pas pu résoudre ce problème-là, 40 ans plus tard, pourquoi donc aller s’embarquer dans une autre aventure avec des hydrocarbures ? »

 

Dans son mémoire, présenté l’été dernier au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui se penchait sur les effets liés à l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles sur les nappes phréatiques aux îles de la Madeleine, l’organisme Attention FragÎles écrivait que « le naufrage du Irving Whale est resté dans la mémoire des Madelinots comme une preuve des dangers des hydrocarbures et de leur propre fragilité, perdus au milieu du golfe ».

 

En entrevue au Devoir, la présidente de l’organisme, Danielle Giroux, rappelle qu’on ne peut parler d’exploration ou d’exploitation pétrolière dans le golfe sans que quelqu’un ramène cette catastrophe environnementale.
« Même si ça s’est passé il y a 40 ans, on n’a toujours pas trouvé de solution satisfaisante. Malgré toute la technologie qui existe aujourd’hui, malgré l’état des connaissances qui a évolué, malgré tous les intervenants qui ont agi dans le dossier et malgré les études de la Garde côtière, c’est un problème qu’on n’arrive pas à régler et qui est préoccupant pour les habitants des îles et pour l’environnement. »

 

Prudence

 

Craignant une marée noire ou un « simple petit déversement de routine », l’environnementaliste n’est pas rassurée par les belles paroles des politiciens. « Quand les gouvernements nous disent : on va faire mieux, on va se doter des meilleures pratiques, on va vous offrir des garanties, ce n’est pas vrai. Il n’existe pas de garantie. Et l’incapacité, encore aujourd’hui, de régler le problème de l’Irving Whale en est le meilleur exemple. »

 

De son côté, le maire des îles de la Madeleine, Jonathan Lapierre, reste prudent, affirmant suivre de très près ce dossier.

 

« II y a des processus en cours, des évaluations environnementales, il y a eu des moratoires, des forums de discussion, des organismes qui se sont prononcés pour et contre. À la municipalité, on a plutôt opté pour aller chercher l’information la plus précise possible. Éventuellement, on se positionnera sur ce dossier. Mais pour l’instant, le conseil est plutôt prudent, on prend notre temps. Il faut éviter d’adopter des vitesses grand V dans des dossiers importants comme celui-là. »