Désensabler ou pas: telle est la question

Des travaux d’extraction de sacs remplis de mazout ont été menés par la Garde côtière canadienne. Ces travaux s’effectuent à l’aide de machinerie, mais aussi manuellement.
Photo: Source Attention FragÎles Des travaux d’extraction de sacs remplis de mazout ont été menés par la Garde côtière canadienne. Ces travaux s’effectuent à l’aide de machinerie, mais aussi manuellement.

Dans un écosystème aussi fragile que celui des dunes des îles de la Madeleine, vaut-il mieux creuser pour récupérer, à titre préventif, les quelque 200 000 sacs de mazout contaminé aux BPC ou attendre qu’ils ressurgissent d’eux-mêmes au gré des intempéries et de l’érosion ? C’est le dilemme auquel sont confrontés, encore aujourd’hui, les Madelinots. Et en attendant la solution miracle, c’est le statu quo.

 

Dans son rapport sur les effets liés à l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles sur les nappes phréatiques aux îles de la Madeleine, publié en octobre 2013, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) s’est penché très brièvement sur le dossier des 200 000 sacs enfouis dans les dunes. « Dans une logique de prévention, la commission d’enquête est d’avis qu’un projet de restauration du lieu d’enfouissement des sacs provenant du Irving Whale devrait être entrepris le plus rapidement possible par la Garde côtière canadienne », écrit le commissaire Michel Germain.

 

Plusieurs citoyens et groupes de pression militent dans ce sens. Or, c’est loin d’être aussi simple que cela, constate Danielle Giroux, présidente d’Attention FragÎles. « C’est une vraie patate chaude parce qu’il n’y a pas de solution facile », déplore-t-elle. Aux prises avec les vestiges d’un désastre environnemental mal géré il y a plus de 40 ans, les Madelinots doivent aujourd’hui opter pour le moindre de deux maux. D’un côté, l’on craint que les sacs ne se retrouvent à l’air libre et ne contaminent l’environnement. De l’autre, l’on redoute la présence de machinerie lourde sur les dunes déjà fragilisées par l’érosion. « C’est le dilemme dans ce dossier… », soupire Danielle Giroux à l’autre bout du fil.

 

Stratégie d’intervention

 

Du côté de la Garde côtière canadienne, on a déjà regardé toutes les options lors de la révision de la stratégie d’intervention en matière de gestion des sacs enfouis dans les dunes des îles de la Madeleine en 2008. L’on s’inquiétait notamment de la durée de vie des sacs de plastique, qui perdent de leur étanchéité lorsqu’ils sont exposés aux intempéries, augmentant le risque que les sacs soient éventrés et qu’ils libèrent leur contenu dans l’environnement. Car si la politique de la garde côtière est d’intervenir le plus rapidement possible lorsque des sacs désensablés lui sont signalés, il arrive que ceux-ci ne soient pas découverts avant plusieurs mois.

 

Pendant plus d’un an, les autorités fédérales ont mené des analyses pour savoir s’il y avait des risques à la santé publique ou à l’environnement. Différentes méthodes ont également été testées via des projets-pilotes pour tenter de retrouver les sacs ensablés on ne sait où dans l’immensité des dunes. Des levées électromagnétiques ont été effectuées et l’utilisation du géoradar a été testée. Le club de VTT local a même été engagé pour faire des patrouilles sur les plages les lendemains de tempête. Mais aucune technique n’a donné de résultats tangibles, rapporte la Garde côtière.


Statu quo

 

L’analyse des opérations de la Garde côtière démontre que malgré tous les efforts pour minimiser les impacts, « lors d’une intervention, les milieux dunaires subissent des transformations radicales sur les plans morphologiques, physiques et biologiques ».

 

Or, les dunes « sont d’une importance capitale pour l’équilibre écologique de l’archipel », écrit l’organisme fédéral. « Ces milieux, d’une fragilité inestimable, procurent une protection naturelle contre la mer en préservant les terres basses des inondations par les eaux marines et en constituant un obstacle à la contamination par l’eau salée, des nappes souterraines d’eau douce. Ils servent également d’écran protecteur à l’ensablement des infrastructures routières, des habitations, des forêts, des marais et des tourbières. »

 

Dans son rapport, publié en 2010, la garde côtière en arrive donc à la conclusion que mieux vaut conserver le statu quo. « Compte tenu du fait que la localisation des sacs n’est pas connue avec précision, que le système dunaire est fragile et dynamique, que les taux d’érosion sont importants et qu’il n’y a pas d’évidence que le contenu des sacs, notamment les BPC, contamine l’environnement immédiat des sacs ou l’environnement marin adjacent, la stratégie d’intervention adoptée par la GCC et tous ses collaborateurs est de retirer les sacs lorsqu’ils ressurgissent à la suite des mouvements des sables. »

 

Solution mitoyenne?

 

La présidente d’Attention FragÎles, qui travaille en collaboration avec la Garde côtière pour limiter les impacts de la machinerie lourde lors des interventions pour sortir les sacs des dunes, est d’accord avec cette analyse. Mais elle redoute que l’on utilise le statu quo comme une excuse pour baisser les bras. « Il ne faut pas mettre ça sur une tablette, c’est une stratégie d’intervention qui doit être revue à la lumière de l’état de la situation. C’est un dossier qui doit rester actif. »

 

Elle plaide pour « une solution mitoyenne », qui permettrait de cibler les efforts dans certaines zones plus problématiques. Mais la Garde côtière entend préserver la stratégie du statu quo jusqu’à nouvel ordre. « Tant qu’il n’y aura pas de données qui démontreraient un changement quelconque, soit en résurgence ou en analyse, on va continuer avec cette stratégie. Peut-être aussi sur le plan de l’érosion des berges, nous restons à l’affût, mais pour l’instant, nous continuons à garder le cap », conclut Martin Blouin.

6 commentaires
  • Roger Vigneault - Inscrit 15 février 2014 09 h 01

    Attention FragÎles

    catastrophe

    • Mario Leroux - Inscrit 16 février 2014 10 h 57

      Pourquoi catastrophe?Pourriez-vous élaborer M.Vigneault?
      Merci à l°avance!

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 17 février 2014 09 h 08

      La catastrophe du Bonhomme Sept-Heures.

      Le pétrole est un produit naturel, provenant de la décomposition de végétaux. Laissons la nature faire son oeuvre.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 février 2014 11 h 35

      Les BPC, eux, sont-ils naturels, monsieur Saint-Arnaud?

    • Benoît Gagnon - Inscrit 17 février 2014 12 h 27

      "Le pétrole est un produit naturel, provenant de la décomposition de végétaux. Laissons la nature faire son oeuvre."

      J'espère que vous avez des millions d'années devant vous.

    • Nicole Bernier - Inscrite 17 février 2014 13 h 12

      Allez voir, si c'est naturel, ce qui se passe dans le Delta du Nigéria:

      https://www.google.ca/search?q=nigeria+delta+oil+spill&client=safari&rls=en&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=JVACU9A_iKDIAZedgYgH&ved=0CDoQsAQ&biw=1531&bih=848