Extraire l’apatite creuserait un trou dans les finances du Québec, selon une coalition

«Il ne faut surtout pas que notre gouvernement s’aventure dans ce projet, qui risque de nous coûter des centaines de millions de dollars.» — Ugo Lapointe, Coalition Québec meilleure mine
Photo: Source IOC «Il ne faut surtout pas que notre gouvernement s’aventure dans ce projet, qui risque de nous coûter des centaines de millions de dollars.» — Ugo Lapointe, Coalition Québec meilleure mine

Prévisions de la Banque mondiale à l’appui, la Coalition Québec meilleure mine estime que le projet d’exploitation d’apatite de Mine Arnaud a toutes les chances d’être déficitaire. Le groupe presse donc Québec, qui en est le principal actionnaire, de laisser tomber ce projet déjà controversé dans la région de Sept-Îles.

 

Les données publiées lundi se basent sur les plus récentes analyses de la Banque mondiale concernant les prix de différents produits de base des secteurs de l’énergie, des minerais et des fertilisants. Selon les chiffres publiés le mois dernier par l’organisation, le prix du phosphate (l’apatite est constituée de phosphate) avoisine présentement les 100 $ la tonne. Or, selon le scénario présenté par Mine Arnaud, le seuil de rentabilité de la future mine se situerait à 120 $ la tonne.

 

Qui plus est, la Banque mondiale prévoit que les prix du phosphate continueront de reculer au cours des prochaines années, pour se situer à environ 70 $ en 2025. Cette baisse continue s’explique notamment en raison d’une augmentation de la production mondiale qui proviendra surtout du Maroc et de la Chine, qui dominent le marché. Ces deux pays ne détiennent pas moins de 80 % des réserves mondiales.

 

Dans ce contexte, la Coalition Québec meilleure mine et Mining Watch Canada estiment que le projet de Mine Arnaud n’a plus sa raison d’être. Selon le porte-parole de la Coalition, Ugo Lapointe, le gouvernement du Québec devrait donc revoir sa participation. Actuellement, Investissement Québec est le principal actionnaire du projet, avec une participation qui s’élève à 62 %. Yara International ASA contrôle l’autre 38 %.

 

« Il ne faut surtout pas que notre gouvernement s’aventure dans ce projet, qui risque de nous coûter des centaines de millions de dollars », a fait valoir lundi M. Lapointe. Jusqu’à présent, quelque 40 millions de dollars ont été investis dans le développement de ce projet de mine à ciel ouvert sur le territoire de Sept-Îles. Mais pour développer le projet d’exploitation d’apatite, les investissements nécessaires sont évalués à plus de 750 millions de dollars, dont une bonne part de fonds publics.

 

Les groupes environnementaux remettent aussi en question le chiffre de 120 $ la tonne avancé par Mine Arnaud comme seuil de rentabilité. L’entreprise a d’ailleurs refusé de rendre public le scénario économique complet sur lequel elle se base pour démontrer la viabilité du projet. Un autre projet de mine d’apatite en développement au Saguenay se base sur un scénario à 200 $ la tonne pour évaluer sa rentabilité.

 

C’est ce qui fait craindre une aventure déficitaire pour l’État québécois. « Ce qu’on craint, c’est qu’à l’aube d’élections, le gouvernement ou les partis d’opposition promettent des créations d’emplois avec un projet qui est déficitaire », a aussi souligné Ugo Lapointe.


Projet «rentable»

 

Du côté de Mine Arnaud, on maintient que le projet de l’entreprise est tout à fait viable. « Nos propres études démontrent que le projet d’exploitation de minerai de phosphate élaboré par Mine Arnaud est rentable », a expliqué Kateri Jourdain, directrice des communications de Mine Arnaud.

 

Elle a aussi réitéré que le seuil de rentabilité se situe au prix de 120 $ la tonne de phosphate. « Les études démontrent toujours que le projet est rentable, a répété Mme Jourdain. Les investisseurs ont mis jusqu’à présent 40 millions de dollars dans le développement du projet. Les investisseurs sont toujours enthousiastes et confiants. On continue d’aller de l’avant dans le développement du projet. »

 

Selon la Coalition Québec meilleure mine, les doutes au sujet de la rentabilité viennent toutefois s’ajouter à la controverse déjà suscitée par le projet dans la région. Plusieurs redoutent en effet des impacts environnementaux et pour la santé de la population du secteur où doit être construite la mine, qui comprend une fosse, mais aussi des lieux d’accumulation de stériles et de résidus miniers.

 

Lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), certains ont aussi évoqué des risques de contamination des eaux souterraines et des eaux de la baie de Sept-Îles. Le rapport du BAPE doit être rendu public au plus tard le 19 février par le ministre de l’Environnement.

3 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 11 février 2014 05 h 55

    Et combien ça coûterait à construire?

    Avec ce qu'on apprend sur la façon de laisser gérer les chantiers par une "mafia" syndicale sur la Côte Nord, combien ça nous coûterait?

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Marc Bergeron - Inscrit 11 février 2014 23 h 33

    La roulette russe dans les mines

    Je comprends mal comment on peut investir à plus de 50% avec l'argent des autres. Investissement Québec gère t'elle de la même façon que la Caisse de dépôt en 2008?
    Il me semble que lorsqu'un projet demande plus de 30 ou 40% d'aide d'un organisme et non trois, selon le secteur, il serait raisonnable. Tous savons que dans les mines c'est un grand risque. Comment peut-on agir ainsi. D'autant plus que la population semble très inquiète. Cela demande des expropriations, grande pollution. Cela coûterais moins de payer des gardiens du territoire ajouter avec l'industrie touristique que de payer des compagnies qui une fois les lieux vider s'en vont. Qu'est-ce qu'il y a de durable en vidant le sol des minerais sauf pour nos besoin bien entendu et non pour ceux de la planète. Dans toute décision nous devrions avoir une règle, un %, pour exporter, sans plus. Exemple le ciment on a besoin d'un million de tonne pour nous et deux actuellement pour exportation c'est assez. La modération à bien meilleur goût.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 février 2014 06 h 27

    Trous

    Trou pour trou, il va y avoir un trou quelque part. Soit qu'on en creuse ou soit qu'on tombe dedans.

    PL