Le pipeline Keystone XL reçoit le sceau du département d’État américain

Le ministre canadien des Ressources naturelles s’est dit satisfait du rapport du département d’État, qui ouvre la porte à l’approbation du projet par Washington. Ci-dessus, des tronçons du pipeline arrivent à Milton, dans le Dakota du Nord.
Photo: Associated Press Eric Hylden Le ministre canadien des Ressources naturelles s’est dit satisfait du rapport du département d’État, qui ouvre la porte à l’approbation du projet par Washington. Ci-dessus, des tronçons du pipeline arrivent à Milton, dans le Dakota du Nord.

Le projet Keystone XL n’a pas d’impact significatif sur l’émission de gaz à effet de serre. Voilà ce qui ressort du rapport du département d’État américain sur le controversé projet d’oléoduc de la compagnie TransCanada. Aussitôt le rapport dévoilé vendredi après-midi, le gouvernement Harper s’est réjoui des conclusions, alors que les environnementalistes, de chaque côté de la frontière, se sont empressés de monter aux barricades.

 

Le rapport conclut que « l’approbation ou le rejet de tout projet de transport de pétrole, y compris du projet proposé, n’aurait probablement aucune répercussion significative sur le taux d’extraction dans les sables bitumineux, ou sur la demande soutenue de pétrole lourd dans les raffineries des États-Unis ».

 

En d’autres mots, le projet de 7 milliards de dollars de TransCanada, qui doit transporter du pétrole brut de l’Alberta jusqu’à des raffineries de la côte du golfe du Mexique, n’augmenterait pas de façon importante la production de pétrole des sables bitumineux au Canada.

 

« Encourageant »

 

Le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a indiqué que ce rapport était « une étape positive sur la longue route qui doit mener à l’approbation du projet ».« C’est encourageant », a-t-il mentionné en conférence de presse alors que ce projet est sur la table depuis maintenant cinq ans. « C’est le secrétaire d’État John Kerry qui va maintenant recevoir le rapport du département [d’État], mais c’est le président Obama qui a la responsabilité officielle de décider », a-t-il précisé.

 

En effet, les auteurs du rapport doivent l’acheminer d’ici 90 jours au secrétaire d’État américain, John Kerry, qui doit en prendre connaissance. Huit agences américaines, dont l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et le département de l’Intérieur, doivent aussi évaluer ce rapport du département d’État en considérant l’impact du projet sous l’angle de « l’intérêt national ».

 

Mais c’est Barack Obama qui aura le mot final sur ce projet qui est loin de faire l’unanimité. Le président américain a déjà prévenu qu’il donnerait son feu vert à la construction de l’oléoduc uniquement s’il était démontré que ce projet n’entraînerait pas une hausse importante des émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

Un précédent rapport, publié il y a un an, avait déjà conclu que le projet n’augmenterait pas de façon significative la production de pétrole en Alberta ou la demande pour le pétrole brut, et ne représenterait pas un risque plus grand pour l’environnement que les autres modes de transport, dont le chemin de fer.

 

Ce nouveau rapport du département d’État américain place donc le président Obama dans une situation délicate, d’autant plus que de nombreux groupes environnementalistes, généralement près des démocrates, sont opposés au projet. Il doit en même temps encaisser les critiques des républicains qui soutiennent que ce projet créera des milliers d’emplois.

 

Selon les défenseurs du projet, Keystone XL devrait créer 42 000 emplois et générer des retombées économiques avoisinant les 2 milliards de dollars aux États-Unis. Or, le président Obama avait déjà affirmé que ce projet ne créerait qu’une cinquantaine d’emplois une fois l’oléoduc construit.

 

Ici au Canada, Ottawa soutient que ce projet permettrait la création de milliers d’emplois en plus d’augmenter la production de pétrole albertain.

 

TransCanada se dit d’ailleurs persuadée d’obtenir l’approbation du gouvernement américain. Aucune date n’a toutefois été avancée pour le moment. Il faudra fort probablement attendre quelques mois avant de connaître la position d’Obama. Le gouvernement américain aurait d’ailleurs demandé aux auteurs du rapport de produire une analyse complète et rigoureuse afin d’éviter toute poursuite.

 

« Tout n’est pas encore joué, mais ça regarde mal »lance Jean-Patrick Toussaint, chef de projets scientifiques à la Fondation David Suzuki. Même si le rapport du département d’État américain conclut que le projet ne devrait pas augmenter les GES, les environnementalistes continuent de se battre pour démontrer que cette analyse est erronée. « Le gouvernement canadien veut doubler sa production de pétrole d’ici la fin de la décennie. Si on ajoute la production de 800 000 barils de pétrole par jour prévue avec le projet Keystone XL à la production actuelle de 1,5 million de barils quotidiens, on ne peut pas dire que ça n’aura pas d’impact », soutient M. Toussaint.

 

Les groupes environnementalistes ont aussi vivement réagi au rapport en rappelant les risques de fuite le long du tracé de 1900 kilomètres, dont 1400 sont situés du côté américain. Le Parti vert du Canada a rappelé que le projet Keystone XL générerait autant de GES que l’utilisation de 300 000 véhicules pendant un an.

4 commentaires
  • Jocelyne Bédard - Inscrite 1 février 2014 10 h 29

    Augmentera, augmentera pas?

    Au paragraphe 2, on mentionne que le rapport du département d'État américain ne prévoit "aucune répercussion significative sur le taux d'extraction dans les sables bitumineux." Au paragraphe 10, on peut lire : "Ottawa soutient que ce projet permettrait [...] d'augmenter la production de pétrole albertain." Qui, du gouvernement américain ou du gouvernement canadien, ment à sa population?

    • Julie Carrier - Inscrite 1 février 2014 12 h 34

      Les deux, mon cher monsieur.

  • Julie Carrier - Inscrite 1 février 2014 12 h 38

    Impact..?

    800,000 barils/jours de plus juste avec Keystone.

    Impact..?..Quel impact..?

  • François Beaulé - Abonné 2 février 2014 08 h 50

    La même logique tordue

    Le département d'État américain se veut pragmatique. Comme Harper au Canada qui prétend que la réduction des GES ici est inutile pendant que la Chine augmente ses émissions beacoup plus vite. Ce qui n'est pas faux selon une perspective très étroite.

    Cependant, quand chaque État remet la responsabilité des émissions élevées et du réchauffement climatique sur les autres États, aucune résolution du problème n'est possible. Cette «logique» n'est donc pas véritablement pragmatique, elle est destructive.

    Dans le cas des sables bitumineux, la part des Américains dans la consommation du pétrole qui en est issu n'est pas négligeable. Si la non-approbation du pipeline Keystone XL paraît n'avoit qu'un impact marginal au département d'État, alors le gouvernement américain devrait interdire toute importation de ce pétrole par une loi sur la qualité des carburants.