Des risques à la santé publique bien réels, prévient l’INSPQ

Un puits de gaz de schiste appartenant à la compagnie albertaine Talisman Puits Gaziers, situé à Saint-Édouard-de-Lotbinière
Photo: Yan Doublet - Archives Le Devoir Un puits de gaz de schiste appartenant à la compagnie albertaine Talisman Puits Gaziers, situé à Saint-Édouard-de-Lotbinière

L’exploration et l’exploitation du gaz de schiste posent des risques bien réels de contamination des eaux souterraines et d’aggravation de la pollution de l’air, en plus de nuire à la qualité de vie des populations qui vivent près des sites où s’implante l’industrie. C’est ce qui se dégage d’une mise à jour d’une étude produite par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

 

Cet « État des connaissances sur la relation entre les activités liées au gaz de schiste et la santé publique » est daté de septembre 2013, mais a seulement été mis récemment en ligne sur le site de l’INSPQ. Ce nouveau rapport se veut une actualisation d’une étude qui concluait, en 2010, qu’il existait d’importantes lacunes en matière d’information quant aux impacts sur la pollution atmosphérique, la contamination de l’eau, la santé et les milieux de vie.

 

Nombre de ces zones grises demeurent, indique le nouveau document de 90 pages. Mais plusieurs risques se sont précisés depuis trois ans, notamment en raison des études produites dans la foulée du boom gazier aux États-Unis.

 

Contamination des eaux

 

En se basant sur les conclusions de 18 nouveaux documents, l’INSPQ conclut ainsi que « les possibilités de contamination des eaux souterraines sont réelles ». L’institut souligne que de telles contaminations ont notamment été provoquées lors de défaillances au moment de la fracturation hydraulique ou lors de l’extraction du gaz. « Il a été démontré que des problèmes d’étanchéité des coffrages des puits d’extraction étaient à l’origine de cas de contamination survenus dans des conditions normales d’opération », écrivent aussi les auteurs de l’étude. Au Québec, 19 sur 31 puits forés ont présenté des échappements « incontrôlés » de méthane, soit 61 % des puits.

 

L’INSPQ évoque aussi une « hypothèse controversée » qui « suggère la migration accélérée des contaminants contenus dans la roche-mère vers la surface à travers des failles ou fissures causées ou accentuées par la fracturation hydraulique ». Si cette hypothèse était confirmée, ajoute-t-on, « le risque de contamination des nappes phréatiques persisterait même si des solutions techniques définitives étaient apportées aux problèmes d’étanchéité ».

 

Pollution de l’air

 

Le rapport précise que des mesures effectuées depuis trois ans près des sites d’exploitation gazière « permettent de prévoir des augmentations locales des concentrations de certains polluants de l’air ». C’est le cas des particules fines, mais aussi de composés organiques volatils (qui sont des gaz à effet de serre). Or, « très peu d’études » ont été produites pour évaluer les risques pour la santé humaine de ces polluants émis par l’industrie gazière. Et pour documenter les risques « de façon cohérente », il importerait de tenir compte des effets à plus long terme de l’émission de gaz à effet de serre.

 

« Les activités reliées à l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sont susceptibles de causer des impacts sur la qualité de vie et la santé sociale et psychologique », prévient par ailleurs l’INSPQ. De nouveaux documents produits depuis 2010 confirment donc les craintes déjà évoquées à l’époque. L’augmentation de la circulation, le bruit, « la luminosité intense » et les vibrations causées l’industrie « occasionnent des nuisances pour la population avoisinante ». S’ajoutent à cela les conséquences des booms vécus par les communautés où s’installent les gazières.

 

Il est cependant difficile d’évaluer le potentiel d’exposition des populations aux produits chimiques utilisés dans les liquides de fracturation. Les informations concernant la nature, les quantités, les procédures de manipulation et le transport de ces substances « demeurent encore incomplètes ».

 

L’INSPQ constate en outre qu’il n’existe pas de répertoire officiel sur les accidents aux États-Unis ou au Canada, ce qui rend leur étude et la détermination des causes de ces accidents laborieuse. Le rapport fait état de plus de 825 incidents environnementaux différents.

 

Le rapport de l’Institut se retrouve sur le site du gouvernement du Québec consacré à l’évaluation environnementale stratégique (EES) du gaz de schiste. Ce processus d’évaluation avait été lancé par les libéraux. Le comité devait normalement publier son rapport en janvier. Ce n’était toujours pas le cas jeudi. Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, doit ensuite mandater le Bureau d’audiences publiques pour étudier le controversé dossier.

 

Un rapport produit par le ministère de l’Environnement dans le cadre de l’EES indique qu’en cas de feu vert à l’industrie, entre 1000 et 9000 puits de gaz de schiste pourraient être forés sur une période de 10 à 20 ans. Cela signifie un rythme annuel de 349 à 2101.

19 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 31 janvier 2014 07 h 57

    Bravo pour l'objectivité de ce rapport.

    Bravo pour l'objectivité, maintenant il reste aux politiciens à prendre en considération l'état de ces données, au nom du sens de leur responsabilité. D'ailleurs, je n'ai jamais compris, ou fait semblant de ne pas comprendre comment il se fait que les politiciens ne prennent pas toujours en considération ce que les scientifiques ont à dire quand il s'agit de l'environnement.

    Le plus souvent, je les vois tergiverser quand ça ne fait pas leur affaire. Je les comprends, ils ne veulent pas que le cheval de la croissance économique reste à l'étable. Mais, qu'est-ce qui est le mieux, regarder et considérer les choses plus objectivement ou ne s'en tenir qu'à vouloir sortir le cheval de l'étable? Dans le dernier cas, au fond, ce n'est pas nous vraiment qu'ils trompent, ce sont eux. Le cheval aime peut-être mieux rester à l'étable pour le bien de tout le monde.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 31 janvier 2014 08 h 16

    Voilà pourquoi la droite veut réduire le gouvernement

    Pour la droite, le gouvernement est devenu un ennemi. Il est un obstacle au développement économique et à l'exploitation de nos ressources.

    Cet institut est pour eux un exemple typique de gaspillage, qu'il faut éliminer. En plus de contribuer au déficit public, il leur empêche de réaliser leur plein potentiel. c-à-d, plus de profits, le plus vite possible. F**k l'environnement!

    • Jean-Marc Simard - Abonné 31 janvier 2014 10 h 07

      F**k l'environnement!

      Vraiment ! Monsieur Carmichael ! Pour moi dire "F**k l'environnement!" équivaut à dire "F**k la vie" ...

      Bel avenir en perspective !... Ah ! Si ma mère entendait ce que je lis, elle se demanderait pourquoi donner la vie et mettre au monde l'immonde...Toute économie qui ne se soucie pas de l'environnement est vouée à un échec certain...Voyons donc, un peu de logique...Ou bien ai-je mal compris votre propos ? Si oui, alors expiquez ce que vous voulez dire...

    • Gaston Carmichael - Inscrit 31 janvier 2014 13 h 29

      M. Simard, quand j'écris "pour eux", je réfère aux promoteurs de l'exploitation du gaz de schiste, et aux Denis Lebel de ce monde.

    • Richard Poulin - Inscrit 31 janvier 2014 14 h 00

      À J-M SImard - j'interprète les propos de J. Morissette comme étant ironiques - il a la même opinion que vous et se désole du "F**k l'environnement".

    • Jean-Marc Simard - Abonné 31 janvier 2014 16 h 49

      merci j'ai compris...Désolé...

  • Damien Tremblay - Inscrit 31 janvier 2014 08 h 31

    L’eau, principal déterminant de la santé humaine et animale

    C’est là où le bât le blesse : le liquide de fracturation lui-même, sorte de soupe du diable (devil soup), est un cocktail très épicé et très corsé de produits chimiques, dont les buts principaux sont de provoquer la décomposition de la roche et favoriser la remontée du gaz méthane vers la surface du puits.

    Il n’est donc pas question pour le barman de faire dans la dentelle. D’où le large éventail de produits carrément néfastes à la santé; mais que la gazière appréciera en voyant des montagnes de billets verts faire surface.

    Les autres sources de contamination des nappes phréatiques et de surface sont le méthane lui-même qui les envahit, et les substances radioactives naturelles qui remontent en surface avec le reflux « gastrique » du puits dont le taux d’acidité est effectivement très élevé. Ce ne sont que quelques unes des dizaines de substances recensées, hautement préjudiciable à la santé humaine, et animale cela va de soi. Nous vous raisons grâce de cette longue liste occulte aux noms souvent rébarbatifs.

    Comment des gouvernements prétendument démocratiques peuvent-ils s’acoquiner avec une telle invasion barbare ? Nous ne voyons d’autre explication (manichéenne ?) que ces gouvernements se sont mis au service d’intérêts mercantiles; délaissant ainsi outrageusement les intérêts de la population qu’ils étaient sensés défendre.

    Nous comprenons donc les sentiments acrimonieux de la population envers ces politiciens qui l’ont trahie. Si la classe politique se sent victime d’incompréhension, elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même et faire son examen de conscience. Ceux qui paient dans leur chair une telle trahison ne peuvent même pas espérer des excuses de la part de ces traîtres qui évoluent très au-dessus de la plèbe.

    Tout type de fracturation demeura toujours un technique intrusive dans les arcanes de la nature.

  • Luc Lavoie - Inscrit 31 janvier 2014 09 h 41

    ...et si les Albertains pouvaient faire une étude du même type sur l'extraction du pétrole bitumineux !

    Prière de transmettre ce rapport à tous les Bouchard de la terre ainsi qu'aux "lucides" qui les cotoient...

  • Jacques Morissette - Abonné 31 janvier 2014 09 h 56

    Mis à part l'argent, la droite est porté à rester médiocrement sourde pour le reste.

    Parfois, j'entends des gens qui parlent de la droite qui se sent souvent dérangé par les gouvernements qui ne veulent pas toujours les suivre. Tout bien considéré, force est de constater que l'environnement est la réalité de l'époque actuelle et à mesure que le temps passe, la population deviendra de plus en plus sensibiliser au sujet de l'environnement.

    Si la droite persiste à vouloir rester trop dans sa bulle, il y a de fortes probabilités que celle-ci s'éloigne de plus en plus de la noble réalité environnementale. En effet, vu d'un certain angle, la droite tient trop compte malheureusement de la réalité vulgaire de l'argent, ce qui fait qu'elle reste médiocrement sourde aux contraintes environnementales.