Disparition appréhendée des papillons monarques au Québec

Les plus récents résultats, constatent les chercheurs, indiquent que le déclin observé s’inscrit dans <em>«une tendance lourde»</em> qui ne peut être attribuée à de simples fluctuations annuelles.
Photo: Source Insectarium de Montréal Les plus récents résultats, constatent les chercheurs, indiquent que le déclin observé s’inscrit dans «une tendance lourde» qui ne peut être attribuée à de simples fluctuations annuelles.
Si la tendance au déclin se maintient, on ne verra bientôt plus de papillons monarques au Québec. Les colonies qui effectuent des migrations annuelles du Mexique jusqu’ici ont connu une chute tellement dramatique qu’elles risquent de disparaître.

Une étude publiée mercredi par le Fonds mondial pour la nature (WWF) donne en effet une idée précise de la baisse de cette population reconnue pour ses migrations impressionnantes.

Les chercheurs se sont rendus, comme à chaque année, dans un secteur boisé bien précis situé à l’ouest de Mexico, où les papillons se regroupent pour la période d’hivernation. Comme les monarques s’agrippent par milliers dans les arbres, les scientifiques calculent la superficie de terrain qu’ils occupent pour juger de l’état de santé des populations.

Il a ainsi été possible de calculer qu’à la fin de 2013, les papillons migrateurs occupaient à peine 6700 mètres carrés, contre 11 900 mètres carrés l’année précédente. Preuve de la chute dramatique de la population, les monarques occupaient une superficie de 180 000 mètres carrés en 1995.

Les plus récents résultats, constatent les chercheurs, indiquent que le déclin observé s’inscrit dans «une tendance lourde» qui ne peut être attribuée à de simples fluctuations annuelles. Une tendance qui risque aussi de mener à la disparition pure et simple de ces colonies en sol américain et canadien. Leur migration, phénomène naturel hors du commun, pourrait être chose du passé d’ici à peine quelques années.

2013: mauvaise année

Déjà, l’an dernier, très peu de papillons monarques ont été observés au Québec, souligne le biologiste Jean Lauriault, spécialiste de l’espèce. «L’année 2013 a été très mauvaise», dit celui qui s’apprête à partir pour le Mexique afin de constater de visu l’état des colonies. À titre d’exemple, les papillons sont généralement observés dès la mi-juin. Or, en date du 10 juillet 2013, à peine trois observations avaient été rapportées au Québec. Pour l’est du Canada, on parlait alors de moins de 50 papillons.

Selon M. Lauriault, «il faudrait pratiquement un miracle pour que l’année 2014 soit meilleure. En fait, il faudrait que toutes les conditions soient pour ainsi dire parfaites pour que les papillons aient une chance d’être plus nombreux».

Parcours du combattant

Il est vrai que le parcours de ces papillons aux teintes orangées est semé d’embûches, explique le biologiste. Il suffit de tracer leur route à travers l’Amérique du Nord pour en saisir toutes les difficultés.

Après avoir passé l’hiver dans un secteur montagneux du Mexique, les papillons font route vers le nord. Pour parvenir à parcourir de grandes distances, ils peuvent s’élever en altitude. Ils parviennent ainsi à parcourir plus de 200 kilomètres par jour.

Dans le sud des États-Unis, les femelles déposent leurs œufs sur les feuilles de l’asclépiade, une variété de plantes qui se raréfie de plus en plus en raison du recours aux herbicides et de l’omniprésence de monocultures. Ce facteur nuit sérieusement au développement des chenilles monarques, souligne Jean Lauriault. Tout le renouvellement de l’espèce en souffre.

Les papillons qui naissent aux États-Unis poursuivent leur route vers le nord et certains atteignent ainsi le Québec, où ils se reproduisent. En août, ce sont les papillons nés au nord qui repartent vers le Mexique et parcourent des milliers de kilomètres pour atteindre les montagnes du Mexique.

Outre les problèmes liés au modèle agricole nord-américain et à l’urbanisation galopante, les papillons sont de plus en plus vulnérables aux changements climatiques, note M. Lauriault. En 2013, rappelle-t-il, ils ont été nombreux à être victimes de la sécheresse qui a frappé les États-Unis. Et on commence à peine à subir les effets des bouleversements climatiques.
5 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 29 janvier 2014 19 h 03

    Belle plante

    Les premiers colons cuisinaient l'asclépiade comme les asperges après les avoir blanchis. On receuillait sa rosée pour la bouillir comme du sucre. Toute la plante est toxique et le papillon monarque devient lui-même par le fait même toxique. L'automne sa cosse, le "petit cochon" laisse échapper des fibres soyeuses dont on bourrait les "matelas des pauvres".

    Triste fin d'un si beau monarque.

  • Mikeun Euepastet - Inscrite 29 janvier 2014 19 h 59

    On peut faire quelque chose !

    Bon étant donné que mon précédent commentaire n'a pas passé car je donnais un adresse émail, je crois, et bien je recommence:

    Je voulais dire qu'il est rare qu'on peut faire quelque chose rapidement pour aider Notre Mère la Terre...et bien aller sur le site du biodome et voyer la trousse d'élevage du monarque...à ce procurrer avant le 10 février !

    Mikuen...

  • Roxane Bertrand - Abonnée 29 janvier 2014 20 h 13

    Abeilles et papillons

    Il faut y voir le lien, vive les insecticides!

    Le plus grand défi de l'humanité est de survivre contre sa propre espèce. L'argent faites par les compagnies d'insecticide est plus forte que nos réflexes de survie a long terme.

  • Patrick Lavoie - Abonné 30 janvier 2014 08 h 35

    L'avarice de l'industrie agroalimentaire

    Voic le résultat de l'avarice des puissants combinée à l'ignorance des petits. Le capitalisme assisté par les gouvernements. Il n'y a aucune raison valable pour continuer à utiliser les produits mortels de l'agrobusiness, pesticides, herbicides (qui détruisent entre autre l'asclépiade), puisque les méthodes permaculturelles et ancestrales nous permettent d'augmenter la productivité de 2 à 6 fois! Même l'ONU l'a dit dans sont rapport. Les connaissances actuelles nous montrent que c'est une aberration de continuer dans cette voie. Seules l'ignorance et l'avarice nous font persister. Je suis tellement triste pour le monarque. Moi qui en avait trouvé jusqu'au Lac St-Jean dès mon enfance, alors que l'asclépiade était très rare dans la région, jusqu'à ce qu'elle soit propagée par la voie ferrée. J'en ai même déjà attrapé avec mes mains. Cette grande beauté, qui incarne par son mode de vie, à la fois la fragilité et la puissance de la vie, sa complexité et sa détermination. Voir un monarque à 60 ou 100 pieds dans les air n'était pas rare, porté par les courants d'airs...

  • Gilles Théberge - Abonné 30 janvier 2014 18 h 22

    Quelle horreur!

    Les changements climatiques, les pesticides, les herbicides... Rien de positif. Quoiqu'il en soit, je préserve précieusement l'asclépiade qui pousse dans mon champ...